Cuba : injection de sang neuf dans un CDR, par la rédaction de La Calle

Un slogan peint par un Comité de Défense de la Révolution, non loin de la Place de la Révolution à La Havane (photo : Marc Harpon, avril 2011)

Un slogan peint par un Comité de Défense de la Révolution, non loin de la Place de la Révolution à La Havane (photo : Marc Harpon, avril 2011)

source : La Calle, janvier-mars 2012

traduit de l’espagnol et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

La Calle est la revue des Comités de Défense de la Révolution, l’organisation de masse à laquelle tous les cubains appartiennent. Avec les difficultés économiques de la Période Spéciale, les militants actifs sont devenus de moins en moins nombreux. Souvent, il s’agit de personnes âgées, qui ont été de toutes les grandes luttes de la Révolution et en ont connu toutes les grandes victoires : éradication de l’analphabétisme, ouverture de l’Université aux noirs, démocratisation de l’éducation et de la santé, soutien à la culture et amélioration de l’accès pour tous à celle-ci…C’est pourquoi, l’un des problèmes majeurs des Comités, est de recruter des jeunes pour le militantisme actif et pour la participation aux instances dirigeantes de l’organisation. En plus d’éclairer ce problème, l’article ci-dessous a le mérite de contredire la caricature habituelle des CDR, qu’on présente souvent comme des clubs de délateurs aux service de la « dictature ». Leurs membres sont en fait des cubains comme les autres, travailleurs, étudiants ou retraités, qui, comme énormément de gens là-bas, n’échappent pas aux difficultés – l’un des militants cités vit, comme souvent à Cuba, dans une maison où cohabitent trois générations. Mais ces gens comme les autres, sont engagés dans l’action concrète pour la préservation des conquêtes sociales de la Révolution et l’amélioration des conditions de vie de leurs concitoyens : ils organisent des manifestations culturelles, promeuvent le don du sang, aident à l’évacuation des quartiers en cas d’intempéries graves, assurent des rondes et des gardes pour s’assurer que tout va bien, ou encore participent à la lutte contre le dangereux moustique aedes aegypti.

Le fonctionnement de la Zone 1, dans le Conseil populaire Zamora Coco Solo, était déficiente. La direction municipale des CDR à Marianao a voulu inverser cette situation, d’après Alexis Lopez Reyes, son coordinateur.

« Ce que nous avons fait en premier, ça a été de consulter la communauté. Pour renforcer l’exécutif de la zone, nous avons mené tout un processus d’entretiens et nous avons retenu ces personnes pour en faire d’abord des militants puis nous les avons intégrées pour compléter l’exécutif. Aujourd’hui, la coordinatrice, à seulement trente ans, est réserviste de la garde municipale

« Parmi les principaux succès du jeune collectif, il y a le sauvetage des tours de garde du CDR, qui étaient auparavant déficients. Aujourd’hui, ils sont correctement organisés et fonctionnent suivant un système qu’ils ont créé au niveau du CDR. Quant aux camarardes de la zone, ils ont des points de reconnaissance, à partir desquels ils vérifient que la garde est bien assurée. »

« On a aussi amélioré considérablement le fonctionnement des structures de base, ce qui fait de cette zone une des meilleures de la municipalité. Cette expérience s’étend aujourd’hui aux zones 86, 87 et 4 des environs.

Des grands-parents aux petits-enfants

Yalixisi Hernandez Cartaya est la coordinatrice de la zone 1. Elle accomplit le mandat normal de vingt-quatre mois à ce poste. Depuis plus de cinq ans, elle renforce les rangs de l’exécutif de la zone, avec pour responsabilité l’économie et les services ; elle a été présidente du CDR 2. A seulement trente ans, elle est passée par les différentes structures de base de l’organisation.

« Avant notre arrivée- explique Yalyxisi- le travail dans la zone n’était pas dynamique. Après le début du travail de la nouvelle direction, le fonctionnement des neuf comités de quartier s’est considérablement amélioré. L’exécutif compte trois jeunes et deux plus vieux, plus un militant de base. J’ai reçu énormément de soutien de tous les membres de la communauté. »

« Parmi les principaux défis auxquels fait face la direction de la zone, il y a l’insertion des jeunes dans le travail de l’organisation. A cette fin, nous développons des activités qui leur donnent envie de participer. Nous sollicitions les services de cuisiniers et mettons de la musique, en particulier le week-end ; nous bénéficions du soutien dans la communauté de deux groupes amateurs qui égaient ces moments »

« Pour les enfants aussi nous créons des espaces : nous fermons la rue pour qu’elle soit à eux seuls toute une journée. Nous essayons de ranimer les jeux traditionnels, comme les courses de sac, le jeu de la corde, nous célébrons les anniversaires en commun, nous avons même fait venir un prestidigitateur une fois. Dans tout cela, je m’appuie énormément sur Elias Yosiver Marquez Laguardia, un militant de la zone. »

« Aux mois de Juillet et d’Août, nous avons fait un plan estival, avec des fêtes, des distractions et des visites au Musée de l’Alphabétisation et au Parc Lénine. Il y a une manifestation qu’on appelle la création dans la rue, au cours de laquelle nous exposons le travail des femmes créatrices de notre communauté. »

« On a aussi organisé un débat libre auquel a participé un ancien combattant d’Angola qui a publié un de ses textes, et qui a expliqué aux jeunes les risques de cette mission et toutes les vicissitudes qu’il a vécues durant son séjour dans ce pays. Quand nous invitions les jeunes à ces activités, ils répondent rapidement. »

« Le travail de l’organisation est très dur et exige beaucoup de sacrifice et d’engagement, mais on le mène à bien en étant unis et avec beaucoup d’amour, et il est très agréable et intéressant. C’est pourquoi le message que je souhaite transmettre aux jeunes de ce pays est qu’il faut qu’ils suivent notre exemple et qu’ils injectent une bonne dose de jeunesse dans l’organisation, ce qui lui manque beaucoup, alors que c’est à nous de continuer cette belle œuvres commencée par nos parents et grands-parents »

Maria Estela Cartaya Valles est fière que sa fille Yalyxisi suive son exemple. Elle a été présidente du CDR, et elle était la fille de celle qu’elle a remplacée. « Le travail de l’organisation est une tradition dans cette famille », assure Maria Estela, en se rappelant comment, à seulement douze ans, elle avait accompagné sa mère à la fondation du CDR de cette zone.

Ren Rodriguez Lemus, autre membre de l’exécutif, à vingt-deux ans, combine les études, le travail et le militantisme au sein du CDR. « M’intégrer dans les tâches des CDR est pour moi très important parce que la majorité des jeunes pense que le travail des Comités est réservé aux personnes âgées. »

« Moi, j’ai bénéficié de l’influence de ma famille. Ma grand-mère a aussi fait partie des fondatrices des CDR et de la FMC. Durant plus de quinze ans, mon grand-père a été délégué du Pouvoir Populaire. J’ai vu les gens venir chez moi et mon grand-père les aider. Cela m’a marqué et constitue aujourd’hui la principale motivation de ma décision de prendre part à l’activité de l’organisation. »

« Je pense que chaque jour qui passe, nous vivons des expériences dont il faut tirer parti. C’est pourquoi je recommande aux jeunes de rejoindre d’eux-mêmes cette importante mission, parce que l’union fait la force et plus nous serons nombreux, meilleur sera notre travail, et nous pourrons faire vivre l’organisation cinquante ans de plus, comme l’a dit notre Commandant en Chef(1) pour le quart de siècle des Comités »

Les sœurs Indira et Camilia Giner Ruiz, respectivement secrétaire à l’économie et aux services et secrétaire idéologique de la zone, suivent aussi l’exemple de leurs parents et grands-parents. Habiles dans leurs missions, elles affrontent des défis qui, sans aucun doute, élèveront le travail de l’organisation dans la zone à un niveau supérieur.

Dans une langue limpide, Indira exprime son inquiétude concernant l’intégration des jeunes sur les listes de donneurs du sang volontaires, puisqu’il n’y en a que six dans la zone. En vue de cette intégration, elles esquissent leurs stratégie et programment des activités dans lesquelles elles pourront introduire le thème, pour le leur expliquer et les convaincre de l’importance du don du sang.

Pour sa part, Camilia se demande que faire pour parvenir à ce que les jeunes deviennent des acteurs des tâches des CDR. Cette question, ainsi que la célébration des principales dates historiques et la distinction des militants les plus impliqués dans l’organisation, constituent les principales directions dans lesquelles elles orientent le travail politico-idéologique.

L’argument en faveur de cette importante bataille, d’après Camilia, « est à trouver du côté des créateurs de cette organisation fondée par la generacion del centenario (2) ; des jeunes comme nous, à l’origine d’une œuvre aussi belle et aussi grande que la Révolution cubaine. »

Pour Estela Diez Sarasola, présidente du CDR 1 le travail de ces jeunes est très important : « En majorité, les CDR sont dirigés par des personnes âgées, et notre zone a le privilège de compter sur un exécutif très jeune. Ils sont très enthousiastes, ils vont de CDR en CDR, nous rendent visite constamment, ce qui nous stimule énormément, parce que nous avons l’expérience et qu’ils nous donnent l’impulsion dont nous avions besoin pour faire avancer les comités ».

Discuter avec ces militants qui, bien que jeunes en apparence, irradient de science, de confiance et de sentiment d’appartenance, a été d’un grand réconfort pour notre équipe. Ils constituent l’élément qui manquait à l’organisation dd la zone. Une injection de sang neuf suffit à faire fonctionner la machine des CDR.

(1) Fidel Castro Ruz.

(2) La génération du centenaire est celle des révolutionnaire qui, avec Fidel, ont attaqué la caserne de la Moncada en 1953, année du centenaire de la naissance de José Marti, l’apôtre de l’Indépendance cubaine.

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