Enterrer la vérité qui dérange sur la Syrie, par Ian Sinclair

source : The Morning Star (Royaume-Uni)

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Le rapport de Seymour Hersh sur l’attaque aux armes chimiques de l’an dernier accuse les rebelles, écrit Ian Sinclair.

En décembre, le journaliste d’investigation Seymour Hersh a publié un compte-rendu explosif sur la Syrie. L’article de Hersh expliquait comment l’administration Obama s’était « régalée du renseignement » sur les attaques à l’arme chimique à Ghouta le 21 août 2013 « pour justifier une attaque contre Assad ».

Agissant plus comme un troupeau animal que comme les journalistes indépendanst et critiques qu’ils devraient être, les gens de presse britanniques ont ignoré le rapport de Hersh.

Finalement, l’attaque étasunienne contre la Syrie fut annulée quand des considérations politiques ont forcé la Maison Blanche a s’arrêter, ce qui a permis à la Russie de proposer l’accord par lequel est en train d’être détruit l’arsenal d’amres chimiques syrien.

Confirmant la sentence de Marx d’après laquelle « l’histoire se répète, d’abord sous forme de tragédie, puis sous forme de farce », le dernier exposé de Hersh sur la Syrie et les armes chimiques a, une fois de plus, été censuré par les médias britanniques (mis à part une courte interview dans The World Tonight sur la radio BBC 4 ).

Publié en avril dans la London Review of Books, Hersh citait un ex-fonctionnaire anonyme du renseignement étasunien qui disait que la Turquie, dans une tentative d’obtenir que les Etats-Unis attaquent la Syrie, étaiet derrière les attaques chimiques de Ghouta.

Hersh citait un message envoyé par un haut fonctionnaire de la CIA : « Ce n’est pas le fait du régime actuel. Le Royaume-Uni et les États-Unis le savent. »

Hersh avance également que quand le gouvernement étasunien avait prétendu que le gouvernement syrien avait accès à du gaz sarin, on savait que c’était faux- une note de juin 2013 de la Defense Intelligence Agency affirmait que le Front al-Nursa, un groupe rebelle jihadiste, conservait une unité de production de sarin.

Un certain nombre d’autres articles de presse suggèrent que Hersh puisse tenir quelque chose. Le 29 août de l’année dernière, une semaine après l’attaque chimique, l’agence Associated Press rapportait que « plusieurs hauts fonctionnaires étasuniens ont utilisé les mots « pas un slam dunk » pour décrire la conjoncture en matière de renseignement. »

« Pas un slam dunk » fait référence à l’insistance du directeur de la CIA en 2002 sur le fait que les renseignements concernant les armes de destruction massives en Irak étaient un « slam dunk ».

L’article d’Associated Press poursuivait en remarquant que certains hauts fonctionnaires du renseignement « avaient même évoqué la possibilité que les rebelles aient pu mener l’attaque dans une tentative froide et calculée d’attirer l’Occident dans la guerre/ »

L’attaque des États-Unis était prévue pour le 02 Septembre. Il est important de remarquer que le 8 septembre, Associated Press rapportait que « le public attendait encre une seule preuve produite par les renseignements étasuniens- pas des images satellites, ni des transcriptions de communications militaires syriennes- connectant le gouvernement de Bashar El-Assad aux attaques à l’arme chimique. »

La même semaine, le journal allemand Bild am Sonntag rapportait que les renseignements allemands étaient convaincus qu’Assad n’avait ni ordonné ni approuvé l’attaque chimique du 21 août.

Ake Sellstrom, l’expert suédois en armes chimiques dirigeant les inspecteurs de l’ONU en Syrie, souleva plus de questions en décembre 2013, quand il déclara au Wall Street Journal que les deux camps en présence avaient les « occasions » et les « capacités » pour des attaques à l’arme chimique.

Une récente étude menée sur une roquette utilisée durant l’attaque chimique menée par Richard Lloyd et Theodore Postol, un professeur de science, technologie et de sécurité nationale au Massachusetts Institute of Technology, tous deux anciens inspecteurs en armement de l’ONU, a contribué à affaiblir un peu plus la version des faits des Etats-UNis.

« Mon opinion quand j’ai commencé ce travail était que personne d’autre que le gouvernement syrien ne pouvait être derrière l’attaque » a dit Postol à [McClatchy Newspapers] en janvier. « Mais maintenant, je ne suis plus sûr de rien. La version des faits du gouvernement n’était même pas près de la réalité. Nos renseignements ne peuvent absolument pas être corrects. »

Un autre complément intéressant à l’affirmation de Hersh que la Turquie était derrière les attaques se trouve dans l’enregistrement récemment publié qui semble montrer Hakan Fidan, chef du renseignement turc, préparant une opération faux pavillon en Syrie.

La discussion se concentrait sur la tombe de Suleyman Shah, un site d’importance nationale pour la Turquie mais situé en Syrie, et qu’un groupe rebelle islamique avait menacé de destruction.

En réponse, le gouvernement turc avait menacé de riposter si la tombe était endommagée. Sur l’enregistrement, Fidan affirme : « S’il faut une justification, la justification consiste pour moi à envoyer quatre hommes de l’autre côté. Je les fait lancer des missiles sur les terres vierges [entourant la tombe]. Ce n’est pas un problème. Les justifications peuvent être créées. »

Les dernières affirmations de Hersh sur la Syrie sont-elles correctes ? La réponse simple est que nous ne savons pas.

Ce que nous savons c’est que Hersh a plus d’une fois révélé le côté obscur de la politique étrangère des États-Unis- il a révélé l’histoire de massacre de My Lai en 1969 et les tortures de la prison d’Abu Ghraib en 2004.

Nous savons que Hersh a d’excellents contacts au sein de la communauté du renseignements étasunienne et qu’il a cité un certain nombre d’anciens et d’actuels hauts fonctionnaires (anonymes) du renseignement dans ses deux articles sur la Syrie. Nous savons aussi que plusieurs autres rapports nouveaux font écho à beaucoup de ses conclusions.

Bien sûr, la meilleure façon de vérifier le compte-rendu de Hersh serait que les reste des médias allouent des ressources et un personnel conséquent à l’investigation sur cette histoire. Toutefois, la presse et la télévision ayant en pratique mis en œuvre une censure du rapport de Hersh, nous sommes très loin d’avoir la vérité.

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