La Chine est désormais la principale locomotive du commerce mondial, par John Ross

source : le blog de John Ross (Royaume-Uni/Chine)

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

La Chine a dépassé les États-Unis en devenant le premier pays impliqué dans le commerce des marchandises. En effet, depuis le début de la crise financière internationale, l’augmentation du commerce de marchandises chinois a surpassé celle des États-Unis, de l’Union Européenne et de la Chine réunis.

Même l’an dernier, bien après la fin du plus dur de la « Grande Récession », la hausse du commerce chinois a été supérieure à celle de n’importe quel autre centre économique. En particulier, l’augmentation des importations chinoises est demeurée plus importante que le total cumulé des États-Unis, de l’UE et du Japon- une question clé pour les autres économies.

Ce changement dans le commerce mondial a des implications majeures pour les stratégies commerciales des autres pays et pour les négociations commerciales en cours comme le Regional Comprehensive Economic Partnership Agreement (RCZP) et le Trans-PAcific Partnership (TPP).

L’échelle des changements dans le commerce mondial depuis le début de la crise financière est montrée dans le document 1 (figure1). Il montre les augmentations du commerce total de la Chine, des États-Unis, de l’UE et du Japon entre 2007, la dernière année avant la crise, et à la fin de 2013.

Le commerce chinois total en 2013 était supérieur de 1,986 milliards de dollars au chiffre de 2007- les exportations chinoises ayant augmenté de 992 milliards et les importations de 994 milliards. En comparaison, la hausse du commerce États-Unis était de 741 milliards de dollars, celle de l’UE de 1,024 milliards de dollars, et celle du Japon de 214 milliards de dollars.

Par conséquent, non seulement l’expansion du commerce chinois représente le double de celle de n’importe quel autre centre économique, mais elle dépasse les 1,979 milliards de dollars de l’ensemble formé par les États-Unis, l’UE et le Japon.

Figure 1

 

Une comparaison bilatérale, importante pour les négociations en cours, avec les États-Unis : les 2 200 milliards de dollars du commerce de marchandises de la Chine en 2007 représentaient seulement 69% du chiffre étasunien. En 2013, le commerce chinois, à 4 200 milliards de dollars, dépassait de 7% les 3 900 milliards des États-Unis. En six ans, le commerce Chinois a augmenté de près de 2 000 milliards de dollars, contre une hausse de 700 milliards pour les États-Unis- le commerce chinois a progressé près de trois fois plus que celui des États-Unis.

Le changement est encore plus criant en ce qui concerne les importations. En 2013, les importations de biens chinoises étaient de 993 milliards de plus qu’en 2007, alors que les importations étasuniennes avaient augmenté de 311 milliards, celles de l’UE de 329 milliards et celles du Japon de 212 milliards. Les importations chinoises avaient augmenté plus de trois fois plus que celles des États-Unis- et plus que les États-Unis, l’UE et le Japon pris ensemble. La Chine était donc, largement, le marché au développement le plus dynamique pour les exportations d’autres pays.

Cette situation en matière d’importations n’a pas changé depuis la Grande Récession. Le document 2 (figure2) montre que les données de l’OCDE confirment que les importations chinoises de l’an dernier ont augmenté de 132 milliards, contre une hausse de 30 milliards pour l’UE- 8 milliards de baisse pour les États-Unis et 53 milliards pour le Japon. Les importations chinoises ont augmenté quatre fois plus que celles de l’UE, alors que les États-Unis et le Japon sont des marchés d’importation sur le déclin.

Figure 2

De telles tendances ont évidemment de lourdes conséquences pour le commerce mondial et les négociations en cours.
Premièrement, la tentative faite par les États-Unis de soulever une nouvelle fois la question du taux de change du yuan était sans fondement. Le 8 avril, das un article intitulé « Les États-Unis avertissent la Chine après la dépréciation du Yuan », le Financial Times citait « un haut fonctionnaire du Trésor étasunien » resté anonyme. L’article rapportait une dépréciation de 2,5% du Yuan depuis son pic antérieur- un ajustement relativement faible, qui vise surtout à empêcher que les spéculateurs ne parient que dans un sens, et qui laisse le yuan à 33,5% au-dessus de son niveau de 2007. En dépit de cela, le fonctionnaire étasunien anonyme déclarait de « sérieuses inquiétudes » si le yuan ne subissait aucun « ajustement »- en langage codé évident : si le taux de change ne montait pas. Mais les données du commerce montrent que la Chine a été le marché le plus dynamique au monde pour les exportations d’autres pays, tandis que la contribution étasunienne a été nulle en la matière.

Que la Chine soit le marché le plus dynamique pour les exportations d’autres pays, tandis que le marché des importations étasuniennes n’a pas retrouvé son niveau d’avant la crise, a un effet évident sur la promotion chinoise d’un accord RCEP asiatique incluant l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et l’ASEAN, et la promotion par les États-Unis d’un TPP excluant la Chine.

De façon regrettable, la politique étasunienne actuelle s’est détournée de l’objectif d’une ouverture multilatérale de l’économie mondiale. Au lieu de quoi, comme le note avec raison Philip Stephens du Financial Times :

« La Chine a été la grande gagnante de l’ouverture de l’économie mondiale. Chaque nouvel accord américain laisse la Chine sur le bas-côté. L’exclusion de la deuxième plus grosse économie au monde n’est pas qu’une coïncidence »

Les États-Unis reconnaissent qu’une régression dans le protectionnisme national, du genre post-1929, aurait des conséquences dangereuses, y compris pour eux, mais ils sont perdants face à la compétition de la Chine dans une économie mondiale ouverte. Une façon d’essayer de limiter la Chine, donc, est de créer de larges blocs commerciaux incluant les États-Unis plutôt que de créer une économie mondiale réellement multilatérale.

Mais cette stratégie rencontre deux difficultés. D’abord, les politiques étasuniennes n’osent pas risquer une désintégration réelle du commerce mondial- le protectionnisme doit donc être maintenu dans certaines limites. Ensuite, les États-Unis ne sont pas à l’heure actuelle un marché d’importation dynamique.

Tout pays qui se lierait en faisant bloc avec les États-Unis, au détriment de ses relations avec la Chine, entrerait par là dans un groupe dont le centre est relativement stagnant sur le plan commercial. En dépit de la pression politique en faveur de l’adhésion, il y a des limites bien définies à la volonté des autres économies de rejoindre dans un bloc des partenaires en stagnation relative,

Ces réalités commerciales internationales sont entremêlées de considérations politiques. Tandis que les tarifs mondiaux des biens manufacturés sont en général déjà bas, le but fermement poursuivi par les États-Unis est de négocier des avantages dans les domaines où leur position économique est toujours forte mais où les tarifs internationaux et autres barrières sont toujours significatifs. Deux des plus importants de ces secteurs sont l’agriculture et les services. Mais ce sont des domaines particulièrement sensibles dans de nombreux pays. Par exemple, au Japon, les zones rurales sont la base électorale fondamentale du Parti Libéral Démocratique et c’est une des raisons clés pour lesquelles le protectionnisme a été maintenu dans la politique des échanges agricoles du Japon. Comme le note le Financial Times, le récent accord commercial du Japon avec l’Australie n’a pas, pour cette raison, démantelé les barrières aux échanges agricoles dans la mesure où le voulaient les États-Unis.

Aux États-Unis mêmes, il y a une résistance significative, en particulier au sein du Parti Démocrate, face aux concessions en matière d’industrie et dans les autres domaines où des économies en développement ont des avantages compétitifs. Il est donc difficile pour les États-Unis d’avancer des offres rendant avantageuse pour d’autres pays l’acceptation des problèmes de politiques intérieure qui résulteraient d’ouvertures supplémentaires de leur économie en matière d’agriculture et de services.

Étant données les tendances actuelles du commerce mondial, les offres chinoises en matière de libéralisation approfondie, comme le RCEP, seront plus avantageuses aux autres pays que les propositions protectionnistes du TPP. Cela influencera sans aucun doute le cours des négociations commerciales.

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