Les dissidents cubains en campagne électorale, par Fernando Ravsberg

source : BBC Mundo, 13 mars 2010

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Après avoir élu leurs « délégués de base » l’an dernier, les cubains se préparent à voter pour désigner les membres des Assemblées Provinciales et de leur Assemblée Nationale, qui forment le « Pouvoir Populaire », l’un des piliers, avec les « organisations de masse », de la démocratie à la cubaine. La participation est généralement supérieure à 90%, dans des circonscriptions où s’affrontent des candidats choisis par leur base elle-même, et non par le Parti Communiste. Dans la mesure où les candidats à la députation doivent d’abord être désignés comme délégués de base, tout commence parle choix par les populations de ceux qui concourront pour cette délégation. En suivant un « dissident », Fernando Ravsberg, de la BBC, avait, à l’occasion des élections municipales de 2010, assisté à une de ces assemblées de désignation. Ravsberg n’est pas un amoureux exalté de la Révolution, mais le texte honnête et sincère qu’on va lire montre bien la liberté que Cuba garantit à tous, y compris aux fameux « dissidents », en dépit même de leurs activités illégales connues : utilisation de fonds étasuniens, constitution d’organisations clandestines ou, encore, ici, campagne électorale, puisque les campagnes, au sens où nous l’entendons généralement, sont interdites et remplacées par les assemblées populaires dont il sera question plus bas. Ravesberg, en dépit des exagérations de ses amis mercenaires, comme certains cubains appellent les « dissidents », dit bien n’ avoir été témoin d’aucune pression ni d’aucun encadrement policier. Il montre également, ce que les médias dominants montrent rarement : combien les contre-révolutionnaires manquent de soutien auprès de la population cubaine, aussi critique soit-elle par ailleurs envers ses institutions, imparfaites comme toute œuvre humaine. Pour une autre lecture de cet article, on consultera le texte de Felipe Perez Cruz, que Danielle avait traduit il y à l’époque : « Un correspondan de la BBC en campagne à Cuba ».

Des secteurs des la dissidence cubaine ont pris un nouveau chemin, et essaient de gagner une base sociale pour être élus au Pouvoir Populaire, système de gouvernement qui va des municipalités jusqu’au parlement et à la Présidence de la République (1).

Durant ces derniers mois, ils ont mené une campagne électorale, afin de se présenter comme délégués de circonscription, membres d’une espèces de conseil municipal chargé de régler les problèmes de la communauté. Ils sont par ailleurs de possibles candidats à la députation.

Silvio Benitez, président du Parti Libéral, s’est présenté dans la circonscription n°47 de Punta Brava, dans les environs de La Havane. BBC Mundo a assisté à la réunion à laquelle étaient conviés 120 riverains, qui devaient décider entre un candidat dissident et un du Parti Communiste.(2)

Bien qu’on nous ait assuré que, dans d’autres assemblées de désignation, il y ait eu des pressions contre les candidats de la dissidence, dans le rassemblement auquel nous avons assisté, tout s’est passé normalement. Il y a eu des questions, mais sans violence ni insultes.

Travailler en pensant au peuple

« Nous appartenons à la Plate-forme des Candidats. Nous menons une action massive dans tout le pays, en postulant pour être élus comme délégués, a expliqué Silvio Benitez, avant d’ajouter que « c’est la meilleure façon de démontrer que nous avons des soutiens dans la population »

« C’est une grande expérience et j’espère que l’opposition se débrouillera et que notre conscience civique nous fera gagner, de la base électorale jusqu’au sommet. Il est temps qu’on arrête de travailler en pensant à l’étranger et qu’on commence à travailler en pensant au peuple. (3)

Silvio ajoute que « c’est possible, nous devons nous présenter à toutes les assemblées, critiquer les horreurs commises, les coups montés, le silence face aux questions du peuple, les obliger à rendre des comptes, mettre à nu les mensonges et les manipulations du gouvernement. »

« La façon de faire que nous proposons va continuer à gagner des adeptes, mais il faut commencer par la base » explique-t-il, avant de reconnaître que « les organisation dissidentes à Cuba sont petites, et c’est pourquoi il est nécessaire d’atteindre le cubain moyen, qui est celui qui va voter. »

Un rassemblement calme

Nous arrivons à l’Assemblée [de désignation, ndt] quelques minutes avant le début de la séance et nous attendons, assis sur un banc du parc qu’il y a juste en face. Nous ne voulons pas que notre présence altère quoi que ce soit, raison pour laquelle nous n’avons pas voulu nous faire remarquer en sortant la caméra.

Quand nous nous sommes approchés, nous avons vu Silvio, avec sa guyabera (4) grise assis au premier rang. On a chanté l’hymne national et lu un article du journal officiel, Granma, dans lequel sont énumérées les qualités que doit avoir un délégué.

La seule force de répression qu’on a vue, c’était un camion de police garé à quelques mètres de la réunion, pour arrêter les automobiles qui essayaient de s’engouffrer dans la rue. Les dissidents nous ont assurés que pas loin de là, il y avait plus de policiers, mais nous ne les avons pas vus.

Quand nous avons pénétré dans l’assemblée, nous avons été seulement regardés avec curiosité : nous étions deux étrangers. Néanmoins, personne ne nous a demandé pourquoi nous nous étions installés là, ni ne nous a lancé de regards hostiles détectables, de commentaires agressifs ni quoi que ce soit de ce genre.

Gagner les abstentionnistes

Au moment de désigner les candidats, deux personnes ont proposé que l’actuelle déléguée, une doctoresse, membre du Parti Communiste et directrice régionale de la santé publique, reste en poste . La troisième personne à lever la main fut Silvio, pour s’autoproposer, ce qui est totalement légal.

Parmi les opinions exposées, un vieil homme a mis en question la candidature du député parce que, d’après lui il n’avait pas les qualités décrites dans Granma. Cependant, passant outre sa propostion de veto, le président de l’assemblée a soumis au vote le nom de Silvio.

Finalement, le résultat, selon nos comptes, a été de 50 votes pour la candidate du Parti Communiste, 14 en faveur de Silvio, et 50 abstentions. Ce dernier chiffre est extrêmement élevé compte tenu de la réalité politique cubaine.

Les dissidents parient sur un travail « au porte à porte, comme le font les Témoins de Jéhovah », nous explique Silvio avant de conclure en disant que la tâche actuelle de la dissidence est de gagner l’appui de toutes ces personnes qui ne votent déjà plus pour la proposition gouvernementale.

(1) Le Président du Conseil des Ministres et du Conseil d’Etat est élu par l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire. (2) Le candidat « du Parti Communiste » est membre de l’organisation politique cubaine, mais n’est pas investi par elle : la loi interdit au Parti de désigner et de soutenir qui que ce soit dans le cadre du processus électoral. D’autre part, il est à noter que, dans la plupart des assemblée de désignation, les cubains ont, lors des récentes élections municipales, retenu plusieurs noms. Contrairement à la légende sur le « socialisme réel », le vote consiste bien pour les éelecteurs à choisir entre deux ou plusieurs candidats. (3) Ce n’est pas un aveu direct, mais il est de notoriété publique à Cuba que les principaux membres de la dissidence, sont financés et organisés par les Etats-Unis d’Amérique. (4) La chemise traditionnelle des cubains.

Un commentaire

  1. A reblogué ceci sur bernard59047.


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