Ricardo Alarcon : À Cuba, ce sont les électeurs qui choisissent les candidats

ALARCON

source : Tiempo Argentino/Granma, octobre 2012

À l’étranger, on pense que le système électoral cubain est discutable du fait qu’il existe un parti unique. Décrivez-nous ce système, quelles en sont les valeurs en termes de démocratie ?


Le président du Parlement Ricardo Alarcon.

En ce moment nous sommes en plein processus électoral. C’est une des différences fondamentales avec le modèle en vigueur dans d’autres pays, avec ce soi-disant paradigme universel. L’essence du système électoral dans le monde occidental contemporain réside dans le fait que les électeurs – qui ne représentent qu’une partie seulement des citoyens – sont appelés à voter pour un candidat préalablement choisi, par des machines électorales ou par des partis politiques. Les citoyens participent peu au choix des candidats. À Cuba, depuis plusieurs semaines, nous sommes engagés dans un processus où les gens choisissent par un vote à main levée les personnes qu’ils souhaitent comme candidats aux élections. Il me semble que cela n’a rien à voir avec le système qui prévaut dans le monde. Ici, nous pouvons dire que depuis quelques semaines déjà, des millions de Cubains ont voté, à travers les assemblées de désignation de candidats. Ces mêmes électeurs sont appelés aux urnes le 21 octobre pour voter pour l’un des candidats qu’ils ont désignés eux-mêmes, et qui sera élu délégué à l’Assemblée municipale. Les candidats sont élus, non pas désignés. Ils ne sont pas là par décision d’une machine électorale.

Sur quels critères ou qualités sont-ils élus?

Les journaux et la télévision appellent à voter pour les meilleurs, pour les plus compétents. Ainsi, lorsqu’une personne lève la main au cours d’une des assemblées de quartier pour proposer quelqu’un comme candidat, c’est parce qu’elle le considère comme représentatif ; il peut arriver que quelqu’un se propose lui-même. Si quelque chose ne manque pas à Cuba, ce sont bien les élections. Le processus électoral se termine le 21 octobre, avec un second tour prévu le 28 dans les circonscriptions où aucun des candidats n’aura atteint 50% des voix.

Dans les élections de la plupart des pays, si un candidat déçoit au cours de sa législature, les électeurs peuvent le sanctionner en ne votant pas pour lui aux élections suivantes ? Quelle est l’alternative des Cubains dans ce cas ?

C’est très simple. Tout candidat élu peut voir son mandat révoqué à tout moment par les électeurs. Ces dernières années, j’ai été député de la municipalité Plaza de la Revolucion, à La Havane. C’est arrivé pour la première fois, en 1993. Tous les députés de la zone ont été invités à participer à l’assemblée municipale qui avait comme point principal à l’ordre du jour le remplacement de son président. La discussion a été très serrée : certains n’étaient pas d’accord pour révoquer le camarade et faisaient toutes sortes d’éloges sur sa gestion, et d’autres le critiquaient durement. Soudain, un vieux camarade qui avait de l’expérience dans le travail de ce district, s’est levé et a dit : « Camarades, n’en faites pas toute une histoire ! Ici, dans la municipalité Plaza, aucun président n’a terminé son mandat. On les a tous remplacés. »

Il n’existe ni délais, ni restrictions pour révoquer quelqu’un. On peut le faire à tout moment, mais évidemment sans que cela ne devienne un chaos et que nous soyons appelés à voter tous les mois.

Les images diffusées à l’étranger tentent de ridiculiser les élections cubaines qui ont des taux de participation toujours élevés, dépassant souvent les 90%.

J’ai une explication pour cela. Quand tu vas voter à Cuba pour choisir entre plusieurs candidats, et que tu sais que l’un d’entre eux a été proposé au cours de ton assemblée de nomination, que tu le connais, tu le sens plus proche de toi, cela t’inspire confiance.

C’est un système très différent des élections dans d’autres pays où le candidat inonde les rues d’affiches avec sa photo, en souriant et en promettant monts et merveilles. Par ailleurs, à Cuba, c’est très simple de voter. Les bureaux sont très proches des lieux de résidence, à une rue ou deux au maximum. C’est ce qui explique qu’à Cuba le taux de participation est plus élevé que dans des endroits où les bureaux de vote sont très éloignés.

Parlons aussi de la liste électorale. En parcourant l’île en ce moment, on peut voir les listes électorales affichées partout : sur les portes des bâtiments, dans les boutiques. Je peux aller vérifier si mon nom y est inscrit, et protester auprès de la Commission électorale s’il n’y est pas. Mais je pourrais aussi voir que tu es inscrit sur cette liste, et savoir qu’en tant qu’Argentin, ne vivant pas à La Havane, tu n’as pas le droit de voter à Cuba. Le jour du scrutin, je connais le nombre d’électeurs qui sont identifiés par leur nom et leur prénom ; la présidente de la Commission demande aux électeurs de l’aider au dépouillement des bulletins. On peut ce système avec d’autres où les gens ne savent même pas combien de votants sont inscrits dans leur bureau, ni combien ont voté, ni même parfois quel est le résultat. (Extrait de Tiempo argentino)

 

Un commentaire

  1. En France ,il est même interdit de consulter la liste d’émargement ; on se fait reprendre si on veut des statistiques sur le nombre de votants en fonction de l’heure ( à moins de les faire mentalement ) et en même temps l’Etat el fait le même jour et nous en bombarde , sans oublier les sondages qui remplacent le débat en le résumant à un rapport de forces électorales de façon à orienter ce dernier .
    Il serait aussi intéressant d’étudier la corrélation entre les moyens financiers du candidat désigné au sein du parti politique , puis les moyens financiers de ce parti politique par rapport aux autres , voire même l’origine des soutiens financiers de ces partis , et les exemptions d’impôts que génèrent ceux déclarés – tout en évaluant ceux non déclarés .
    Toutefois , beaucoup d’électeurs qui récusent le système opaques ici s’abstiennent et sont de plus vilipendés comme de mauvais citoyens par les contributeurs du système.


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