Des ouvriers dans des entreprises publiques vénézuéliennes protestent contre la direction « bureaucratique », par Ewan Robertson

Les travailleurs de Lacteos Los Andes

source : venezuelanalysis.com, 30 août 2013

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Mérida, 30 août 2013- Des travailleurs de plusieurs entreprises publiques vénézuéliennes ont lancé des manifestations contre ce qu’ils appellent la gestion « bureaucratique », défendant à la place une direction des entreprises suivant le modèle du contrôle ouvrier.

Les travailleurs de l’entreprise publique Lacteos Los Andes ont obtenu d’importantes concessions du gouvernement cette semaine après avoir protesté contre des « choses irrégulières » dans dans cette entreprise fabricant entre autres du lait, des yaourts et des jus.

300 ouvriers de Lacetos ont manifesté lundi dernier devant l’Assemblée Nationale du pays pour mettre en lumière ce qu’ils ont appelé un « sabotage » de la production de l’entreprise par la direction de la compagnie et le ministre de l’alimentation, Felix Osorio.

Parmi les problèmes de l’usine, il y avait une insuffisance des matières premières livrées pour la production et une baisse du nombre de camions arrivant à l’usine pour distribuer les produits Lacteos Los Andes. Les ouvriers ont accusé la direction d’essayer de faire échouer la compagnie nationalisée dans le cadre d’un plan pour la « remettre aux hommes d’affaires de la bourgeoisie de droite ».

Lors d’une réunion avec des représentants de la présidence du Venezuela, mardi, les ouvriers de Lacteos ont exposé leurs principales inquiétudes et revendications : le manque de marchandises importées comme les containers, la mauvaise gestion de l’entreprise, la dissimulation de données comptables, et « par-dessus tout », une non-prise en compte des contributions des travailleurs.

« Nous avons une direction irresponsable qui n’a rien fait. La solution est de changer cette direction, et d’ouvrir une enquête administrative, civile et pénale…cette [situation] peut être résolue par le contrôle ouvrier » a dit un ouvrier à Aporrea.

En conséquence de la réunion, la présidence Maduro a décidé de renvoyer la direction de Lacteos, et de garantir l’importation et la livraison des matériaux requis pour la production de l’entreprise.

Les ouvriers de Lacteos ont de plus proposé à l’exécutif que la compagnie soit dirigée suivant le modèle de l’autogestion ouvrière ou « contrôle ouvrier ». Jeudi les ouvriers devaient débattre de cela à une réunion plénière des travailleurs, avec dans l’idée de proposer l’un des leurs pour la position de « travailleur président » de l’entreprise.

D’après Aporrea, les travailleurs de Lacteos « ont la conviction que le Président Maduro tiendra les promesses contenues dans les accords conclus [avec les ouvriers] pour remettre Lacteos Los Andes le pied à l’étrier »

D’autres manifestations

La lutte à Lacteos est une des diverses mobilisations du travail menées ces dernières semaines contre les directions dans les entreprises publiques , parmi lesquelles ont compte l’effort victorieux des Industries Diana, gérées par leurs ouvriers, d’éviter qu’on leur « impose » un homme d’affaire comme directeur.

Mercredi, des employés du distributeur alimentaire public PDVAL ont marché vers le palais présidentiel de Milaflores pour protester contre les conditions de travail et le traitement par la direction. Les travailleurs ont dit qu’ils ne bénéficiaient pas d’une convention collective, et qu’ils n’avaient pas reçu la hausse de salaire accordée aux travailleurs du secteur public plus tôt cette année.

Depuis, les ouvriers de PDVAL ont rencontré la direction et sont parvenus à un accord. Toutefois, les ouvriers ont lancé au président Maduro le message qu’ils ne regardent pas les incidents récents à Lacteos Los Andes, PDVAL et Diana Industries comme isolés, avertissant le président du danger d’une « cinquième colonne vêtue de rouge » dans les entreprises publiques.

« Nous allons perdre la révolution, Maduro, si nous ne nous organisons pas » a dit un ouvier, d’après Aporrea.

Pendant ce temps, dans l’Etat occidental de Yaracuy, dans l’entreprise publique Pedro Camejo, qui travaille dans les secteurs des machines agricoles et du transport, les ouvriers et les paysans ont occupé les locaux.

Mercredi, dans un communiqué de presse, les travailleurs ont dit qu’ils luttaient contre « l’oisiveté et l’inattention de la direction », qui a échoué à fournir les pièces nécessaires pour les machines, « mettant la prochaine récolte en danger ». Les travailleurs ont également défendu la mise en place d’un modèle de type contrôle ouvrier dans l’entreprise.

L’occupation a le soutien de plusieurs organisations de la base, de la Commune Hugo Chavez Frias, du candidat local aux élections municipales pour le Parti Socialiste Unifié (PSUV), au pouvoir, qui a défendu le « remplacement » de la direction de l’entreprise.

10 commentaires

  1. Très intéressant : le sabotage de la production est un outil récurrent pour faire tomber les gouvernements ou se donner les moyens de réaliser un coup d’Etat …
    Le seul moyen est effectivement le contrôle par les ouvriers .

    On peut aussi comparer avec l’action ou l’inaction d’un gouvernement Ayrault lorsque le patronat organise le désinvestissement après avoir empoché les fonds publics …

  2. Ahh, que la gauche caviar, composée d’énarques et de cadres supérieurs, doit frémir de colère à la lecture de ce qui se passe dans le régime dictatorial du Venezuela!
    Voici que les ouvriers ont la parole, et prennent même des pouvoirs!
    Ma parole, on court à la « dictature du prolétariat »!

    • La seule dictature qui les incommode c’est celle du prolétariat …

  3. Je me méfie comme la peste de ce genre de jargon. D’un côté les travailleurs ont des griefs précis contre une direction « saboteuse », d’un autre côté, « on » (qui ? pourquoi pas des trotskystes ?) plaide pour une gestion ouvrière ou contrôlée par les travailleurs (qui ne représentent pas toute la collectivité !).
    Ici, si on lit attentivement, on échappe à ce dilemme, c’est la présidence qui est intervenue, répondant à l’attente des travailleurs. Point.
    Mais le ton de l’article est tendancieux.

    • OK lisons entre les lignes …de façon plus rigoureuse.
      Mais par ailleurs , ce qu’on lit ici et ailleurs à propos du Venezuela le plus souvent consiste à ressasser que le pays est mal géré , que la pénurie est due à l’incurie du gouvernement .

  4. Voilà au moins des travailleurs responsables avec une haute conscience politiques pour trouver des solutions démocratiquement pour sauver leurs intérêts qui sont ceux de tout le Peuple ! Ah! Si chez nous les travailleurs de chaque usine qui ferme pour se retrouver à la rue pouvait se mobiliser de la sorte ? C’est pourtant bien là la clé de la sortie du chômage ! Et merci de cette importante INFO. qui nous conforte dans notre idéal ! On peut diffuser « à gogo » cette info. même sur d’autres sites?

  5. Totalement d’accord avec chabian. En allant sur le site venezuela analysis on voit d’ailleurs que certains de ses membres appartiennent à Socialist Alliance et à Resistance issue comme le dit wikipedia du mouvement anti-guerre ‘these experiences formed the basis of Resistance’s opposition to Stalinism ‘. Sans tomber dans la paranoia méfions nous de ce jargon et des ces jargonneurs qui ont vite fait de transformer la lutte contre la bureaucratie (ici parfaitement légitime car saboteuse et patronale) en contre-révolution contre un état progressiste au prétexte de contrôle ouvrier.

  6. C’est tout à fait juste, camarades : le jargon reflète ici une interprétation orientée de la réalité vénézuélienne…Il me semblait évident cependant qu’on parviendrait à lire entre les lignes et à bien comprendre que 1/ des conflits à la fois syndicaux et politiques semblent exister dans les entreprises publiques vénézuéliennes et 2/ que la présidence de Maduro est prompte à accéder aux demandes des travailleurs. Le reste relève non pas de la manipulation trotskiste contre un gouvernement que Venezuelanalysis soutient indéfectiblement, mais de la simple naïveté des gauchistes, quasi-gauchistes et ex gauchistes qui contribuent à ce site. Il me semble qu’il est extrêmement important de comprendre les contradictions d’une révolution (et il s’agit l à d’une contradiction) pour pouvoir en penser la nature, le sens et la portée.

  7. Marc ce n’était pas un reproche. Les lecteurs qui vont sur un blog (et le tien est excellent) on tendance à prendre au premier degré ce qu’ils lisent et pensent parfois que le responsable du blog approuve le contenu des articles qu’il publie. Ce malentendu est parfois politiquement pesant.

    • Je n’ai pas eu cette impression en lisant les échanges sur cet article en tout cas , au contraire .
      Dans un premier temps , à la lecture le contenu tranche avec les infos dont on nous abreuve sur le Venezuela .Au lieu de nous faire part des desiderata de la classe aisée hostile au processus révolutionnaire , là on entend enfin parler des ouvriers .
      Ensuite ces ouvriers dénoncent le sabotage économique de la part non du gouvernement PSUV , mais de la direction d’usines .
      Je ne vois pas trace de gauchisme à ce stade .
      En URSS même , cela s’est produit .

      Que l’auteur de l’article verse dans le gauchisme est une chose mais ce qu’il relate montre plutôt que le gouvernement Maduro et les ouvriers s’unissent pour faire avancer le processus , et c’est là l’essentiel à mon sens .

      Il y a des conflits mais les contradictions sont inhérentes à toute société et de plus , si , au Venezuela se construit ledit socialisme du XXIème siècle , pour autant on est dans une phase transitoire où les moyens de production ne sont pas acquis à la classe productive . Justement l’intérêt de l’article est de montrer ce qui se passe dans le lieu même de l’enjeu du pouvoir .On est en pleine lutte des classes .

      Cela s’oppose à la glose qui parle de pénurie de papier-toilette dans les magasins … et qui ignore donc le lieu et la question de la production . La même glose qui nous chante qu’on est libre à l’ouest car les étals des supermarchés nous proposent 36 marques de papier-toilette .

      les articles sont intéressants car ils sont matière à réflexion et que par ailleurs notre réflexion a tendance à être amoindrie du fait qu’on nous mâche le pour et le contre .


Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s