Capitalisation-Exploitation de l’ignorance – Racisme et Xénophobie de la Couverture Médiatique du Virus Ebola, par Nana Brantuo

traduit de l’anglais par Maurice Lecomte pour Changement de Société

source : http://blackimmigration.net/capitalizing-on-ignorance-racism-xenophobia-and-media-coverage-of-the-ebola-virus/


En 1976, les premiers foyers de malades atteints du virus Ebola ont été identifiés dans le Sud-Soudan (anciennement une région du Soudan) et la République démocratique du Congo (ex-Zaïre), entraînant la mort de plus de 400 personnes. Les éclosions se poursuivront au fil du temps dans plusieurs pays africains, n’étant contrôlés que par les efforts conjugués des différentes communautés, des professionnels de la santé des organisations gouvernementales et non gouvernementales. Pendant tout ce temps, les États-Unis sont restés silencieux. Les décès de milliers d’Africains au travers du continent étaient trop insignifiants pour être exploités comme informations par les médias rivés à l’objectif d’augmenter leur lectorat, [ou/et auditoire, ou/et spectateurs] pour le gain en capital. L’épidémie progresse rapidement jusqu’en Décembre 2013,Ebola tue un garçon guinéen âgé de 2 ans et sa famille ce qui marque le début de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, laquelle s’est poursuivie avec le décès d’environ 3.439 personnes [à ce jour]. Une fois de plus, les États-Unis sont restés silencieux jusqu’à ce que le diagnostic du virus Ebola atteigne deux missionnaires blancs américains, marquant ainsi l’«altérité» de l’Afrique et des Africains, ce qui est typique de la société américaine. Soudain, la vie de deux Américains blancs l’a emporté sur celles des milliers de personnes en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone luttant contre la maladie et des milliers de personnes qui avaient déjà succombé à la maladie. Soudain, cette maladie, inconnue de la majorité de la population des États-Unis, a ouvert la voie de ses frontières et a violé le contrat du privilège garantissant l’immunité de ses citoyens de toutes choses étrangères et désagréables

Ainsi a commencé une inondation d’ignorance, de désinformation, de racisme, de mépris de la pauvreté, et de xénophobie via la machine médiatique d’information(s) de la droite – dans le prolongement de son héritage, par association de l’immigration et de la maladie, ce qui exacerbe les sentiments anti-immigrés et déshumanise l’Afrique et les Africains. Tandis que les médias se sont précipités pour dépeindre les missionnaires de la manière la plus prestigieuse, Thomas Eric Duncan un ressortissant libérien qui a été diagnostiqué avec le virus Ebola à Dallas au Texas le 30 Septembre, mort le 8 Octobre – a été diabolisé et ridiculisé, probablement en raison de sa peau noire, de son passeport étranger, et de son statut de classe. Face à une frénésie des médias d’informations caractérisant les Africains (plus que la maladie) sous un jour négatif, les communautés africaines aux États-Unis ont lutté contre des sentiments racistes et xénophobes croissants, tandis que Ebola continuait de tuer des gens partout en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria.

Fermeture des Frontières: les Attitudes Xénophobes

dans la Couverture de l’Actualité relative à Ebola

Le Dr Anthony Fauci du National Institutes of Health et Elisabeth Hasselback

Fox New & Friends -Émission du 6 Octobre 2014. https://www.youtube.com/watch?v=EA9_ES9DOPQ

Lorsque Thomas Eric Duncan a été diagnostiqué avec le virus Ebola à la fin Septembre, la majorité de l’opinion publique américaine avait peu ou pas de compréhension de la maladie en particulier de ses modes de transmission et de ses symptômes. Saisi par la crainte d’une épidémie censément imminente, de nombreux reportages des médias de droite ont appelé à une interdiction de voyage vers les pays d’Afrique de l’Ouest touchés par l’épidémie d’Ebola. Comme d’innombrables autres ont appelé à la fermeture des frontières des Etats-Unis (bien évidemment, The Rush Limbaugh Show et The Laura Ingraham Show). Elizabeth Hasselbeck, dans une conversation avec le Dr Anthony Fauci Directeur de l’Institut National des Allergies et des Maladies Infectieuses à l’Institut National de la Santé, a posé la question de la fermeture des frontières sans tenir compte des conséquences du blocage des voyages vers les pays dans le besoin d’une assistance médicale et d’aide. La réponse du Dr Fauci fait écho à celle de plusieurs grands responsables de la santé publique, des chercheurs et des organisations, mais la proposition d’une interdiction de voyager comporte en elle-même une nuance raciale et xénophobe. Pourquoi l’interdiction de voyager serait-elle considérée comme une mesure acceptable pour traiter avec les pays africains? Est-ce que les mêmes mesures seraient envisagées pour les pays européens? Dans un pays qui traite la Peste Bubonique dans le Colorado et l’Entérovirus dans plusieurs états, le virus Ebola représente peu ou pas de menace pour la population américaine ayant abouti au malheureux décès de Thomas Eric Duncan le 8 Octobre.


Dans le Genre «Les Sauvages»: le Gibier de Contrebande

comme Tactique de Terrorisation de Newsweek

Couverture de Newsweek


L’édition du 21 Août de Newsweek présente en vedette l’article de Gerard Flynn et Susan Scutti intitulé « Le Gibier de Contrebande en Amérique est la Porte d’entrée dérobée d’Ebola« . Le titre et la couverture ne sont que l’amorce d’un article problématique. Flynn et Scutti parviennent à utiliser l’imagerie et la langue de l’«altérité» trouvées à foison dans [l’imagerie et] logorrhée des médias occidentaux, à invoquer la langue xénophobe, à ne présenter à peu près aucune preuve statistique pour justifier l’importation de gibier de contrebande aux Etats-Unis et instiller la peur de tout un continent. Jouant sur l’ignorance du grand public, les auteurs tentent d’installer la peur d’une crise sanitaire imminente portée par le désir insatiable de gibier d’une population immigrée africaine croissante. Le gibier, un terme utilisé pour les animaux non domestiques destinés à la consommation, a été traditionnellement utilisé en référence aux habitudes alimentaires des populations africaines. Je suppose qu’il n’y a pas de citoyens américains qui consomment du lapin, du cerf, de l’écureuil, de l’opossum, du renard et d’autres animaux non domestiques. Tandis que le gibier est consommé par de petits segments de la population vivant dans les régions de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone sinistrées par l’Ebola, la majorité des populations de ces nations ne mangeant pas de chimpanzés le contact humain à humain est le principal mode de transmission du virus Ebola.

L’article est truffé d’hypothèses et de généralisations, offre peu ou pas de preuves à l’appui de ses insinuations, et est écrit dans un style similaire aux premiers articles et romans sur le «continent noir ». Le second paragraphe de l’article indique d’emblée les intentions de l’auteur quand ils entrent dans le Bronx « à la recherche du gibier de brousse, de la récolte de viande issue de la faune africaine, et des mets considérés comme délicats par diverses ethnies des communautés d’expatriés d’Afrique de l’Ouest partout dans le monde. » S’appuyant lourdement sur ​​un seul entretien avec un américain ghanéen et des statistiques limitées et dispersées, les auteurs en concluent que l’augmentation du nombre d’immigrants africains aux États-Unis augmentera la probabilité d’une épidémie d’Ebola aux États-Unis – appelant en fin de compte à la réduction des échanges avec les pays africains. En considérant les tendances passées et présentes concernant les maladies d’origine alimentaire aux États-Unis, attribuées aux bactéries Salmonella, Campylobacter, et Vibro ayant causé la mort de 80 personnes en 2013, et les segments de populations connues pour consommer des animaux nondomestiques, en quoi est-il acceptable de supposer que, tant le « gibier de brousse » que la « porte dérobée » de la contrebande constitueraient une menace d’Ebola aux États-Unis? Cet affichage de journalisme irresponsable et bâclé joue sur la fascination des médias dépeignant les peuples africains comme « autres », qui consommeraient de la nourriture infestée de maladies, en dépit des risques encourus pour leur santé.


L’Arriération et les Grandes Sorcières: Attitudes Racistes dans la Couverture de l’Actualité Ebola

Fox News est tristement célèbre pour ses reportages biaisés et sectaires de l’actualité nationale et internationale. Après le diagnostic de Thomas Eric Duncan concernant le virus Ebola, les journalistes de Fox News s’en donnent à cœur joie avec les propos racistes, xénophobes, leurs remarques ciblant les Africains sur le continent et la communauté Africaine aux États-Unis. Dans leurs clips et suivis les journalistes de Fox News parviennent à fusionner les attitudes racistes et l’interprétation erronée de statistiques et de rapports en vue de l’augmentation de leur taux d’écoute.


Andrea Tantaros dans l’émission Outnumbered-Surpassement du 2 Octobre de Fox News.

http://mediamatters.org/video/2014/10/02/fox-host-ebola-patients-may-arrive-from-africa/200989


Tantaros, O’Reilly, et Goldberg (Bernie Goldberg dans l’émission du 6 Octobre de Fox News The O’Reilly Factor) utilisent leurs plates-formes de reportages pour formuler et lancer un assaut direct contre la médecine indigène, la connaissance et la spiritualité de tout le continent africain. Avec peu ou pas de compréhension de l’Afrique, des Africains et de la Diaspora Africaine, tous trois hardiment et fort librement présentent leurs affirmations mal documentées aux téléspectateurs clairement soulignées avec des propos et des attitudes racistes. Cela commence par l’affirmation de Tantaros de sa compréhension des pratiques de santé et des préférences de tout un continent. Elle déclare: « Je l’ai dit auparavant, je vais le dire à nouveau, dans ces pays, ils ne croient pas dans les soins de la médecine traditionnelle et quelqu’un pourrait descendre d’un avion pour aller se faire soigner par un sorcier qui pratique la Santería« .

En moins de 60 secondes, Andrea Tantaros affiche un niveau effrayant d’ignorance et de manque de respect. Elle a non seulement caractérisé la grande majorité des peuples africains comme résistants à l’assistance médicale, mais elle campe l’affirmation selon laquelle les Africains venant aux États-Unis (si, sciemment infectés par le virus Ebola) chercheraient l’aide de «sorciers» qui pratiquent la Santería une religion afro-cubaine. Plusieurs problèmes se posent avec la déclaration de Tantaros. Tout d’abord, Tantaros a une absence totale de compréhension de la différence entre les cultures de la Diaspora Africaine et de l’Afrique. La Santería est pratiquée parmi les Afro-Cubains et ces croyances, ces traditions et ce folklore sont basés chez les Yoruba traditionnels (un groupe ethnique situé au Nigeria). La Santería n’est pas pratiquée en Guinée, au Libéria ou en Sierra Leone. Deuxièmement, il est difficile d’affirmer que la majorité des populations de Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone n’acceptent pas l’aide de services médicaux. Alors que des segments de la population ne reposent que sur ​​la médecine indigène (qui s’est avérée être efficace dans la lutte contre certaines maladies et affections), le manque d’argent et de transport d’une grande partie de ces populations sont massivement plus dissuasifs que la méfiance des médecins occidentaux. En outre, la méfiance à l’égard de la médecine occidentale n’est pas farfelue en considérant les occurrences passées qui ont violé la confiance et les droits de l’homme Africain et descendant d’Africain (voir l’Apartheid Médical et la Honteuse Ignorance par l’Amérique de l’Ebola)

Après la correction de Tantaros par Miles O’Brien, Bill O’Reilly du Réseau Fox News est venu à la rescousse de sa comparse dans un reportage de la chaîne. Il commence son intervention avec un rapport de Médecins Sans Frontières mal contextualisé concernant la dépendance des populations rurales de plusieurs pays africains à la médecine traditionnelle. Bernie Goldberg reprend là où Tantaros et O’Reilly en étaient restés, insistant sur le fait que « beaucoup d’Africains au Libéria, en Sierra Leone, et des endroits comme ça, les gens sont arriérés. » Il n’est pas nécessaire de creuser profondément dans la déclaration de Goldberg. Ils sont clairement mal informés, manipulent des connotations racistes et sont irrespectueux. Ce qui est alarmant dans ce besoin de nouvelles enquêtes approfondies, c’est la proclamation publique de l’arrogance et de l’ignorance [Urbi et orbi. Exceptionnalisme étatsunien se proclamant américain. Dei-Phone] parmi les correspondants des médias de droite, ainsi que le manque de maîtrise des compétences (c’est-à-dire la recherche de multiples sources d’information) nécessaire pour réaliser le commentaire d’une information.

Aller de l’avant


Au cours des deux derniers mois, nous avons été exposés au meilleur et au pire par la couverture des informations sur le virus Ebola. Les médias conservateurs de droite caracolent, racisme et xénophobie en bannières, avec l’intention d’inculquer des attitudes négatives envers les Africains et les Immigrants Africains aux États-Unis appelant à la fermeture des frontières des États-Unis, à l’augmentation des contrôles aux aéroports, et à d’autres mesures extrêmes pour limiter une épidémie d’Ebola peu probable. La peur et la panique n’ont pas été dirigées de manière à aider ceux qui luttent contre le virus Ebola, mais plutôt vers les personnes considérées comme des navires propagateurs de la maladie, à savoir les Africains, indépendamment de leur origine nationale, de leur statut d’immigrant ou de citoyen autochtone. Dans le sillage de la mort de milliers d’Africains, il est essentiel non seulement de comprendre les tactiques et les stratégies utilisées par les médias d’information conservateurs de droite pour dépouiller les Africains (sur le continent et à l’étranger) de leur humanité, mais de critiquer et contester les affirmations des réseaux médiatiques d’information et les publications qui infectent le but premier et principal du journalisme collecter/rassembler et diffuser l’actualité ainsi que les informations au public.

Nana Brantuo est une auteure, poétesse et activiste à Washington DC

Ndt:

La correction de Tantaros par Miles O’Brien ; Sur CNN, le correspondant de la PBS-Science [Public Broadcasting Service -Service Public de Radiodiffusion] critique radicalement la Couverture de l’Ebola par les Médias: « Je suis gêné pour nos confrères du journalisme« .

Miles O’Brien de la PBS – à propos de la couverture des informations par Foxnews ; « Elle reflète un niveau d’ignorance que nous ne devrions pas permettre dans nos médias« .

n niveau d’ignorance que nous ne devrions pas permettre dans nos médias« .

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