Blanchir Kémi Séba et dénigrer le communisme, par Marc Harpon

Kémi Séba et le néonazi Thomas Werlet

Par Marc Harpon

Le journaliste François Mayle et l’historien Benjamin Stora lèvent le voile sur la complicité active de François Mitterrand dans la reprise des exécutions de militants du FLN à l’époque où le futur président était Garde des Sceaux. Les premiers des 45 prisonniers exécutés sous la chancellerie de Mitterrand, qui a duré du premier février 1956 au 21 Mai 1957, auraient même été désignés par le cabinet du Ministre.

On s’attend bien entendu à ce que deux secteurs de l’Extrême Droite finissent par intégrer l’affaire dans leur argumentaire. D’un côté la Nouvelle Droite gréciste et du même, si je puis dire, la Nouvelle Extrême Droite Kémite, qui n’est finalement que la branche d’avant-garde de la première : parce qu’elle injecte le venin identitaire au sein des secteurs du prolétariat issus des colonies, elle est mesure d’infecter le reste de la société sous couvert de minorité visible. L’Extrême Droite classique le sait, comme en témoigne ce commentaire, publié sur un forum fasciste par un « membre d’honneur » :

« La tribu Ka est contre le métissage et pour le retour des africains en Afrique , c’est tout simplement de l’eau bénite .
Le fait que ce soient des noirs qui disent ça légitimise nos idées auprès de la grande opinion , car un noir ne peut être raciste , c’est bien connu .
De plus , cela permet au système en place de nous lâcher un peu , et de se focaliser sur eux .
La tribu Ka est un bon élément de diversion qui nous sert indirectement » (1)

On peut parier que le MDI ou le NBPP, les deux principales organisations de l’Extrême Droite » kémite » finissent par saisir cette si belle opportunité de salir la « raie publique », comme l’appelle Kémi Séba.

Chaque propos de l’extrême droite est symptomatique de pathologies politiques connues sous le nom de fascisme. Mais cela n’implique pas que ce qui se dise ailleurs soit sain. D’ailleurs, même ce qui ne se dit pas peut se lire comme le symptôme du mal politique actuel, le libéralisme.

Imaginez un instant que Mitterand ait été communiste. Que pensez-vous qu’on aurait dit? Partout, on aurait répété « le Garde des Sceaux Communiste a fait reprendre les exécutions ». Pour un communiste, la simple complicité de crime est déjà un crime avec préméditation. Quand un communiste pète, ça pue plus que si c’est un socialiste.

Il est assez significatif qu’une rencontre vieille de cinquante ans avec un militant moscovite est une tâche indélébile dont tout communiste serait responsable. Et je ne parle même pas du pacte germano-soviétique! En revanche, chaque socialiste est innocent des erreurs et des fautes commises par les siens. C’est pareil pour les libéraux.. Personne n’accuse Sarkozy d’être un petit Pinochet, alors que sa politique économique est tout simplement la même que celle du général. Personne ne l’accuse d’être un petit Pol Pot, alors que l’autogénocide cambodgien s’est fait au nom de l’identité nationale khmère : des centaines de milliers de Chams ont été massacrés, suivant la formule même des khmers rouges, parce qu’ils n’avaient pas « une âme khmère dans un corps khmer ». Et Ben Kiernan, professeur d’histoire à Yale qui a étudié l’importance de l’élément raciste dans le génocide cambodgien écrit :

« Car tel est le problème: pourquoi, au Cambodge et pas ailleurs, advint le génocide jusqu’alors, on me permettra cette sinistre expression, le plus « performant » du siècle, puisqu’il engloutit près d’un quart de la population totale d’un pays en quatre ans? La réponse qui l’explique par la seule idéologie marxiste-léniniste seule, poussée à son paroxysme, m’a paru insuffisante : car alors l’idéologie communiste, fortement teintée de xénophobie, qui a connu sous Staline et Mao Zedong un développement théorique et pratique, dans ses moyens policiers et carcéraux, aurait dû conduire en URSS comme en Chine à des massacres, voire à des génocides, à une tout autre échelle que celle qui fut la leur. Il me semble que l’obsession raciale chez Pol Pot et son groupe, sans équivalent dans aucun autre régime communiste, constitue justement la variable qui, se conjuguant avec le crédo stalino-maoïste, explique le génocide. » (http://www.yale.edu/gsp/publications/lemonde.html)

Mais peu importe ce qu’écrivent les gens qui pensent, fussent-ils d’honnêtes intellectuels non-communistes voire plutôt anticommunistes. Peu importe ce qu’ils disent et écrivent face au dogme du communisme intrinsèquement criminel. Quand un républicain commet un crime, cela devient, pour l’Extrême Droite, un crime de la République. Quand c’est un communiste, fût-il communiste avec des guillemets, c’est un crime du communisme…pas seulement pour l’extrême droite, mais pour tous les secteurs du champ politique. Les idées dominantes, qui sont celles des classes dominantes, excluent totalement l’idée qu’il y ait des crimes du nationalisme ou des crimes du libéralisme. Même les crimes du nazismes n’en sont plus, quand Jean-Maire Le Pen se permet de comparer Katyn au fascisme allemand. La droite, de Sarkozy jusqu’à Kémi Séba est, sans ironie, blanchie d’avance.

(1) Une lecture attentive de ce commentaire montre que son auteur avoue involontairement qu’il est raciste.C ‘est presque explicite.

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