Le capitalisme et les inégalités, par Martin Hart-Landsberg

 

D’après Thomas Piketty, les inégalités sont destinées à augmenter sur le long terme.

source : Reports from the Economic Front (Etats-Unis), 12 mars 2014

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

 

Thomas Piketty est un expert en matière d’inégalités de revenus. Emmanuel Saez et lui ont produit certains des meilleurs ouvrages mesurant leur croissance explosive.

 

Piketty vient de publier un nouveau livre sur le sujet, intitulé  Le Capital au vingt-et-unième siècle. Une recension du New York Times due à Eduardo Porter commence ainsi :

 

Que se passerait-il si les inégalités continuaient d’augmenter des années ou des décennies durant ? Si par exemple le pourcent le plus riche de la population amassait un quart du revenu national, contre environ un cinquième aujourd’hui. Et s’il monopolisait la moitié ?

A en croire Thomas Piketty, de l’Ecole d’Economie de Paris, ce futur n’est pas seulement possible, il est probable.

Son idée la plus surprenante est que la croyance selon laquelle l’inégalité finira par se stabiliser et se résorber d’elle même, une conviction de long-terme du capitalisme libre-échangiste, est fausse. Au contraire, les forces économiques concentrant toujours plus de richesses entre les mains de quelques privilégiés triompheront nécessairement à terme. 

 

Le point de vue pessimiste de Piketty repose sur son argument d’après lequel le revenu généré par le capital augmente à un rythme supérieur à la croissance économique ou à celle des revenus salariaux. Cela signifie que les propriétaires privés du capital tirent un parti disproportionné de la croissance. Et, puisque la richesse et le revenu se traduisent en pouvoir politique, nous sommes face à une dynamique auto-renforcée conduisant à une hausse des inégalités.

 

Porter fournit des graphiques pris de l’ouvrage de Piketty et illustrant la hausse de la part de la richesse privée dans le revenu national et la croissance des inégalités dans plusieurs pays.

 

Eric Toussaint, économiste belge et président du Comité pour l’Abolition de la Dette du Tiers-Monde, a produit une recension plus longue et plus substantielle du livre, dans laquelle il reprend de Piketty le tableau suivant.

 

Inégalité de propriété du capital en Europe et aux Etats-Unis

 

Part de différents groupes dans la richesse totale Europe 2010 United States 2010
Les 10% les plus riches 60% 70%
(Le 1% le plus riche) 25% 35%
(Les9% suivants) 35% 35%
Les 40% du milieu 35% 25%
Les 50% les plus pauvres 5% 5%

 


Une chose qui ressort du livre c’est qu’une taxation sérieuse de la richesse peut générer des fonds substantiels qui pourraient être utilisés pour soutenir le service public.

 

L’ouvrage de Piketty suggère également qu’adopter un système reposant sur la maximisation des retours sur investissement des propriétaires privés du capital est une erreur pour la grande majorité des travailleurs.

 

Une récente étude de la Banque d’investissement du Crédit Suisse fournit plus de preuves de cette conclusion. Comme l’explique Michael Burke :

 

L’étude (…) montre que les taux de croissance à long terme du PIB dans les économies industrialisées sélectionnées sont négativement corrélées aux taux de retour aux actionnaires.

C’est-à-dire que les meilleurs retours sur investissement pour les actionnaires sont observés dans les pays où la croissance du PIB a été la plus lente, et vice et versa. Là où la croissance a été la plus forte, les retours sur investissements étaient les plus faibles.

La corrélation négative ne prouve pas la causalité négative. Mais elle donne un argument pour la théorie qui suggère que les intérêts des actionnaires sont contraires aux intérêts de la croissance et au bien-être de la population

 

Voici un graphique tiré de l’étude soulignant la corrélation négative découverte par les chercheurs du Crédit Suisse.

 

mb

 

 

Il faut avoir ces informations en tête la prochaine fois que des dirigeants politiques et des chefs d’entreprise nous disent que la clé de notre bien-être consiste à dynamiser la confiance des entreprises, le marché ou les retours sur investissements privés.

 

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