Un argument biaisé du national-tiers-mondisme, par Marc Harpon

UIMG_0622n jour, un français blanc estropié et âgé, se sentant pousser des ailes, tenta de rejoindre un club d’athlétisme, avec dans l’idée de devenir champion olympique. Ce français fictif, vite débouté, chercha, à peine sorti du locaux du club, une explication à son échec. Il se trouve qu’au même moment, passaient devant le grillage, les athlètes licenciés en train de s’entraîner. Quelle ne fut pas sa surprise de constater ce qu’il perçut comme une sureprésentation statistique des personnes d’origine africaine. Il tenait donc la réponse à sa question : s’il avait été exclu du monde sélectif des sportifs de compétition, c’est parce que la sélection était biaisée. Il fallait être noir pour avoir le droit de courir le cent mètres.

Notre vieil homme a succombé au charme de ce que les psychologues appellent saliency bias. Il s’agit de la tendance, inhérente à l’esprit humain, à retenir immédiatement l’explication la plus frappante comme si elle était la plus vraie. J’ai la conviction que, dans une forte minorité de cas, les accusation de racisme sont viciées par un tel biais. Bien sûr, le racisme existe et constitue un des problèmes majeurs de nos sociétés développées. Mais l’appréciation de ce fait social n’en est pas moins sujette aux biais divers, dont les saliency bias. Par exemple, on est tenté de surévaluer le poids d’une certaine xénophobie institutionnelle dans l’explication de l’échec scolaire chez les jeunes issus de parents immigrés.

Les familles immigrées ne se réduisent pas à leur migration. Elles sont porteuses d’autres caractères, comme par exemple, d’un certain niveau d’étude du chef de famille. Or, quand leurs parents ont un niveau d’étude comparable, les enfants d’immigrés réussissent mieux que les autres. En revanche, les enfants de personnes peu diplômées, immigrés ou non, réussissent moins. De là, il suit que ce n’est pas parce que leurs parents sont immigrés mais parce qu’ils sont peu diplômés que les enfants d’immigrés réussissent moins bien. L’explication évidente, celle qui, suivant l’étymologie, saute aux yeux, n’est donc pas la bonne, et c’est précisément ce que le saliency bias empêche de connaître.

J’ai le sentiment qu’une large partie des analyses faites en termes de race ou de communauté, qui font un usage surabondant des notions de racisme et de discrimination, font écran à des analyses plus pertinentes, centrées sur des facteurs comme le niveau d’étude ou, plus fondamental encore, l’appartenance de classe. Or, on trouve assez facilement sur Internet une pseudo-explication de la prétendue « censure » dont Dieudonné serait victime : les médias laisseraient la parole à juifs mais jamais à des gohim. Il s’agit, pour cette explication, de prendre appui sur l’appartenance communautaire de monsieur M’Bala M’Bala pour expliquer son ostrarcisme relatif par ce seul critère.

Cette explication serait recevable si les auteurs, souvent de petits nazillons exaltés à la caboche vide, comme il y en a à tous les coins de rue, dans cette France fascisée, pouvaient avancer l’ombre d’une preuve que c’est ce facteur là et aucun autre qui joue en la défaveur de leur Duce. Or, Dieudonné ne se distingue certainement pas de ses adversaires par sa seule appartenance communautaire. Il n’appartient pas à la confrérie des anciens des grandes écoles, contrairement à temps de gens de presse, venus des IEP. D’autre part, la profession des journalistes est plutôt de centre-gauche que d’extrême droite, contrairement à Dieudonné. Pourquoi donc ne serait-ce pas l’appartenance politique ou l’appartenance à une élite scolaire plutôt que l’appartenance communautaire qui déterminerait l’ostracisme de l’ex-humoriste ? La réponse est simple : parce que seule cette appartenance là permet de fournir un fondement à la pensée antisémite que veulent soutenir les sinistres militants de la M’Balajugend.

url de l’article : https://socio13.wordpress.com/2013/12/10/acclimater-la-lecon-venezuelienne-les-prix-mais-aussi-les-salaires-par-marc-harpon/

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2 commentaires

  1. C’est pas bientôt fini de ne parler que de Dieudonné? Tu arrives après la bataille, l’affaire est close,
    Valls a créé un précédent scélérat de censure a priori qui fera jurisprudence, et Dieudonné qui a d’autres cordes à son arc, va faire un autre spectacle que « le Mur ».
    La coalition des antisémites et et de leurs victimes a donné de beaux fruits: bravo!

  2. Bien sûr que les gens les moins informés sont aussi ceux qui se laissent aller aux explications les plus faciles, les plus unilatérales, celles qui reposent sur une logique binaire : blanc/pas blanc – français/immigré etc.

    Une analyse comme celle de cet article exige à la fois du recul et un certain entrainement à l’analyse critique.

    Pourtant les moins informés se trouvent aussi chez les « journalistes plutôt de centre gauche ». Leur explication est celle de la bien-pensance sociétalement de « gauche » économiquement libérale. Il faudrait aussi analyser le fonctionnement de ce libéro-fascisme qui se prend pour la fine fleur de la pensée : Nietzschéen de gauche, Foucaldiens aux discours vides et autres post-modernes ultras du relativisme. Leur biais c’est d’aller à l’explication ségrégative possible : celle qui commence par « mais les choses sont plus compliquées que çà » suivi d’un discours « que vous ne pouvez pas comprendre ». Michel Clouscard serait une aide précieuse en ce sens.


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