Interview du président du parlement de la RPD sur l’actualité et sur l’avenir

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Un entretien fait par Konstantin Sivkov.

traduit de l’espagnol par Danielle Bleitrach pour Histoire et Société

[Litvinov est le Président du Parlement de la RPD. Il a été militant et cadre  du PC ukrainien, et depuis le début de la nouvelle République il a rejoint le Front de l’unité de toute la gauche qui anime  la RPD.]

Boris Litvinov, porte-parole du Soviet suprême (Conseil suprême ou Parlement de la République populaire de Donetsk) fait une revue de l’actualité du Donbass en abordant une grande variété de sujets touchant le présent et l’avenir immédiat des républiques populaires depuis l’état des opérations militaires en plein cessez-le-feu, l’aide russe ou les perspectives futures tant politiques qu’économiques.

Quels sont les principaux défis que doit relever la RPD actuellement ? Quels obstacles se dressent devant  son statut en tant qu’État ?

La guerre est certainement le plus grand défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. Nous n’avons jamais voulu  la guerre. Notre seul souhait était d’avoir une vie tranquille en paix, travailler et éduquer nos enfants. Mais nous ne pouvions pas accepter le coup d’Etat anticonstitutionnel qui a eu lieu à Kiev. Pour autant nous ne cherchions pas un conflit avec les imposteurs et ceux qui les suivent. Nous avons donc décidé de nous éloigner et de nous séparer de ceux qui voulaient interdire notre langue, nos coutumes, notre honneur, nos héros ou la célébration de jours consacrés à la mémoire de ce que nous aimons. Nous avons opté pour l’indépendance. Parce que des milliers de personnes ont voté lors du référendum du 11 mars, ce qui était un argument essentiel pour déclarer la République de Donetsk indépendante de l’Ukraine . Nous voulons tracer notre propre chemin et non suivre ce que les maîtres de Kiev ou Washington essaient de dicter. Nous aimons  l’Ukraine, mais nous ne pouvons pas accepter ce qui est maintenant l’Ukraine aujourd’hui. Nous voulions un divorce pacifique, mais, malheureusement, il est venu une guerre.

Maintenant, des gens ordinaires d’autres régions de l’Ukraine viennent ici pour nous tuer et ils ne comprennent pas pourquoi ils devraient le faire. Au cours de leur service ils sont rendu compte qu’il n’y avait ni terroristes ni bandits, mais des gens comme eux, des mineurs, des médecins, des professeurs. Quel est le sens d’une telle guerre sauf qu’elle bénéficie à Poroshenko, à Kolomoyski et à Obama ?

Quel avenir voyez-vous  pour le pays, non seulement sur le plan social ou politique, mais aussi géostratégique ?

Tout d’abord, je tiens à dire que la République de Donetsk est et restera un Etat indépendant et autonome. Il n’y a aucun doute, et qu’on ne voit pas une autre option pour nous, ni maintenant ni à l’avenir. Nous avons adopté une déclaration d’indépendance et d’autres décisions législatives à mettre en œuvre. Aussi toute négociation ou décision au niveau international en ce qui concerne la RPD sont uniquement envisageables à travers ce prisme. Et Kiev doit comprendre que toute autre solution est inacceptable.

La révolution et la lutte que nous avons commencée et que nous poursuivons maintenant  sont marquées par trois idées principales. Le premier est le retour au monde russe, à la vie communautaire. Nous sommes des gens d’esprit et d’idées  communautaires. D’autres ont essayé et continuent à nous attirer vers le libéralisme, vers une société individualiste dominé par un gain personnel et la survie du plus fort.  Nous sommes russes, au delà de toute origine ethnique. Les gens pensent en termes de communauté à la fois en Russie et dans le Donbass, nous avons cela  dans le sang, dans nos gènes.

La deuxième idée est que nous rejetons la Loi de l’oligarchie, parce que le pouvoir du capital représente la domination de la majorité par une infime minorité, ce qui conduit à l’esclavage, une mentalité déformée et des divisions parmi le peuple. Le gouvernement de l’oligarchie mène au fascisme. Du moins c’est ce qui s’est passé en Ukraine. Et la troisième idée est de récupérer la relation d’amitié, complète et intégrée avec la Russie.

Nous comprenons que la Russie soit intéressés à avoir un pays ami et stable sur sa frontière occidentale. C’est compréhensible.  Nous n’avons pas l’intention d’exporter notre révolution vers les régions voisines de l’Ukraine, où la population ne s’est toujours pas réveillée et n’a pas réalisé qu’elle ne peut pas continuer comme d’habitude. Mais si un jour on nous demande des informations, nous allons partager notre expérience.

Comment il est possible que les forces de Donetsk et Lougansk, qui ensemble n’atteignaient pas la moitié de ses  troupes,  ont défait l’armée de Kiev ? Comment est-il possible que les troupes ukrainiennes se soient laissées enfermer  dans des poches, dans cet espace limité dans la zone de combat  ?

Tout d’abord, le moral de nos soldats est un allié important, ce qui donne à nos troupes un avantage sur l’ennemi. Notre guerre est juste, nous nous défendons contre un acte d’agression. La guerre qui a été déclarée contre nous est celle d’un prédateur. On dit que nous luttons à trois contre un , mais nos commandants militaires savent que l’armée républicaine peut réussir sur le champ de bataille même contre une armée cinq fois supérieure en nombre.

Plusieurs fois, les soldats ukrainiens envoyés à Donetsk n’ont pas voulu affronter  leur propre peuple. Permettez-moi de donner un exemple .Il a  eu lieu  à Krasnoarmeisk.   des soldats ukrainiens, qui avait approché la ville dans deux véhicules blindés, m’ont appelé au téléphone au milieu de la nuit. Ils m’ont donné leur position exacte et ils ont  demandé que nous venions  les prendre comme des prisonniers. J’ai d’abord pensé que c’était une sorte de piège et qu’en fait ils ne se livreraient pas. Mais ils m’ont dit qu’ils avaient une femme et des enfants à Kirovgrad et qu’ils avaient été avertis que s’ils refusaient de se battre, leur famille souffrirait de représailles. Ils ne voulaient pas se battre, mais ils que ne voulaient laisser exposé à leurs familles. Etre des prisonniers de guerre serait  une sortie honorable.

Et maintenant, je veux dire quelques mots sur l’aide russe. Les autorités et la presse de Kiev et aussi certains hommes politiques occidentaux, disent que nous avons reçu une aide de Moscou. L’unique aide militaire  russe à notre combat est le soutien dans des domaines non militaires où il y a danger de catastrophe humanitaire. Nous recevons également l’aide d’autres pays. Nous obtenons de l’aide humanitaire de la France, du Portugal,  de la Grèce. Si ce n’était pas cette aide, nous aurions des difficultés sérieuses pour nourrir notre peuple et assurer sa survie.

Nous avons également un bon nombre de personnes qui ont pris au sérieux la lutte contre le fascisme et nous ont rejoints dans la lutte. En plus de citoyens russes, il y a des volontaires d’autres pays comme la Grèce, la Serbie, la France ou l’Espagne. De la Russie proviennent principalement des hommes avec une expérience militaire antérieure, certains d’entre eux d’un haut de niveau professionnel. De la Russie proviennent des individus bien formés et un système de préparation et une doctrine militaire à tous les niveaux. On trouve toutes les questions liées à la guerre dans la littérature disponible au public et la presse en Russie. Des jeunes ex militaires sont venus pour défendre le monde russe, afin de protéger ce qui est, en réalité, la frontière russe. Ce soutien d’experts a contribué à nourrir notre capacité en forces pour contre-attaquer.

Maintenant que les pertes peuvent être dénombrés, nous voyons qu’une partie substantielle de l’équipement de l’armée ukrainienne a été détruite ou capturée par les forces rebelles. Comment les autorités peuvent-elles penser qu’elles ont des chances de succès ?

Les autorités de Kiev dépendent de l’aide de leurs bienfaiteurs occidentaux. Il se dit que quelques chars Leopard ont pénétré en territoire ukrainien. On pourra les voir bientôt. Cette information est à vérifier, mais notre renseignement dit que c’est vrai.

On a entendu des informations qui font état de la présence de mercenaires étrangers dans les rangs ukrainiens et d’officiels du renseignement étranger. Vous confirmez cette information ?

C’est vrai. Nous savons que des armées privées ont été formées pour lutter contre la République populaire de Donetsk. Monsieur. Kolomoyski est le propriétaire de l’une d’entre elles. Ils ont formé ces  bataillons avec leur propre argent et ils poursuivent leur financement. Les conseillers étrangers les aident et ils sont pratiquement indépendants du pouvoir du gouvernement central. Il y a aussi des compagnies de défense privées qui viennent des États-Unis, de Pologne, de France ou du Royaume-Uni. Il est intéressant qu’il y ait des citoyens français participant à l’action tant du côté du gouvernement de Kiev que de la République populaire de Donetsk. Bon nombre des volontaires ont servi dans leurs pays. Les 15 gars Français dans notre armée sont venus vers nous parce qu’ils détestent le fascisme. Ils savent que le fascisme est entré en Ukraine et qu’il doit être écrasé. Nous avons eu une discussion. Ils m’ont dit qu’ils parlent parfois avec d’anciens collègues français qui sont maintenant dans les bataillons de Kolomoyski. Ils sont payés pour faire ce qu’ils font à Donetsk. Ils sont dans cette guerre pour l’argent, car ils espèrent beaucoup d’argent pour être dans la lutte. Et  Kolomoyski paye. Alors, ils parlent entre eux et se font la guerre les uns aux autres. Il y a des mercenaires étrangers qui contrôlent notre aéroport. Nous avons capturé beaucoup d’entre eux : des Polonais, des Américains et y compris des tireurs d’élite des pays baltes. Ils sont peu nombreux.

Il peut y avoir des troubles en Ukraine cet hiver. Quelle serait la position de la République populaire de Donetsk s’il y avait une révolte populaire ?

C’est possible,  s’ils se retrouvent  sans le gaz russe et sans le charbon du Donbass. Dans la situation actuelle, s’annonce un hiver difficile pour l’Ukraine. Nous aussi risquons de le vivre avec difficulté. Au moins nous avons un traitement préférentiel en Russie, au moins en ce qui concerne la distribution du gaz.

En ce qui concerne la possibilité d’une révolte populaire dans les régions occidentales de l’Ukraine, souvent avec des commandants de l’autre côté a été fait une approche. Cinq fois au total,  pas directement, mais par des intermédiaires. Nous leur disons « agissez de votre côté, nous du nôtre « . Ils ne veulent pas de ce type de gouvernement. Mais quand ils disent que nous devons donner un coup de pouce, nous l’avons déjà fait pour notre part. Notre objectif politique a déjà été atteint et maintenant nous regardons l’aspect militaire. Et nous ne voyons aucune mesure de votre côté. La population est en hibernation. À l’heure actuelle, tandis qu’on les maintient dans le  silence , ils ne sont pas prêts à franchir le pas. Mais ils vont se réveiller. Il y a déjà quelques exemples. Nous avons environ 200 hommes de Dnepropetrovsk qui forment leur propre Brigade de Dnipropetrovsk. Ils ne veulent pas vivre sous le régime de Kolomoyski. Ils disent qu’ils sont prêts à se déplacer et à faire la même chose que ce nous faisons ici dans le Donbass dans notre territoire. Nous avons des hommes qui viennent des régions autour de Kiev, Jitomir, Odessa et de Nikolaïev. Ils viennent à nous pour recevoir idéologie et formation militaire et ils sont alors prêts à retourner.

Y a-t-il des gens dans le Donbass, qui soutiennent le gouvernement de Kiev et ses politiques pro-américaines ? Quelle est votre attitude ? Est-ce qu’ils tentent de saboter les républiques ?

Oui, il y a des gens comme ça. Par exemple, lors du référendum, 89 % de la population a voté pour l’indépendance. Environ 200 000 ont voté contre. Beaucoup n’ont pas voté. Beaucoup d’entre eux ont abandonné le Donbass pour se rendre à Kiev ou à Dniepropetrovsk. Un total de plus de 200 000 personnes. Par  contre plus de 500 000 habitants ont cherché refuge en Russie. Ceux qui sont restés ne montrent aucune résistance. Et ils agissent correctement pour ne pas  provoquer la majorité, compte tenu de l’environnement,  de la guerre civile et des victimes qui ont été dénoncées..

Marioupol, un port clé sur la côte de la mer d’Azov, est maintenant entourée par la résistance populaire. C’est un centre de distribution du gaz pour la République de Donetsk, il est important de créer une voie d’approvisionnement moins problématique. Quelle solution envisagez-vous  et  pour d’autres foyers de résistance ukrainienne avec le cessez-le-feu en vigueur ?

Marioupol est important pour tout le monde parce que le transport ferroviaire n’est pas, en général, en fonctionnement. Les routes maritimes et  fluviales ont donc un rôle important. L’alimentation électrique et des centrales thermiques par voie terrestre serait problématiques. Marioupol est également important pour Donetsk et Lougansk comme port d’accès aux routes commerciales internationales. Nos forces avaient encerclé Marioupol, mais certaines zones présentent toujours des problèmes. Nous pouvons aller de l’avant dans certains endroits, mais nous cédons du terrain dans d’autres et nous devons nous battre pour obtenir leur retour. La situation autour de Volnovakha est compliquée. Marioupol est fortement disputé. C’est un objectif important pour tout le monde. Pour l’instant, nous travaillons là-dessus. Nous devons assurer les routes de livraison à Marioupol – espérons que nous pourrons le faire  avec une combinaison de tactique militaire et de négociation. Il faut comprendre que Marioupol est aussi important pour nous que Donetsk.

En cuanto a las bolsas de unidades ucranianas aisladas, hay dos de ellas al sur de la línea Donetsk-Shakhtaersk-Snezhnoye. Sus rutas de suministro están cortadas, así que vemos soldados ucranianos que cruzan la frontera rusa o se rinden para poder ser intercambiados como prisioneros de guerra. Por eso tenemos más prisioneros de guerra que Kiev. En esa zona, Kiev solo tiene a su disposición grupos aislados incapaces de ofrecer resistencia alguna. Las unidades al norte de Shakhtaersk, en el triángulo de Debaltsevo-Kirovskoye-Shakhtersk y en la zona hacia Krasny Luch, sí que disponen de una fuerza y equipamiento sustancial. Solo están parcialmente rodeados y tienen rutas de suministro. Estas unidades son peligrosas porque por el momento no disponemos de fuerza suficiente para rodearlas. Hay problemas en los alrededores de Gorlovka y Yenakievo. Esperamos que, si el enemigo ataca, pueda ser capaz de abrir un hueco que deje separados Donetsk y Lugansk.

Des unités ukrainiennes sont isolées dans des poches , il y a deux d’entre elles dans la ligne sud de Donetsk-Shakhtaersk-Snezhnoye. Leurs routes d’approvisionnement sont coupées, donc, nous voyons des soldats ukrainiens qui ont franchi la frontière russe ou se rendent  pour pouvoir être échangés comme des prisonniers de guerre. Pour cette raison, nous avons plus de prisonniers de guerre que Kiev. Dans ce domaine,  Kiev a seulement  accès à des groupes isolés incapables d’offrir aucune résistance. Les Unités dans le nord de Shakhtaersk, dans le triangle Debaltsevo-Kirov-Shakhtersk et de la région vers Krasny Luch, ont  des forces et des équipements importants. Ils sont seulement partiellement entourés et ils ont des voies d’acheminement. Ces unités sont dangereuses car pour l’instant, nous n’avons pas une résistance suffisante pour les encercler. Il y a des problèmes dans le voisinage de Gorlovka et de Yenakievo. Nous espérons que, si l’ennemi attaque, nous pourrons ouvrir un trou qui laisse distinct Donetsk et  Lougansk.

Quelle est votre vision de l’État et quelles devraient être ses fondements ?

Ce serait une longue conversation. Pour être bref, nous voulons une économie orientée vers le social, avec un mélange de propriété des moyens de production, avec le gouvernement comme régulateur de l’économie. Le secteur privé va dominer certains secteurs de l’économie tels que l’alimentaire, les commerces et les services. Les secteurs stratégiques seraient dans le domaine public, ce qui permettrait d’éviter que nous demandions aux oligarques de partager une partie de leurs prestations. Surtout connaissant leur tendance à voler et à cacher leurs profits. Il s’agit d’un phénomène mondial. Nous soutiendrons toujours l’initiative des petites et moyennes entreprises, c’est pourquoi nous devrions avoir un modèle intermédiaire, un gouvernement qui contrôle l’économie. J’aime le modèle biélorusse. Un autre modèle pourrait être un modèle des participations croisées de la Chine, dans laquelle l’économie est strictement contrôlée par le parti communiste.

Nous ne ferons pas un copier-coller de ce que d’autres font. Nous voulons faire partie du monde russe. Mais chaque pays doit trouver son propre modèle économique différent du reste. Mais il y a une chose claire : nous devons être ensemble. Oui, nous pouvons avoir des différences sur le de mode gouvernement ou la ligne idéologique. Mais l’essentiel est de rester ensemble dans une communauté.

 

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