Il faut restaurer le Système monétaire européen, par Oskar Lafontaine

Source :  le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Traduit de l’anglais par Jacques Nikonoff

Oskar Lafontaine a été l’un des fondateurs du parti de gauche allemand Die Linke dont il fut le président jusqu’en 2009. Il a été président du Parti social-démocrate allemand (SPD) de 1995 à 1999, ministre des Finances de 1998 à 1999 avant de démissionner en raison de divergences politiques avec le Chancelier (SPD) Schröder.

La politique européenne de la chancelière Angela Merkel est sous pression croissante. Sa politique d’austérité qui a dominé l’Europe et l’amène au désastre a été critiquée par le président de la Commission européenne Manuel Baroso ainsi que par Enrico Letta, récemment désigné comme Premier ministre en Italie par le président Giorgio Napolitano. Cela fait longtemps que les leaders européens sont perdus. La situation économique se dégrade de mois en mois et le chômage atteint des niveaux dangereux pour la démocratie.

Les Allemands n’ont pas encore réalisé que, poussés par la crise économique, les Européens du sud – y compris la France – risquent tôt ou tard d’être forcés de se révolter contre l’hégémonie allemande. C’est en particulier la politique de dumping des salaires, pourtant une violation des traités depuis l’origine de la politique d’union monétaire qui les met sous pression. Quand les pays qui sont victimes de cette politique se rassembleront pour forcer à un changement de politique anti-crise aux dépens de l’Allemagne, Angela Merkel se réveillera de son immobilisme auto-satisfait.

Une monnaie unique aurait été viable si les participants s’étaient mis d’accord sur les conditions d’une politique salariale coordonnée en faveur d’une augmentation de la productivité. Dès lors que je considérais qu’une telle politique salariale était possible, j’ai donné mon accord à la création de l’euro dans les années 90. Mais les institutions mises en place pour cette coordination, et en particulier le dialogue macro-économique, ont été contournées par les gouvernements. L’espoir selon lequel la création de l’euro pousserait tous les acteurs à un comportement économique rationnel s’est révélé vain. Aujourd’hui, le système a déjanté.

Ainsi que HWS l’a récemment écrit dans le Handelsblatt, des pays tels que la Grèce le Portugal ou l’Espagne devraient devenir environ 20 à 30% moins chers que la moyenne européenne pour rétablir leur compétitivité et l’Allemagne devrait devenir 20% plus chère. [Hans-Werner Sinn est professeur d’économie à l’Université de Munich, president de l’Institut IFO qui est un groupe de recherche économique très réputé en Europe, et membre du groupe des conseillers économiques ministériel. Il est l’auteur de Can Germany be Saved ?

Cependant, l’expérience des dernières années a clairement démontré qu’une telle politique n’a aucune chance d’être mise en œuvre. Une réappréciation via une hausse des salaires qui serait nécessaire en Allemagne y est impossible du fait de la convergence entre le patronat allemand et le bloc des partis néo-libéraux rassemblant la CDU CSU, le SPD, le FPD et les Verts qui leur obéissent. Une vraie dévaluation via la baisse des salaires qui générerait les nécessaires 20 à 30% de pertes de revenus en Europe centrale – France incluse – conduirait au désastre dont on peut déjà voir les prémices en Espagne, Grèce et Portugal.

Si ces dévaluations et réappréciations ne peuvent pas être faites ainsi, il va falloir abandonner la monnaie unique et revenir à un système qui permette ces dépréciations / appréciations, ainsi que c’était le cas dans la période précédant la monnaie unique, celle du Système monétaire européen. En substance, il s’agit de rendre de nouveau possibles des dévaluations et réévaluations via un système des changes géré au niveau européen. Dans cet objectif, un strict contrôle de la circulation des capitaux serait l’inévitable première étape. Après tout, l’Europe a déjà pris une telle mesure avec Chypre.

Durant la période de transition, il faudrait aider les pays qui devraient inévitablement déprécier leur monnaie, afin de les renforcer, y compris via une intervention de la BCE, et d’éviter un effondrement. Un prérequis du bon fonctionnement du Système monétaire européen serait une réforme du secteur financier sous stricte régulation, selon une organisation du type de celles des caisses d’épargne publiques. Il faut fermer le casino.

La transition vers un système permettant dévaluations et réévaluations devrait se faire graduellement, en commençant par la Grèce et Chypre et en prenant en compte l’expérience du Serpent monétaire européen ainsi que celle du SME.

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s