Le shutdown américain : un lockout contre le peuple, par Art Perlo (1/2)

source : People’s World (USA), 03 octobre 2013

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Le shutdown du gouvernement est un lock-out du peuple américain.
Dans le secteur privé, si une entreprise et son syndicat ne parviennent pas à un accord quand celui qui est en vigueur prend fin, l’usage est de prolonger l’ancien accord pendant que continuent les négociations. Mais que se passe-t-il si l’entreprise est déterminée à augmenter les profits en réprimant le syndicat, en siphonnant les prestations médicales des travailleurs, en attaquant les cotisations pour les retraites et en éliminant le droit du travail dans l’entreprise ? Elle en vient à un lockout- elle ferme ses portes et empêche les ouvriers de faire leur travail ou d’être payés.

C’est exactement ce que les républicains, menés par le caucus du Tea Party, ont fait- non seulement à 800 000 fonctionnaires mais au peuple américain.

Contexte

La crise gouvernementale a lieu alors que nous approchons du début de la sixième année de dépression économique. Les plus riches parmi le pour-cent supérieur – une famille sur mille- ont complètement récupéré et ont monopolisé presque la totalité des modestes progrès faits par l’économie depuis 2009. Mais les familles des travailleurs continuent de souffrir, avec 25 millions de chômeurs et de sous-employés, et une baisse de revenu annuel de 7 490 dollars pour le ménage-type depuis 2000. Furieux d’avoir perdu les élections de 2008 et de 2012, le Parti Républicain, particulièrement le secteur extrêmiste du Tea Party, est prêt à dévaster le pays entier dans sa tentative raciste de mettre des bâtons dans les roues au président Obama.

Les trucs chiants

  1. La Constitution dit que l’État ne peut pas dépenser d’argent sans l’autorisation du Congrès. Cette autorisation a expiré le premier Octobre. Une résolution de prolongation [Continuing Resolution, ndt] ou CR autoriserait l’État à continuer au niveau de dépense antérieur pour un temps limité pendant de nouvelles négociations. Une CR a été acceptée par le Sénat, mais la Chambre [des représentants] lui a attaché une mesure supprimant le financement d’Obamacare. La Chambre voterait sans doute une CR sans changement- qui n’inclurait pas de mesure supplémentaire comme le non-financement d’Obamacare- mais le Président de la Chambre Boehner refuse d’autoriser un tel vote.
  2. Cette crise a lieu dans le contexte du sequester [du séquestre, ndt]. Le sequester est le résultat de négociations qui ont abouti à une crise similaire de plafonnement de l’endettement, en Août 2011. Il impose de larges coupes dans les dépenses fédérales, coupes qui s’approfondissent chaque année. Le sequester a déjà provoqué le licenciement de fonctionnaires, des coupes dans les programmes, et une perte de financement pour Head Start, pour le logement social, le chômage et diverses prestations sociales bénéficiant à des dizaines de milliers de personnes. Si le sequester reste en vigueur, les coupes s’approfondiront en 2014 et ont perdrait jusqu’à un million d’emplois. La CR « sans changement » que demandaient les démocrates laissait le sequester en place, repoussant cette bataille à plus tard.
  3. Peu après le 17 octobre, le plafond de la dette sera atteint. Depuis la Première Guerre Mondiale, le Congrès a imposé une limite à la dette de l’État. Une fois atteint le plafond, l’État ne peut dépenser l’argent qu’à mesure qu’il fait des recettes- ce qui veut dire que les revenus fiscaux de l’État paieront la plupart des factures mais pas toutes et les paiements commenceront à prendre du retard.

Effets immédiats de la crise

En conséquence du shutdown :

  • Deux millions de fonctionnaires ne sont pas payés. Parmi ceux-ci 800 000 sont licenciés, tandis que les autres travaillent sans paye.
  • Les communautés africaines américaines seront les plus durement touchées. A cause de la discrimination institutionnelle dans le secteur privé, les Africains-Américains de la « classe moyenne » sont plus susceptibles de travailler pour l’État.
  • Les services publics comme les monuments et les parcs nationaux sont fermés.
  • Des zones comme Washington D.C., avec une large concentration de fonctionnaires fédéraux sont violemment frappées par la perte de salaires.
  • L’industrie du tourisme près des parcs nationaux et du Capitole subira des pertes. Des dizaines de milliers de familles et d’écoles voient leurs vacances et leurs voyages scolaires ruinés.
  • Les chèques de sécurité sociale seront émis mais les nouvelles demandes et le service seront ralentis.
  • Annulés ou retardés : les prêts aux petites enttreprises, affectant jusqu’à 6 millions d’entreprises ; les inspections par les agences de protection et de régulation en charge de l’environnement, du travail etc ; l’audit de l’IRS [Internal Revenue Service] concernant les super-riches et les enquêtes sur l’évasion fiscale.
  • Si le shutdwon se poursuit, il commencera à affecter des programmes comme Head Start, comme le programme WIC pour la nutrtition infantile, et l’aide au chauffage hivernal.

Une logique apparaît concernant les personnes les plus rapidement et durement frappées. Et ce ne sont pas celles du 1% supérieur.

Les effets du plafonnement de la dette sont plus difficiles à prédire. De nombreux commentateurs, et de nombreux dirigeants d’entreprises voient cela comme plus dangereux que le shutdown. Le gouvernement a plusieurs options. Il peut recourir à des mesures pour mettre de l’argent en circulation et payer les factures sans dépasser formellement la limite d’endettement. Il y a en effet moyen d’imprimer de la monnaie pour éviter l’emprunt. Il y a de bons arguments constitutionnels pour ignorer le plafonnement de la dette et continuer à payer les sommes dues. Si le plafond est atteint, l’action du gouvernement et les réactions qu’elle provoquera dépendront largement de l’équilibre des forces politiques à ce moment là.

Ce qui inquiète de nombreux dirigeants d’entreprise (et tous nos concitoyens) c’est que si les États-Unis ne paient pas à temps les sommes dues, y compris les remboursements d’emprunts passés, cela pourrait affaiblir la confiance globale dans le dollars étasunien et provoquer une nouvelle crise financière, une nouvelle récession et des pertes massives d’emplois. Ce scénario extrême est peut-être improbable. Mais l’instabilité créée par les crises politiques, financières et économiques a des effets imprévisibles et potentiellement catastrophiques échappant au contrôle de ceux qui créent la crise- en l’occurrence le Tea Party et ses soutiens.

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s