Ne comptez plus sur sur Keynes pour sauver la France, par Marc Harpon

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Comme prévu, la France est incapable de tenir ses engagements vis-à-vis de l’Europe anti-sociale. Les déficits publics, notamment, sont au-dessus des 3% attendus. Nous avons donc un an et demi de délai supplémentaire pour atteindre, en 2015, les 2,8%. Pendant ce temps, la légitime opposition à l’austérité devrait, à gauche du moins, en rester à ses jérémiades sur « l’Europe sociale », ses bavardages sur la mise au pas de la « finance » et ses rêves de politique keynésienne à l’échelle de la zone euro, avec une BCE subordonnée au politique, et une politique européenne elle-même subordonnée aux peuples- et non plus technocratiquement contrôlée par les experts de la Commission.

En attendant, les seules perspectives de relance par la demande- c’est- bien ça, le keynésianisme- se situent à l’échelle nationale. C’est là que, pour l’instant, les élus du peuple disposent encore de quelques leviers. Or, de telles politiques risquent fort de ne pas être à la hauteur de leurs promesses. L’expérience a montré, avant même la naissance de la monnaie unique, que la relance keynésienne pouvait, en France, favoriser la demande de…produits allemands, et donc créer des emplois, non pas chez nous, mais outre-Rhin. Par ailleurs, comme le remarque Kenneth Rogoff, dans sa chronique intitulée « Ne comptez plus sur Keynes pour sauver la zone euro », dans le numéro du 30 mai des Echos : « Certaines mesures keynésiennes temporaires de soutien à la demande peuvent contribuer à encourager la croissance interne à court terme, mais elles ne résoudront pas les problèmes de compétitivité de la France ». En effet, relancer par la demande, implique de donner du pouvoir d’achat aux ménages qui consomment le plus, c’est-à-dire à à tous sauf aux plus riches, qui ont tendance à épargner. La hausse du SMIC, déjà pointée du doigt par l’UE, participe de cette logique économique keynésienne- et pas seulement d’une nécessité sociale : elle semble devoir promettre que le supplément de salaire soit dépensé et, ainsi, incite les entreprises à produire. Mais elle a aussi pour effet de faire peser sur les employeurs des coûts supplémentaire, incitant ceux qui le peuvent à investir ailleurs que chez nous. La CEE puis l’UE ont diminué grandement l’efficacité des stratégies de relance de l’économie capitaliste.

D’une certaine façon, cela m’arrange bien : je n’aime pas du tout le capitalisme- que je ne réduis pas à la « finance ». Que faire donc ? On pourrait continuer sur le chemin de l’austérité et, comme y appelle l’Europe, réduire encore le coût du travail, mettre au pas les chômeurs ou allonger la durée de cotisation pour une retraite à taux plein et repousser l’âge légal du départ à la retraite. On pourrait aussi baisser les salaires nominaux des fonctionnaires, rendre le marché du travail plus « flexible » ouprivatiser ce qu’il reste du secteur public. C’est vrai, cela pourrait peut-être « sauver la zone euro », comme dit Kenneth Rogoff. Mais pourquoi ne pas sauver la France  et ses travailleurs ? Si ce que l’on veut, c’est sauver la classe ouvrière, il faudrait peut-être oublier Ricardo, Walras ou Keynes et redécouvrir Marx et plus encore Lénine (qui a été forcé de se poser la question de la construction concrète du socialisme, là Marx pouvait encore refuser d’entrer, comme il disait dans les « cuisines de l’histoire ») : redécouvrir les vertus du contrôle ouvrier et des nationalisations.

Merci d’indiquer la source de cet article : Changement de Société

2 commentaires

  1. Epatant. On savait que depuis la fin du camp socialiste, il n’y avait plus d’espace politique pour le réformisme. Mais que ses recettes économiques mises de coté pourraient resservir. Et bien non, comme le montre cet article. La ‘gauche’ ne peut que s’aligner TOTALEMENT (et elle le prouve chaque jour), sur les pratiques capitalistes les plus extrêmes, n’existant que dans la polémique sociétale.

  2. tous les pays industrialisés sont en crise ou en voie de l’être dans la mesure où ils ne songent qu’à la « compétitivité » c’est à dire à une guerre  » larvée » contraire au « doux commerce » de Montesquieu;
    avec les progrès de la prodictivité, une civilisarion du partage et des loisirs est possible mais les esprits ne sont pas mûrs et les égoïsmes encore trop vivaces.


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