Cuba et le secteur des biotechnologies. Raisons d’une réussite, par Augustin Lage

Le Docteur Augustin Lage est chercheur au Centre d’Imunologie Moléculaire à La Havane.

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Le texte ci-dessous est tiré d’un article intitulé « Las funciones de la ciencia en el modelo economico cubano : intuiciones a partir del crecimiento de la industria biotenologica » (« Les fonctions de la science dans le modèle ééconomique cubain : opinions basées sur l’exemple de l’industrie biotechnologique ») publié dans la capitale cubaine dans la revue Economia y Desarollo (année XLIII, vol. 147, n°1, Janvier-Juin 2012) par le Docteur Augustin Lage, du Centre d’Immunologie Moléculaire, à La Havane. Le titre original de la partie traduite est « La inversion extranjera y el desarollo de la empresa de alta tecnologia » (L’investissement étranger et le développement de ‘entreprise de haute technologie »). L’auteur n’est pas économiste mais médecin et chercheur dans le domaine des biotehnologies.

Un des traits qui surprennent le plus ceux qui, de l’extérieur, écrivent sur la biotechnologie cubaine, est qu’elle s’est développée comme investissement de l’État, sans recourir au financement étranger. Peut-être qu’elle s’est développée seulement pour cette raison. A notre connaissance, dans aucun pays du monde, un secteur biotechnologique de pointe n’a surgi des investissements étrangers venus des pays industrialisés.

Même parmi les pays dits émergents, ni la Chine, ni l’Inde ni le Brésil n’ont atteint un développement accéléré des biotechnologies. La première installation de production d’anticorps monoclonaux en Chine, et la première en Inde, sont des entreprises mixtes menée en collaboration avec Cuba. La première fabrique de protéines recombinantes au Brésil est aussi le résultat d’une collaboration avec Cuba. La décision de l’Instance Biotechnologique du gouvernement de Malaisie, qui a tenté d’attirer l’investissement étranger dans ce domaine, n’a pas remporté le succès escompté. La stratégie des parcs technologiques en Chine, sans méconnaître les indéniables réussites de ce pays, a également été critiquée en ce sens que les entreprises multinationales qui y investissent y transfèrent l’étape de la production de masse de produits déterminés, mais gardent dans leur pays d’origine les étapes de recherche scientifique, de développement des produits et d’évaluation des stratégies, dans lesquelles se situe la partie la plus importante de la « chaîne de valeur » des industries de la connaissance. La mondialisation économique actuelle a été construite par les pays riches à leur propre bénéfice, et les relations économiques internationales dominantes dans le capitalisme néolibéral tiennent beaucoup de la relation « prédateur-proie ».

Les relations économiques justes que nous avons construites avec l’Union Soviétique et d’autres pays socialistes étaient un modèle différent, mais elles n’existent plus. Les relations que Cuba et le Venezuela sont en train de construire dans le contexte de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) sont aussi un modèle différent, mais qui est toujours en construction.

Les sources d’investissements directs originaires des pays capitalistes industrialisés opèrent suivant la règle de la compétence pour s’approprier le plus possible de profit et cela implique l’accaparement des chaînons les plus essentiels de la chaîne de valeur. La transition vers une économie basée sur la connaissance a déplacé ces chaînons essentiels de la production manufacturière vers le développement des produits, et de celui-ci à la recherche scientifique. Ces chaînons essentiels ne seront pas transférés par les investisseurs étrangers.

Les pays du Nord, qui ont commencé la transition vers une économie de la connaissance à partir d’une industrialisation préexistante l’ont menée à bien en incorporant les compétences scientifiques dans les industries qu’ils avaient déjà et à partir de leurs points forts financiers et des positions de force dont ils disposaient déjà sur les marchés. L’histoire de la biotechnologie cubaine fonctionne de façon exactement inverse : c’est l’histoire de la construction de capacités productives à partir des capacités scientifiques et du capital humain préexistants. Cette trajectoire enracine la position de Cuba dans les chaînons qui génèrent le plus de valeur ajoutée et qu’on ne peut exploiter sur la base de l’investissement étranger (ce qui ne veut pas dire que nous n’utilisions plus sélectivement l’investissement étranger dans des opérations particulières.)

Cela explique- en plus du blocus extraterritorial(1) imposé par les Etats-Unis- l’échec des rapprochements tentés par l’industrie pharmaceutique européenne vis-à-vis de la biotechnologie cubaine. L’expérience concrète issue de nombreuses négociation a prouvé l’incompatibilité entre l’intérêt de ces entreprises, qui veulent « louer » la capacité scientifique des cubains ou acheter nos brevets et notre vœux de voir s’ouvrir les murs du protectionnisme et d’accéder à leurs marchés, pour y vendre des produits de l’industrie cubaine.

 

(1) Le blocus étasunien contre Cuba est dit extraterritorial parce qu’il revient à faire appliquer des lois des Etats-Unis dans d’autres pays souverains. En effet, toute entreprise travaillant avec Cuba peut faire l’objet de sanctions aux Etats-Unis.

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