Le shutdown américain : un lock-out contre le peuple, parArt Perlo (2/2)

source : People’s World (USA), 03 octobre 2013

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

La première partie est disponible ici.

Guerre des classes

Depuis l’entrée en fonction d’Obama en 2009 et en particulier depuis la victoire républicaine à la Chambre en 2010, le gouvernement fédéral a été frappé par des crises répétées sur le budget et le plafonnement de la dette. Les médias dominants parlent du problème en termes génériques comme « gouvernement dysfonctionnel », « tension parlementaire », « polarisation » et « incapacité au compromis ». Mais dans le mouvement ouvrier et chez les progressistes, y compris ceux du Congrès, des descriptions beaucoup plus précises sont faites : « prise en otage » et « guerre des classes », et même « trahison ». L’AFL-CIO parle du shutdown du gouvernement comme d’un lock-out.

La question immédiate concernant le shutdown est la loi Obamacare. Les républicains s’opposent ouvertement à tout ce qui fournit une plus grande sécurité économique à la classe ouvrière, et ils craignent politiquement qu’Obamacare ne fonctionne et ne dynamise les démocrates lors d’élections futures. La ruée observée dès les premiers jours d’Obamacare est un coup dur pour les républicains.

Mais les questions sont loin de se réduire à la seule Obamacare.

Le blog de l’AFL6CIO l’exprime clairement : « Les milliardaires […] craignent d’être imposés si l’État fait son travail. Ils veulent donc forcer l’État à ne pas faire son travail. Cela veut dire qu’ils sont heureux de faire fermer entièrement les administrations publiques si le président Obama n’accepte pas de reculer concernant son combat pour que les familles travailleuses d’Amérique aient une véritable assurance médicale. Mais les exigences des milliardaires ne s’arrêtent pas là. Ils veulent mettre un terme à l’aide alimentaire à nos concitoyens et laisser les pauvres mourir de faim. Ils veulent couper les financements de la Sécurité Sociale et de Medicare et empêcher l’État de réguler Wall Street et, surprise, diminuer leurs propres impôts » En bref, le shutdown empeche l’Etat de mettre des limites au pouvoir de l’élite des affaires et de piller et polluer notre pays et le monde aux dépens des travailleurs.

La campagne des milliardaires a déjà remporté des succès considérables. Durant la reprise, après chacune des récessions des 70 dernières années, les dépenses publiques ont fermement progressé, aidant à dynamiser la reprise. Ce fut vrai également quand les républicains Ronald Reagan et George Bush, qui ont tous les deux dirigé le pays avec de grosses augmentations du déficit, étaient présidents. Mais cette fois, après le premier coup de pouce de 2009-2010, les dépenses publiques ont décliné et le déficit s’est réduit.

Mais les républicains continuent de faire avancer leurs pions. Ils ont remporté des concessions à chaque manche de négociations prises en otage. Et ils sont revenus à chaque fois pour en demander plus. En échange d’une hausse du plafond de la dette, ils évoquent des coupes dans les dépenses de Sécurité Sociale, une baisse des financements de l’aide alimentaire et des attaques contre la santé des femmes.

Toutes les factions du parti républicain représentent l’intérêt commun des grandes entreprises- baisses des impôts, non-règlementation de leurs activités, pas de droit du travail, un mouvement ouvrier faible, une armée de réserve de travailleurs au chômage ou en sous emploi sans filet de sécurité et reconnaissants qu’on leur offre n’importe quel travail à n’importe quel niveau de rémunération quelles que soient les conditions. Mais à l’intérieur de ce consensus commun, il y a des différences.

Dans un article important, Robert Reich fait la liste de quelques uns des milliardaires finançant le Tea Party. En plus des Koch Brothers, elle inclut des dirigeants de l’industrie financière, y compris des gens de Goldman Sachs, JP Morgan, de la famille Scaife et d’autres gros bonnets des affaires. Mais il semble que les secteurs les moins fanatiques de Wall Street sont inquiets tant des conséquences politiques que des conséquences économiques, en particulier concernant la limite de la dette. La Chambre de Commerce a aidé à organiser une lettre de plus de 250 groupes industriels qui pressaient le législateur de financer l’Etat et d’augmenter le plafond de la dette.

Ces différences au sein de la classe dirigeante se reflètent dans les divisions croissantes au sein du Parti Républicain. Mais elles sont largement stratégiques. Toutes les factions sont unies, par exemple, pour exiger un accord sur des coupes de long terme visant la Sécurité Sociale et d’autres programmes, coupes généralement proposées comme élément d’un « grand marchandage ».

La riposte

Heureusement, dans cette crise, Obama et la direction du Parti Démocrate refusent de négocier sur un éventuel délai pour Obamacare ou sur les service de l’Etat qui doivent continuer de fonctionner et Obama refuse de négocier sur le plafond de la dette. Et de plus en plus de gens soutiennent le gouvernement et l’appellent à rester ferme.

Il n’y a aucune garantie que le shutdown soit bref. Les syndicalistes qui ont subi un lock-out de leur employeur savent que la victoire revient au camp qui dure le plus longtemps. Et pour que les travailleurs gagnent, ils doivent être informés, se soutenir mutuellement, trouver le soutien d’autres travailleurs et de la communauté et participer activement à la lutte.

Les républicains et leurs médias essaient, non sans succès, de capitaliser sur la confusion entourant Obamacare et sur le cynisme général vis-à-vis de l’Etat pour démobiliser l’opinion publique. En conséquence, certaines rendent Obama responsable du shutdwon. Surmonter cela exige de la clarté sur les questions de lutte de classe à la racine de la crise.

Pour ceux qui se plaignent que le gouvernement ou les démocrates du Congrès n’ont pas assez d’audace, la seule façon de changer cela c’est de mettre des millions de personnes dans la rue (au propre comme au figuré) en exigeant non seulement qu’aucune concession ne soit faite aux preneurs d’otages mais aussi que le Congrès se montre offensif concenrant les besoins des gens. La loi introduite par le Sénateur Harkin (S.567) et la représentante Linda Sanchez (H.R. 3118) pour augmenter les prestations de Sécurité Sociale et alléger la taxation des salaires est un exemple à suivre. Et le flot de signatures pour Obamacare est une importante offensive populaire. Il y a également eu la réponse immédiate de l’AFL-CIO et de dizaines d’autres organisations remerciant le président de s’être montré ferme et appelant les gens à téléphoner au Congrès, à manifester et à mener d’autres actions.

Les demandes clés faites par de nombreuses organisations comprenaient :

  • Le vote immédiat d’une résolution de prolongation.
  •  L’arrêt du sequester. Le vote d’un budget comme celui proposé par le Progressive Caucus et qui crée des emplois et commence à répondre aux besoins réels des travailleurs et de l’infrastructure de la nation.
  • L’abolition du plafond de la dette.
  •  Le financement des dépenses et la réduction des déficits par la fermeture des niches fiscales pour les riches et les grandes entreprises et le vote d’une taxe sur la spéculation financière comme celle proposée par le Progressive Caucus.
  • Le transfert des fonds du budget militaire, en particulier de ceux affectés aux guerres et aux bases à l’étranger, vers le besoins nationaux.

L’enjeu est important. La guerre des classes intensifiée menée contre la classe ouvrière a conduit à une résistance et à une conscience de classe accrue, visibles dans la coalition à l’origine de l’élection de Barack Obama, dans la croissance d’organisations comme MoveOn, le mouvement Occupy, le renforcement du mouvement pour les droits des migrants, la colère nationale contre le meurtre de Trayvon Martin, et la récente convention de l’AFL-CIO, qui a mené à un niveau supérieur la direction du syndicat national et sa collaboration avec d’autres forces progressistes.

En même temps, des secteurs de l’élite des affaire ont répondu par la fondation et le financement du Tea Party, une main mise accrue sur les médias et des organisations diverses pour créer la peur, la confusion et la division parmi les 99%. Ils en appellent à la sécurité économique, ainsi qu’au désir d’ordre et de stabilité, recrutant des petits patrons, des professionnels, des gérants et un certain nombre de travailleurs ordinaires. Dans d’autres pays, des conditions économiques et sociales similaires ont conduit à une résurection des partis fascistes. Si le fascime n’est pas une menace immédiate aux Etats-UNis, la droite ultra, y compris le Tea Party, les milices d’extrême droite et d’autres groupes, nous cassent les oreilles et recrutent en s’appuyant sur le chaos qu’ils ont eux-mêmes créé. Les loi et politiques anti-participatives, anti-immigrants, racistes, fondées sur l’esprit de clocher, anti-féministes, anti-pauvres, anti-ouvrières, anti-environnement qui sont mises en œuvre dans les Etats contrôlés par le Tea Party ne sont que le commecement de ce que nous pourrions voir si l’actuelle situation d’instabilité continue sans qu’on ne fasse rien.

Le seul antidote est l’éducation des militants et l’organisation, et l’implication de nos collègues, de nos voisins, de nos familles et de nos Eglises dans l’action- manifestations, envoi de lettres, appels téléphoniques, et élections- pour mettre un terme au shutdown, rejeter les preneurs d’otages et aller de l’avant avec un programme pro-peuple et progressiste.

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