Un Congrès peut en cacher un autre, par Descartes

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon

source : le blog de Descartes, 26 décembre 2012

Il y a quelques semaines j’avais fait sur ces colonnes une analyse du processus de préparation du 36ème congrès du PCF. Mais pendant que les communistes préparent leur congrès, un autre congrès se prépare qui mérite lui aussi d’être suivi. Je parle bien entendu du congrès du PG programmé pour les 22,23 et 24 mars prochain.

Deux congrès très différents en vérité. Au moins sur un point: là où le PCF diffuse largement les textes prévus aux statuts (base commune, projet de modification des statuts) et le compte rendu analytique des débats des réunions du comité national qui ont voté ces textes – vous voyez, je peux dire du bien des gens à l’occasion – le PG semble avoir fait le choix exactement inverse. Il faut être initié pour avoir accès à la « plate-forme » proposée par le Bureau National au Conseil National, ainsi que les quatre « plate-formes » alternatives qui ont été proposées. Comme je ne suis pas initié mais que je bénéficie quand même d’un bon réseau d’espions et d’informateurs, j’ai pu me les procurer et, ne reculant devant rien pour servir mes fidèles lecteurs, je les tiens à votre disposition sur simple demande (1).

 

Commençons par le texte proposé par la direction du PG, qui est de loin le plus intéressant puisqu’il révèle la vision de la politique qui anime celle-ci. La structure du texte est fort classique. On commence par une introduction qui dit en substance: « En 2012 le peuple a chassé le gouvernement de droite et mis à sa place un social-démocrate, mais les sociaux-démocrates sont en faillite et devenus des sociaux-libéraux; heureusement qu’une autre gauche émerge ». Cette « autre gauche » est bien évidement le Front de Gauche, qui a tout ce qu’il faut pour gouverner: programme,plan d’urgence. Sauf – mais c’est un détail – le pouvoir. Il faut donc s’atteler à sa conquête. Et sur cette conclusion optimiste, on rentre dans le vif du sujet.

 

La partie suivante prétend faire une analyse de la situation. On commence anonçant que le capitalisme touche ses limites, et en particulier « le capitalisme touche désormais du doigt une limite qu’il n’a jamais su surmonter, fut-ce par la guerre. C’est celle des ressources finies de la planète. Il n’a aucune réponse efficace à ce défi comme le démontre son incapacité à juguer la course mortelle du réchauffement global« . Le texte en tire comme conséquence – ce qui n’est pas la moindre surprise du texte – que « il était vital de battre Sarkozy, artisan avec Merkel du traité austéritaire TSCG, pour remettre en cause cette marche au désastre au sein de l’Union Européenne, première puissance économique du monde. Alors l’UE aurait mérité plusieurs prix Nobel pour ses services rendus à l’humanité ! Hélas François Hollande en a décidé autrement. Son ralliement au TSCG, qui n’a pas été renégocié contrairement à sa promesse, a ouvert la voie à la poursuite et à l’aggravation des politiques d’austérité en Europe« . J’avoue que le rapport entre la finitude des ressources de la planète, l’incapacité du capitalisme à juguler le réchauffement climatique d’une part et l’austérité et le TSCG d’autre part m’a échappé. Quelqu’un peut il m’aider ?

 

En fait, la lecture du texte donne une explication partielle: l’ennemi, c’est le productivisme. L’austérité empêche de le combattre puisque « la politique de baisse des dépenses publiques interdit les investissements nécessaires à la transition énergétique et à la réorientation écologique de l’économie« . Et les méchants productivistes ont donc les mains libres pour « le maintenir de grands projets inutiles, coûteux et polluants comme l’aéroport de Notre-Dame des  Landes, au maintien du nucléaire comme source première d’énergie tout en augmentant  la pression pour l’exploitation des gaz et huiles de schiste« . Mais attendez… si l’austérité empêche les investissements publics, comment font-ils les productivistes pour financer l’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes ou l’exploitation des gaz et huiles de schiste ? Encore un mystère…

 

Le problème de cette partie du texte est qu’elle est largement contradictoire. D’un côté on vomit le « productivisme » et on parle de continuer le dialogue avec ceux qui proposent la « décroissance », de l’autre on dénonce la politique d’austérité comme source de tous les maux. Mais cette vision oublie que pour dépenser il faut préalablement produire. Dans une logique de « finitude des ressources de la planète » l’austérité est la seule politique soutenable. Comment imaginer qu’on puisse en même temps réduire la production et augmenter les dépenses ? Il y a là un problème de cohérence: on a le droit d’être pour la « décroissance », mais alors il faut assumer qu’en parallèle avec une baisse de la production de biens il y ait une basse de la consommation de ces mêmes biens, et donc de la dépense. Si au contraire on veut augmenter la dépense, il faut bien une politique « productiviste » pour la couvrir.

 

L’erreur du PG ici est à mon avis d’admettre le dogme de « la finitude des ressources de la planète » comme si c’était une vérité incontestable. Ce n’est pas le cas. Que les ressources physiques de la planète soient finies, c’est une évidence. Mais par chance les ressources sur lesquelles l’espèce humaine compte ne se réduisent pas aux ressources physiques. Il faut compter sur deux ressources qui, elles, sont quasi-illimitées. La première, est l’énergie qui nous vient du Soleil. La seconde est bien entendu l’ingéniosité et l’inventivité humaine. Or, dès lors qu’on dispose d’énergie, il n’y a aucune limite à la possibilité de recycler à l’infini les matières que notre terre contient (2). Il faut donc se méfier de la vision néo-malthusienne véhiculée par cette « écologie de la finitude ». Bien entendu, le jour où le soleil cessera de briller, on sera dans la mouise. Mais cela nous laisse quelques millions d’années pour voir venir…

 

Mais revenons à nos moutons. On passe ensuite à un paragraphe qui aurait du être passionnant, celui qui s’intintule « qu’est le PS devenu ? ». On y trouve un exposé assez chaotique de la théorie de « l’astre mort ». Le PS serait devenu social-libéral au délà de tout espoir de rédemption, et ce n’est donc plus la peine de fonder la stratégie de « l’autre gauche » sur l’idée qu’une pression amicale pourrait pousser le PS à « gauchir » sa politique. De même, il est vain d’espèrer que la « gauche socialiste » puisse de l’intérieur infléchir la politique du PS. Il en résulte une conclusion qui rappelle la stratégie « classe contre classe » du PCF dans les années 1930: avec le PS, la seule politique c’est l’affrontement.

 

Et puisque nous sommes revenus en 1930, restons-y avec le paragraphe suivant qui taile son costard au FN. Et accessoirement fait l’éloge de la campagne mélenchonesque à Henin-Beaumont. Voici le paragraphe en entier:

 

« Pour affronter le FN, nous pouvons prendre appui sur les leçons de nos campagnes dans plusieurs circonscriptions considérées comme ses bastions, dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse ou le Pas-de-Calais par exemple. L’attention s’est focalisée sur la campagne menée par Jean-Luc Mélenchon face à Le Pen dans la circonscription d’Hénin-Beaumont. Elle est riche d’enseignements. Cela fait des années que le PS et l’UMP s’y révèlent au mieux incapables de juguler la montée du FN, au pire ses meilleurs agents électoraux. La stratégie de rapprochement idéologique avec le FN a fait dégringoler le candidat commun UMP-Modem à 8% des suffrages. La stratégie dite du Front républicain, appliquée aux municipales précédentes par la constitution d’une liste PS-PC-Modem a, elle, rabaissé la gauche à un niveau historiquement faible au second tour. Seul le Front de Gauche a choisi la confrontation idéologique, politique et militante avec le FN dans cette campagne, sur notre ligne sociale et autonome, tout en ne cédant rien à ses idées xénophobes. Cela a permis à Jean-Luc Mélenchon de gagner 1000 voix par rapport à la présidentielle en seulement trois semaines et malgré le recul en voix national. Dans le même temps l’UMP en perdait 15000 et le PS 8000 ! Et le FN ? Il en a gagné moins de 400 ».

 

Passons sur l’absurdité de comparer les scores d’une élection présidentielle à celui d’une élection législative. Ce qui est plus révélateur, c’est qu’il n’y ait dans ce texte le moindre brin d’autocritique, le moindre soupçon de retour critique sur les choix de campagne à Hénin-Beaumont. Pire, ce désastre est présenté non pas comme un événnement dont il faudrait tirer les leçons pour ne pas le répéter, mais comme un exemple dont il faudrait s’inspirer. Ce n’est d’ailleurs qu’une illustration du ton général du document, qui ne formule la moindre critique sur la manière dont le PG a fonctionné depuis le dernier congrès. Tout va très bien, Madame la Marquise…

 

Le paragraphe suivant nous amène sur la scène internationale. Et les rédacteurs déclarent haut et fort que le PG « est l’expression française d’un mouvement international« . Fort bien. Mais en quoi consiste ce « mouvement » ? Sans surprise, les références viennent d’Amérique Latine: « En Amérique Latine, le candidat commun du Front de Gauche  Jean-Luc Mélenchon a été invité suite à la campagne par les présidents de l’Argentine, de l’Uruguay, de l’Equateur et du Venezuela pour échanger sur nos expériences respectives. Nos liens s’approfondissent car nous avons conscience d’être les expressions nationales distinctes d’un même mouvement international. C’est pourquoi nous avons beaucoup à apprendre des expériences menées en Amérique Latine. C’est là que l’autre gauche est arrivée pour la première fois au pouvoir ». On est habitué à voir le PG répéter comme un mantra que « nous avons beaucoup à apprendre des expériences menées en Amérique Latine » sans que jusqu’à maintenant quelqu’un ait été en mesure de préciser ce qu’on pouvait apprendre. Ici, on a une piste: si l’Amérique Latine a tant à nous enseigner, c’est parce que « c’est là que l’autre gauche est arrivée pour la première fois au pouvoir« . C’est donc cet aspect qui intéresse le PG, et cela est confirmé par la conclusion qui est tirée à la fin de ce paragraphe:

 

« Sommes-nous les survivants d’une gauche de la gauche qui existe depuis longtemps aux côtés d’un PS dominant ou sommes-nous sur le continent européen aux avant-postes d’un mouvement mondial de révolution citoyenne ? Nous n’ignorons pas qu’un débat existe au sein du Front de Gauche sur le niveau d’ambition qui doit être le nôtre. Pour notre part, nous réaffirmons l’objectif clairement affiché par le Front de Gauche dans la présidentielle de devenir la force majoritaire à gauche. Si nous estimions cette voie impossible, alors la situation de notre peuple deviendrait durablement sans issue. Et faute d’être devenus une partie de la solution, nous deviendrions alors une partie du problème. L’issue de ces temps incertains dépendra de notre capacité effective à offrir une alternative gouvernementale« .

 

C’est donc la question du pouvoir qui est fondamentale. Cela étant dit, on voit mal comment la prise de pouvoir de Chavez au Vénézuela (un ancien militaire putschiste élu plus tard sur une plateforme populiste) ou celle de Kirchner en Argentine (dernier avatar du péronisme, un parti qui a exercé le pouvoir pendant plusieurs décennies dans l’histoire de l’Argentine) pourrait constituer une leçon à l’heure de vouloir devenir « la force majoritaire à gauche »…

 

On passe ensuite à la deuxième partie du texte, qui se veut la plus programmatique, sous le titre « une révolution citoyenne pour l’écosocialisme« . Ceux qui s’attendaient à voir définis dans le texte les termes « révolution citoyenne » et « écosocialisme » seront déçus: on en reste à l’effet de sens dans un débordement de formules creuses qui rappellent furieusement la « base commune » pour le 36ème congrès du PCF, le lyrisme en moins.

 

Franchement, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette partie. On y retrouve tous les poncifs de « l’écologie politique » soixante huitarde passée à la sauce « socialiste ». Même le « patriarcat » – la gauche radicale ferait bien de lire le « Manifeste » – y passe. On y trouve même le discours contre la société de consommation qui fleure bon les années 1960:

 

« La transition globale qu’il propose consiste en effet à privilégier les biens répondant aux besoins réels des personnes, utiles et durables, compatibles avec la préservation de l’écosystème, produits par un travail de qualité d’un haut niveau de qualification, plutôt que des marchandises inutiles et jetables mais « compétitives »« .

 

Les rédacteurs ne semblent pas se rendre compte combien cette vision est élitiste. Qui en effet sera juge à l’heure de savoir si un bien « répond aux besoins réels des personnes » ? On peut supposer que si un bien est acheté par des millions de gens, c’est que ces gens le trouvent « utile ». Mais voilà, nous dit depuis trente ans l’extrême gauche: ces gens-là sont aliénés. Ils ne peuvent pas savoir ce qui est bon pour eux. Ils ont donc besoin d’une avant-garde – c’est à dire, de nous – pour décider à leur place ce qui est « utile », ce qui « répond à leurs besoins réels » – qu’il ne faut pas confondre avec les « faux » besoins que les gens croient avoir – et ce qui est « inutile » et qui n’y répond pas. Cette vision qui distingue les besoins « réels » des autres implique nécessairement de découper le peuple entre ceux qui savent distinguer ce qui est « utile » et ce qui ne l’est pas, et ceux qui – pauvres veaux – ne le savent pas et doivent être « guidés » – à coups de pompes, si nécessaire – vers la vérité. Que devient dans ces conditions la « souveraineté populaire » dont se réclame le PG ?

 

Toute cette génuflexion devant les mânes de l’écologie aboutit à une conclusion troublante:

 

« Pour toutes ces raisons, l’écologie est politique. Et l’écologie politique conduit à la fois au socialisme et à la République, permettant de refonder la pensée progressiste au 21e siècle. Le Front de Gauche a commencé à en intégrer les acquis, il faut continuer. La mouvance écologiste dont le Parti de Gauche n’est qu’une jeune composante doit donc elle aussi prendre le pouvoir ! Pour l’avenir de l’humanité, il lui faut renforcer son poids et son influence. Cela implique qu’elle sache se rassembler, se lier aux luttes sociales, chercher la convergence avec le mouvement ouvrier et assumer la dimension nécessairement anticapitaliste de son combat. Une fenêtre s’est ouverte pour cela avec le vote majoritaire de l’organisation historique de l’écologie politique dans notre pays, Europe Ecologie Les Verts, contre le TSCG. C’est une chance considérable qu’il ne faut pas laisser passer. Il reste bien sûr des désaccords entre nous. Mais une convergence nouvelle devient possible« .

 

Tiens, tiens… on dirait un appel du pied vers EELV. D’abord, le PG se place « dans la mouvance écologiste ». Puis, il nous explique que cette « mouvance » doit « converger avec le mouvement ouvrier et assumer la dimension anticapitaliste de son combat ». Et pour finir, une « chance considérable » pour aboutir à cela existe aujourd’hui puisque EELV a voté en majorité contre le TSCG. N’est ce pas mignon ? Qui peut croire un instant que, vote ou pas vote que EELV, qui est un ramassis de carriéristes prêts à vendre père et mère pour un groupe à l’Assemblée et au Sénat et deux postes ministériels serait, sur la base d’un seul vote – vote qui d’ailleurs ne changeait rien au résultat final – tout à coup prêt à converger avec « le mouvement ouvrier » et « assumer la dimension anticapitaliste de son combat » ? En lisant ce texte, on ne peut s’empêcher de penser que « l’écosocialisme » devient le hochet que le PG compte utiliser pour essayer de draguer les écologistes d’EELV. Vous avez dit « recomposition » ?

 

Après cette embardée écologiste, on passe à la troisième  partie intitulée « Le Front de Gauche au coeur d’une majorité alternative ». Et là, on dérape d’une curieuse manière dans l’utilisation du terme « nous ». Jusqu’à ce point du texte, le « nous » désignait le PG. A partir de ce point, on ne sait plus très bien. Voici le paragraphe le plus révélateur:

 

Après quatre années d’existence, nous avons atteint les premiers objectifs que nous nous étions fixés. Nous avons été fondés dans l’onde de choc de la présidentielle de 2007. L’émiettement et la marginalisation de l’autre gauche avait alors ouvert la voie à la victoire d’une « droite décomplexée ». En 2012, nous avons mis un terme à cette dispersion avec un candidat commun soutenu par 8 formations. Le sortant de droite a été sorti. Nous avons dépassé les 11% des voix.

 

C’est qui le « nous » ici ? A l’évidence, c’est le Front de Gauche. Car « nous » le PG n’a pas « dépassé les 11% »…

 

Ensuite, on aborde deux époques. D’abord 2013 « l’année du premier choc austéritaire » (ou l’on jouera du pipeau en attendant que cela se passe) puis 2014 « année électorale » ou l’on passe aux choses sérieuses. Et c’est la que le « nous le PG » et le « nous le FdG » deviennent franchement comique lorsqu’on commence à aborder les difficultés avec les partenaires du PG à l’heure de décider des listes autonomes par rapport au PS. Ainsi par exemple:

 

« Nos listes autonomes seront autant d’espaces politiques de résistance et de rassemblement face aux politiques austéritaires. Elles contribueront à ancrer la dynamique du Front de Gauche dans la population. (…). Les mesures portées par nos listes contribueront à rendre concret le changement de société dont est porteur notre projet écosocialiste. C’est pourquoi une convention nationale du PG sera organisée en juin prochain pour déterminer les principales propositions de nos listes. Dans nos communes, nous nous heurtons sans cesse à des problèmes dont la solution est nationale ou européenne. C’est pourquoi nous ne concevons pas les municipales comme une addition d’élections locales. En défendant partout des éléments programmatiques communs, nous renforcerons la crédibilité de l’alternative et l’unification locale de nos forces aura une portée nationale.
Les obstacles que nous affrontons pour constituer ces listes autonomes sont divers : effectifs militants du PG ou du Front de Gauche trop faibles pour conduire des listes autonomes, préférence dans certaines localités des instances du PCF pour des listes communes avec le PS dès le premier tour, absence d’autres partenaires disponibles pour  participer localement à des listes communes. Nous travaillerons à dépasser une à une ces difficultés, par la construction du PG, le renforcement d’un Front de Gauche autonome, le dialogue avec toutes les forces et citoyens disponibles pour porter au niveau local des mesures de rupture avec l’austérité mise en oeuvre par la politique gouvernementale« .

 

Je vous invite à faire l’exercice suivant: pour chacun de ce « nous », déterminez s’il s’agit d’un « nous le PG » ou d’un « nous le FdG ». Certaines formules posent d’intéressantes questions. Lorsqu’on évoque en début de paragraphe « nos listes autonomes », s’agit-il de listes FdG ou de listes PG ? De même, lorsqu’on écrit que « une convention nationale du PG sera organisée pour déterminer les principales propositions de nos listes », on peut déduire qu’il y aura des listes « autonomes » présentées par le PG en dehors du FdG (parce que dans le cas contraire on voit mal le PG tout seul « déterminer » les principales propositions de la liste). C’est arrivé là dans la réflexion que j’ai commencé à me demander si l’ambiguïté sur ce « nous » était un défaut de rédaction où si au contraire elle cache une véritable volonté d’autonomie par rapport au PCF qui annoncerait un changement de position du PG par rapport au Front de Gauche. Il n’échappe pas en effet au lecteur du texte qu’alors que les appels du pied vers EELV se multiplient, le PCF n’est guère mentionné. De toute évidence, ce n’est plus le grand amour. On retrouve cette constatation dans le paragraphe suivant, qui parle des élections européennes:

 

« Avec le Front de Gauche, nous avons déjà réunies les forces qui, opposées au TCE puis au Traité de Lisbonne, défendent notamment la désobéissance européenne, le contrôle démocratique de la BCE, la rupture avec la politique de l’euro fort et une harmonisation fiscale et sociale par le haut. Nos propositions en matière européenne inscrites dans l’Humain d’abord sont plus que jamais d’actualité face au cours austéritaire de la construction européenne. C’est pourquoi le projet écosocialiste contre l’austérité peut devenir majoritaire à gauche lors de l’élection européenne. De plus d’autres convergences à gauche sont possibles depuis le refus du TSCG par EELV et par l’aile gauche du PS. Sans être en accord sur tout nous pouvons construire une alliance sur le refus de l’Europe austéritaire et sur des propositions alternatives vers l’écosocialisme« .

 

On nage en plein oecumenisme: il faut vraiment se pincer pour s’assurer qu’on ne rêve pas. Ainsi il y aurait une possibilité « d’alliance » – rien de moins – entre les anciens partisans du TCE et ses adversaires. Un petit vote contre le TSCG, et le miracle s’accomplit… Comme si à l’heure de débattre du futur de l’Europe, les différences sur le fédéralisme, sur la supranationalité, sur la supériorité du droit et des institutions européennes sur leurs contreparties nationales étaient sans importance du moment qu’on « refuse l’Europe austéritaire ».

 

Il faut appeler un chat un chat. Ce texte annonce la poursuite de la ligne sinueuse qui a prévalu depuis l’OPA de Martine Billard et ses amis sur le PG. Il y a un an, Mélenchon faisait les yeux doux au NPA et le langage se faisait « anticapitaliste ». Maintenant, on commence à faire du pied à EELV et à la gauche du Parti socialiste et on invente « l’écosocialisme ». Avec à chaque fois le même mépris pour le projet, le but étant de ratisser le plus large possible. Le FdG est déjà devenu un ramassis qui marie la carpe du POCF avec le lapin de la FASE. Imaginez ce que cela deviendrait avec EELV et la gauche du PS en plus. Les dirigeants du PG devraient se souvenir du dicton qui veut que « qui trop embrasse mal étreint ». Il a été dejà difficile de fabriquer un semblant de programme alors qu’on était à deux. Imaginez-vous ce que ce sera lorsqu’il faudra trouver une position sur le nucléaire commune à EELV et au PCF ?

 

La suite devient de plus en plus « syncrétique » en termes idéologiques. Ainsi, dans le paragraphe suivant on nous explique que: « D’abord nous voulons faire du Front de Gauche un Front du peuple. Cela signifie qu’il doit devenir un vecteur d’unité concrète au service de la souveraineté populaire. Nous voulons construire l’expression politique d’une nouvelle majorité sociale, les « 99% » contre la finance« . On se demande si les rédacteurs de cette formule croient vraiment que le « 99% » a des intérêts communs à l’heure de s’opposer « à la finance »… Mais cela n’empêche pas un dernier appel du pied en direction de EELV: « En même temps que ce travail de constitution d’un Front du peuple, il nous faut rassembler les forces politiques disponibles pour construire une majorité alternative. C’est pourquoi, sans cesser d’être disponibles pour nous retrouver avec ceux qui à l’autre gauche n’ont pas encore fait le choix de l’unité, nous nous adressons aux écologistes d’EELV et aux socialistes du PS qui ont voté non au TSCG« . On insiste lourdement, vous ne trouvez pas ?

 

Enfin, dans le dernier paragraphe du chapitre, cette attendrissante preuve de modestie: « Le Parti de Gauche sort considérablement renforcé de la dernière période. (…) Ses dirigeants ont conquis un grand crédit dans de nombreux secteurs, nationalement comme localement« . Et ce sont ses dirigeants qui vous le disent…

 

 

Descartes

 

 

(1) Vous pouvez vous les procurer avec les liens suivants. Malheureusement, il s’agit de liens « brisés » qui peuvent être effacés à tout moment. Sivous avez un problème pour les charger, faites-le moi savoir et je vous les enverrai par courriel.

 

Texte BN

Texte alternatif 1

Texte alternatif 2
Texte alternatif 3Texte alternatif 4

(2) Je ne fais ici que d’énoncer le deuxième principe de la thermodynamique.

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