La stagnation et la financiarisation, par Marty Hart-Landsberg

 

 

Marty Hart-Landsberg est économiste. Il travaille dans l’Oregon et en Corée du Sud.

Source : Reports From The Economic Front (Portland, Oregon), 27 octobre 2013

 

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

 

Alors que les profits ont recommencé d’augmenter dans le capitalisme en général et étasunien en particulier, l’investissement diminue. Comme le remarque l’économiste Marty Hart-Landsberg, cette dynamique devrait s’autorenforcer. Or, moins d’investissement, c’est aussi moins d’emploi, et moins d’emploi, moins de consommation, donc moins de demande. L’économie mondiale risque-t-elle de sombrer de nouveau ?

 

Les firmes dominant les États-Unis et d’autres pays capitalistes d’importance font joyeusement des profits. Elles ne sont tout simplement pas intéressées par le fait de les investir dans de nouvelles installations et équipements. En revanche, elles préfèrent utiliser leurs gains pour acquérir d’autres frimes, récompenser leurs dirigeants et actionnaires, ou accroître leurs porte-feuille de liquidités et de titres financiers.

 

Le graphique ci-dessous, tiré du blog de Michael Burke sur le site de la Irish Left Review, montre des tendances concernant à la fois les profits aux États-Unis (mesurés par l’excédent net d’exploitation calculé en enlevant la valeur des consommations intermédiaires, des rémunérations des salariés et des impôts sur la production et les revenus) et l’investissement (mesuré par la formation brute de capital fixe). 

 

Comme vous pouvez le voir, l’augmentation des profits (en orange) a dépassé l’augmentation des investissements (en bleu) sur la période considérée ; en fait, l’investissement en dollars courants a diminué.

 

Observer le ratio entre ces deux variables nous aide à voir encore plus clairement la croissante réticence des entreprises à orienter les profits vers l’investissement. Le taux d’investissement (investissements/profits) était de 62% en 1971, a atteint son maximum de 69% en 1979, est tombé à 61% en 2000 et 56% en 2008, et au niveau encore plus bas de 46% en 2012.

 

D’après Burke : « Si le taux d’investissement des firmes étasuniennes devait seulement revenir à son niveau de 1979, la hausse nominale des investissements par rapport à 2012 serait de plus de 1,5 milliards de dollars, près de 10% du PIB. »

 

La même dynamique s’observe dans les autres grandes économies capitalistes : En 1995, le taux d’investissement dans la zone euro était de 51,7% et en 2008 il était de 53,2%. Il est tombé à 47,1% en 2012. En Grande-Bretagne, le taux a atteint le sommet de 76% en 1975 mais, en 2008, il était tombé à 53%. En 2012, il était de seulement 42,9% (données OCDE).

 

Que font donc les entreprises de leur argent ? Comme Burke l’explique :

 

« La portion non investie des surplus des entreprises a deux destinations essentielles : soit ils retournent aux détenteurs du capital (détenteurs d’obligations et actionnaires), soit ils sont thésaurisés sous forme de titres financiers. Dans le cas des États-Unis et d’autres économies capitalistes de premier plan, les deux phénomènes ont été observés. Le retour sur investissement nominal a augmenté (alors même que le taux d’investissement a baissé) et les titres financiers ont aussi augmenté (solde de trésorerie compris) »

 

Par conséquent, avec des firmes qui ne recherchent aucun débouché productif pour leurs fonds, en dépit de grands besoins sociaux, les propriétaires semblent satisfaits par le fait de se rémunérer eux-mêmes en vampirisant le reste du système financier. Par plus d’un aspect, cette dynamique devrait s’auto-renforcer. Pas étonnant que les choses se passent si mal pour beaucoup.

 

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