La dynamique capitaliste et les travailleurs, par Martin Hart-Landsberg

source : Reports from the Economic Front, 19 juin 2013

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

 

Le récent Global Wage Report de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) examine les tendances de la distribution du revenu entre le travail et le capital. Il conclut que :

Une abondante littérature a fourni de nouvelles preuves empiriques consistantes indiquant que les dernières décennies ont vu une tendance à la baisse de la part du travail dans la majorité des pays pour lesquels des données sont disponibles.

L’OCDE a remarqué, par exemple, que, durant la période de 1990 à 2009, la part de la rémunération du travail dans le revenu national a décliné dans 26 des 30 économies développées pour lesquelles des données sont disponibles, et calculé que la part médiane du salaire dans le revenu national à travers ces pays a chuté considérablement, passant de 66,1% à 61,7%.

Cette tendance, mesurée à prix constants, est coûteuse pour les travailleurs. Tali Kristal, dans un article publié dans le numéro de Juin de l’American Sociogical Review fournit une estimation du coût pour le travailleur américain. De 1997 à 2007, la part du travail dans le revenu national du secteur privé étasunien est tombée de six points de pour-cent. Si la part du travail était restée à son niveau de 1979 (environ 64% du revenu national), les 120 millions de travailleurs américains employés par le secteur privé en 2007 auraient gagné 600 milliards supplémentaires, soit une moyenne de plus de 5000 dollars par travailleur. Toutefois, comme l’a remarqué Kristal, « cette énorme somme d’argent n’est pas allée aux travailleurs. En revanche, elle est allée vers les profits des entreprises, bénéficiant largement à des individus très riches ».

Les trois documents suivants, empruntés au rapport de l’OIT, soulignent la nature mondiale de cette tendance. Le document 3.1 montre le déclin dans la part des revenus du travail dans 16 pays capitalistes avancés, considérées ensemble, puis séparément, pour les États-Unis, l’Allemagne et le Japon.

Comme l’explique l’OIT :

 (Nous) observons que la simple moyenne des différentes parts du travail dans les revenus nationaux dans les 16 pays développés pour lesquels des données sont disponibles sur cette longue période est tombée de 75% au milieu des années 1970 à environ 65% durant les années qui précèdent immédiatement la crise économique et financière mondiale…La crise économique mondiale semble avoir renversé de façon seulement provisoire, la tendance à la baisse…L’OCDE, par exemple, a observé : « Dans les périodes typiques de récession économique, ce déclin [de la part des salaires] s’est interrompu, mais a repris ensuite en compensant son retard. La récente crise économique et financière et la reprise économique morose qui s’en est suivie ne s’est pas écartée de ce schéma général. 

Le document 3.2 examine les économies en développement et émergentes et révèle de tendances similaires pour les revenus du travail dans différents pays. Par exemple, DVP3, le symbole en forme de diamant, représente la moyenne non pondérée du Mexique, de la Corée et de la Turquie. DVP5, les symbole carré, compile la Chine et le Kenya.

Le document 3.3 souligne le déclin de la part des salaires dans le revenu national en Chine.

La pression à la baisse sur le niveau de vie des travailleurs est de loin pire que les tendances ci-dessus ne le suggèrent. Ces tendances reflètent seulement la division du revenu entre les salariés et les propriétaires du capital. L’inégalité salariale a aussi augmenté considérablement. Comme l’explique l’OIT, « Si la rémunération salariale du pour-cent supérieur des hauts revenus était exclue du calcul, la chute de la part du travail apparaîtrait encore plus grande. »

Un oubli majeur dans ce qui précède, c’est que la profitabilité du capital est de plus en plus basée sur sa capacité à diminuer les gains des travailleurs. Le document 36 montre l’écart croissant entre la croissance de la productivité du travail et les salaires moyens dans 36 pays capitalistes développés. Puisque ces données sont basées sur une moyenne pondérée, le résultat est largement dominé par le cours des choses aux États-Unis, en Allemagne et au Japon.

Un autre oubli c’est que l’on ne peut comprendre l’affaiblissement du pouvoir des travailleurs seulement en termes nationaux. En d’autres termes, il semble que chaque pays soit en train d’être restructuré par un processus d’accumulation global qui a permis au capital transnational d’utiliser sa mobilité pour affaiblir les institutions sociales et la solidarité, qui renforçaient autrefois la capacité de négociation des travailleurs. Et, les États-nations ont grandement contribué à cette issue en promouvant agressivement des accords de libre-échange.

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