Fernando Gonzalez : Un simple écolier, par Margarita González

 

René Gonzalez (en rose) et Fernando Gonzalez sont, des Cinq Cubains de Miami, les seuls à avoir été libérés.

source : Trabajadores (Cuba), 02 mars 2014

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société.

Je n’ai pas cherché sur son visage les traces du temps passé ni le stigmate de la prison, ni la joie, évidente mais imparfaite, ni même sa physionomie de héros de telenovela, mais le sérieux, la bienveillance, la profondeur d’esprit et le sourcil froncé, dont on me parlait à chaque fois que j’interrogeais sur Fernando Gonzalez Llort.

 

Conduit par Rosa Aurora [son épouse], l’homme sombre et profondément sensible, s’est ouvert, dans cette étreinte sans précédent, à René, étreinte en même temps adressée à Gerardo, Tony et Ramon, comme à tous les cubains qui l’attendaient, au pays et à l’étranger. Ce fut plus qu’une étreinte entre amis : Fernando a embrassé la cause.

 

Fernando est revenu à Cuba après avoir purgé entièrement son injuste peine- on ne lui a fait aucun cadeau. Les menottes ne lui furent pas enlevées avant qu’il ne fût devenu impossible pour lui de s’échapper de l’avion qui le conduisait à Cuba. Jusqu’à la dernière minute, on l’a fait se sentir prisonnier.

 

Il a raconté, avec sa voix sonore et claire, que l’émotion ou le trac le faisaient parfois tituber, mais

 

il n’y eut aucun pleur. Arrivé sur le sol chéri de la patrie, il a senti la liberté et, avec elle, l’amour de sa mère, de son épouse, de ses sœurs- peut-être pas de la manière qu’avait si longtemps espéré Magaly [sa mère]. Les larmes de cette mère invincible marquent le commencement d’une nouvelle étape dans la bataille, déjà épique, pour le retour de Gerardo, Ramon et Tony ; les trois des Cinq qui subissent encore courageusement leurs injustes condamnations.

 

Fernando est revenu, mais son cœur est auprès d’eux car, comme Ramon l’a dit : « Un jour heureux, nous décidâmes de nous unir, pour ne jamais nous laisser vaincre…Avec lui, nous sommes d’une certaine manière tous de retour. En lui, comme en René, se trouve l’essence de tous, notre énergie, et notre combativité et notre pugnacité ». Je l’ai vu descendre chaque marche de l’escalier de l’avion, se livrer et montrer sa gratitude dans chaque embrassade, dans chacune de ses paroles sans grandiloquence ; il y avait une sérénité étrange dans sa démarche, dans ses gestes et dans son visage. Je n’ose dire dans son regard, parce que la distance que l’écran du téléviseur mettait entre lui et moi était énorme. Je n’ai pas eu la chance d’assister à son accueil, comme d’autres collègues ayant écrit sur les Cinq ces dernières années. Je garde mes meilleures questions et mes paroles chaleureuses pour le jour où nous nous rencontrerons, sur l’imprévisible chemin ; jusqu’alors je garderai l’image de simple écolier de cet homme qui a quitté l’uniforme (de l’école et de la prison) pour sortir embrasser la brise amoureuse avec sa chemise bleue.

 

Un commentaire

  1. Honte à nos médias qui n’ont jamais eu un mot pour dénoncer le sort de ces courageux Cubains .


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