Un congrès peut en cacher un autre (suite… et fin ?), par Descartes

Ceci n'est pas le PCF

Ceci n’est pas le PCF

source : le blog de Descartes, 28 décembre 2012

Je dois d’abord remercier un lecteur de ces chroniques qui a eu la gentillesse de m’envoyer le texte amendé de la « plate-forme » pour le congrès du PG tel qu’il est issu des débats du Conseil National des 15-16 décembre dernier. Il a eu aussi la gentillesse de me transmettre un texte alternatif fort intéressant intitulé « Parti de gauche, parti du peuple ». Pourquoi ce texte est si intéressant ? Pas seulement par son contenu, qui rappelle tant par le style que par les thématiques les textes traditionnels de l’extrême gauche la plus sectaire. Mais si ce texte est intéressant… c’est surtout parce que des paragraphes entiers ont été recopiés et rajoutés au texte proposé par le BN pour produire le texte final.

Le résultat est inénarrable. J’avoue n’avoir pas pris le temps de relire le texte final avec une loupe pour trouver tous les ajouts et retraits. C’eût été un travail non seulement considérable, que je n’ai pas eu le courage de faire. J’ai constaté tout de même un certain nombre de petites modifications dans les titres, de coupe de tel ou tel paragraphe qui ne change pas en profondeur le sens ou la tonique du texte. Mais on j’ai tout de même remarqué qu’à certains endroits des paragraphes entiers ont été rajoutés. Des paragraphes que j’ai retrouvé, quelquefois avec des différences révélatrices, dans le texte « Parti de gauche, parti du peuple ». Souvent, il s’agit d’une reprise partielle, elle même quelquefois révélatrice dans ses coupes. Voici ces ajouts:

Renverser l’Oligarchie

Avec ce paragraphe rajouté, rentre dans le texte un concept qui ne se trouvait pas dans la proposition originale, celui de « oligarchie ». Voici un extrait du texte rajouté:

L’oligarchie assoit son pouvoir à travers une corruption continue des élites par l’argent. La financiarisation des entreprises a ainsi contaminé une partie des cadres. Le pantouflage des hauts fonctionnaires dans les banques ou le mercantilisme de l’expertise scientifique dans l’industrie pharmaceutique en sont d’autres exemples criants. Le pourrissement par l’argent a même gagné l’administration : 600 très hauts fonctionnaires touchent des payes supérieures à celles du président de la République et du Premier ministre. L’accumulation indécente de hauts revenus et de privilèges touche aussi l’échelon local. La décentralisation combinée au cumul des mandats a ainsi permis tous les excès dans ce domaine. Les conditions d’existence de cette classe d’ultra riches sont complètement déconnectées de celles de la réalité de masse de la société. Cette extrême richesse crée une solidarité puissante entre ses détenteurs qui ont intérêt au maintien de l’ordre établi.

Surprenant, non ? Dans toute cette discussion on ne voit apparaître que « le pantouflage des hauts fonctionnaires », « le mercantilisme de l’expertise scientifique », les « très hauts fonctionnaires » qui – horreur, malheur – gagneraient plus que le président de la République (comme si le salaire du Président était une référence). C’est ça, les « ultra riches » qu’entend combattre le PG ? Pas un mot pour les vedettes du spectacle, du sport, des arts – apparemment, ils méritent leurs salaires multi-millionnaires, ceux-là. Pas un mot surtout des grands capitalistes, des propriétaires d’usines, de banques. Pas un mot sur les spéculateurs… et cette absence n’est pas une coïncidence. La chose se corse par la suite:
Une caste a pu ainsi s’emparer du pouvoir. Elle ne veut plus le rendre au peuple. En échappant au contrôle des citoyens, la classe dirigeante s’est transformée en oligarchie. Elle transcende les clivages politiques traditionnels puisque ses membres peuvent se réclamer aussi bien de la droite que de la gauche. Les oligarques les plus chevronnés ne font d’ailleurs même plus la différence. Les plus connus s’appellent Jouyet, Pujadas, Gallois, Joffrin, Proglio, Hees, Pépy, Giesbert, Minc ou encore Lauvergeon et Pfimlin. Sans oublier le discret Noyer, inébranlable depuis 9 ans à la tête de la Banque de France. Dans l’ombre des cabinets ministériels, des directoires d’entreprises et des rédactions, ils sont quelques centaines à assurer la continuité de « la seule politique possible ». Insubmersibles, à chaque élection ils perpétuent leur pouvoir grâce à l’illusion de l’alternance. Ils ont besoin de l’apparence du changement pour que leur système tienne. L’élection de 2012 illustre à merveille la prise de pouvoir de l’oligarchie : on a changé de président mais pas de régime. La monarchie présidentielle de la Vème République a ainsi fait prospérer le pouvoir des lobbies, technocrates, banquiers, patrons de presse et de grands groupes, barons locaux. Ils s’accordent dans les salons du Fouquet’s et autre dîner du Siècle pour effacer le peuple des décisions politiques.

C’est donc bien ce qu’on avait compris. Les « oligarques » qui sont dénoncés ici, ceux qui se sont emparés du pouvoir et ne veulent pas « le rendre au peuple » ne sont pas les possesseurs du capital. Ni Bettencourt, ni Bolloré, ni Pinault ne figurent parmi « les plus connus des oligarques ». Non, ils sont – retenez bien cette liste – Jouyet, Pujadas, Gallois, Joffrin, Proglio, Hees, Pépy, Giesbert, Minc, Lauvergeon, Pfimlin, Noyer. Et encore, on a échappé au meilleur: dans le texte alternatif  « Parti de gauche, parti du peuple », cette liste comptait un nom de plus, celui de Michel Onfray…

Franchement, est ce que quelqu’un peut croire que Pujadas, dont le seul, l’exorbitant pouvoir est de présenter le journal télévisé et de temps en temps une émission politique, qui doit donc son pouvoir au poste qu’il occupe et qu’il peut perdre à n’importe quel moment est un « oligarque » ? Joffrin un « oligarque » ? Hess un « oligarque » ? Ce n’est pas très sérieux. Quant à Gallois, un homme qui a fait toute sa carrière dans le public, qui n’a jamais « pantouflé », qui est l’exemple même du « grand commis de l’Etat » modeste et intègre, en faire un « oligarque » frise le ridicule.

Reste une question: quel est le sens de l’irruption de cette « oligarchie » si bizarre dans le discours du PG ? A cette question, il m’est difficile d’apporter une réponse…

Sortir de l’Europe austéritaire

Pour construire ce paragraphe, les rédacteurs ont repris le début et la fin d’un paragraphe du « Parti de gauche, parti du peuple » mais en supprimant le milieu. Qu’on ait supprimé la partie en question n’est pas un hasard, puisqu’elle parlait précisément de la question de la Nation, question taboue s’il en est au PG. Voici le texte avec la partie non reprise soulignée:

« Voilà plusieurs années que nous disons que face aux désastres sociaux et écologiques l’Europe n’est pas la solution mais le problème. L’impossibilité à la réorienter dans son cadre actuel est magnifiquement illustrée par François Hollande et la social-démocratie européenne. En l’absence de remise en cause de l’ensemble du cadre des Traités, toute « réorientation de l’Europe » est purement velléitaire. Au fil des coups de forces contre les peuples, l’Union européenne est devenue une dictature. En terme d’influences géopolitiques, c’est un cocktail malfaisant d’Europe allemande et d’Europe américaine. Mercantile, inégalitaire et cléricale, l’Europe n’a jamais été aussi éloignée qu’aujourd’hui de la France des Lumières et des révolutions. Pour ne rien faire, on ne cesse de nous répéter que la France ne peut agir seule. En 1789, c’est pourtant seule que la Grande Nation a changé le cours de l’Europe et de l’Humanité grâce à la mise en mouvement révolutionnaire de son peuple. De même aujourd’hui, il suffirait que la France dise stop pour que l’ensemble du système européen actuel s’arrête. Ce n’est pas être nationaliste que de reconnaître que la taille critique des nations a un rôle dans le rapport de force géopolitique et la capacité d’agir des gouvernements. C’est même un enjeu révolutionnaire décisif. Il est d’ailleurs posé de manière très délicate à nos camarades grecs de Syriza : s’ils décidaient seuls en Europe de sortir du cadre absurde et mortifère de l’austérité, l’Europe actuelle pourrait continuer sans eux au prix d’une énième crise et les laisser sombrer. Cela ne serait pas possible avec la France. Il suffit que le ministre français du budget suspende les paiements de la France pour que le budget européen soit en cessation de paiement et qu’une partie des fonctionnaires européens ne soient plus payés. Il suffit que le gouverneur de la Banque de France remette en cause les règles de fonctionnement de la BCE pour que le système européen des banques centrales se grippe. Il suffit que le ministre de l’économie retire la garantie de la France du Mécanisme Européen de Stabilité pour que celui-ci s’effondre. Tout cela tient à des enjeux de taille critique. L’Europe ne peut pas fonctionner sans la France, même de manière bancale et avec des rustines. La puissance démographique, économique et culturelle de la France en Europe est donc un atout révolutionnaire. Et un point d’appui pour l’ensemble des peuples européens. Pour peu que l’on en prenne conscience, cela autorise toutes les audaces pour proposer un système européen radicalement nouveau. »

De ce texte, qui au moins avait le mérite de la cohérence – et qui s’oppose frontalement au virage europhile du Front de Gauche, on en a fait une version tout aussi délirante mais beaucoup plus « soft » et bureaucratique:

Voilà plusieurs années que nous disons que face aux désastres sociaux et écologiques l’Union Européenne n’est pas la solution mais qu’elle est devenue le problème. Le PG, le Front de gauche et les organisations qui les ont précédés rejettent depuis 2005 l’intégralité des traités européens, du TCE au TSCG en passant par le MES. L’Union européenne est maintenant totalement soumise à une logique de confiscation de la souveraineté économique et budgétaire des Etats-membres par des institutions illégitimes et non-élues, au premier rang desquels la Commission européenne et la Banque centrale européenne. Cette Europe austéritaire est la négation de l’Europe des peuples, sociale et démocratique que nous voulons. Elle est condamnée à subir un rejet croissant des peuples. Dans le même temps, faute d’affronter la finance, l’Europe austéritaire est incapable de résoudre la « crise de l’euro ». L’éclatement de la zone euro reste un scénario tout à fait plausible comme l’envisageait déjà la « résolution du Parti de Gauche sur l’euro » adoptée par le CN du 10 avril 2011 qui proposait des alternatives. Cette résolution est également plus que jamais d’actualité lorsqu’elle affirme qu’un gouvernement du Front de Gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est. Il n’y a aucune raison d’aborder cette confrontation avec frilosité. Il suffit que le ministre français du budget suspende les paiements de la France pour que le budget européen soit en cessation de paiement et qu’une partie des fonctionnaires européens ne soient plus payés. Il suffit que le gouverneur de la Banque de France remette en cause les règles de fonctionnement de la BCE pour que le système européen des banques centrales se grippe. Il suffit que le ministre de l’économie retire la garantie de la France du Mécanisme Européen de Stabilité pour que celui-ci s’effondre. L’Europe ne peut pas fonctionner sans la France. La conjonction d’une désobéissance européenne de la France avec la mobilisation des citoyens européens victimes de ses politiques créerait une dynamique irrépressible permettant de sortir nos peuples de l’Europe austéritaire.

Ce texte mérite qu’on se penche sur quelques détails. Passons sur l’auto-congratulation dans la référence à la « résolution du Parti de Gauche sur l’Euro ». Prenons plutôt l’affirmation: « un gouvernement du Front de Gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est« . Qu’est ce que cela peut bien vouloir dire ? Comment on fait pour « ne pas appliquer » l’Euro ? Cela veut dire que le gouvernement du Front de Gauche ne paiera pas ses fonctionnaires et ses créanciers en Euros ? Et en quoi les paiera-t-il alors ? En pièces d’or ? En carambars ? Mettra-t-il à l’impression une nouvelle monnaie (au hasard, le Franc) pour pouvoir régler ses créanciers ? Comment gère-t-on le chaos qui s’en suivra ?

La deuxième détail, c’est le délire final qui aboutit à la conclusion que « l’Europe ne peut pas fonctionner sans la France« . Prenons les affirmations une à une. D’abord, « il suffit que le ministre français du budget suspende les paiements de la France pour que le budget européen soit en cessation de paiements et qu’une partie des fonctionnaires européens ne soit plus payée« . C’est évidement, absurde. Si la France arrêtait ses paiements au budget européen, l’Union arrêterait les paiements à la France des aides liées à la PAC, celles des fonds structurels, et en général de toute la batterie d’aides qui transite par le budget de l’Union. Et voilà, le tour est joué. Il est vrai que la France verse au budget communautaire plus qu’elle ne reçoit, mais la différence est faible: de l’ordre de 2% du budget total. Le refus de la France de payer suivi de l’arrêt des paiements de l’UE vers la France obligerait l’UE à se serrer la ceinture de 2%. Pas assez pour conduire à la « cessation de paiements » et encore moins pour que les fonctionnaires européens ne soient plus payés.

Autre mâle affirmation: « il suffit que le gouverneur de la Banque de France remette en cause les règles de fonctionnement de la BCEpour que le système européen de banques centrales se grippe« . C’est faire beaucoup d’honneur au gouverneur de la Banque de France que de lui accorder un tel pouvoir. On voit d’ailleurs très mal comment le gouverneur de la BdF pourrait « remettre en cause des règles de fonctionnement » qui sont fixées par des traités internationaux. Son pouvoir se limite à prendre la parole au Conseil des Gouverneurs de la BCE, où il serait certainement écouté poliment….

Enfin, cette affirmation que « il suffit que le ministère de l’économie retire la garantie de la France du MES pour que celui-ci s’effondre« . Là encore, on est en plein délire. D’abord, le ministère de l’Economie ne peut  « retirer la garantie » qui a été accordée par la France au moyen d’un traité ratifié par le Parlement. Il faudrait auparavant dénoncer le traité, ce qui demanderait un acte du pouvoir législatif. Mais surtout, cela ne provoquerait nullement « l’effondrement » du mécanisme. La France garantit seulement 20% des sommes empruntées par le MES. Son retrait n’aurait pour effet que de réduire la capacité d’emprunt du MES de 20%. C’est loin d’être « l’effondrement »…

Cette vision délirante d’une France qui pourrait en claquant les doigts mettre l’Europe à genoux rappelle la toute-puissance infantile si caractéristique du gauchisme. Non, l’Europe entière ne tremble pas chaque fois que la France lève la voix. Et si la France reste une puissance et conserve un poids important, ce n’est certainement pas en se conduisant comme un enfant capricieux qu’elle pourra changer quelque chose. La « désobéissance européenne » formulée dans ces termes est une folie.

Gouverner pour la révolution citoyenne

C’est ici le seul ajout dont je n’ai trouvé la trace dans « Parti de gauche, parti du peuple ». Il contraste curieusement avec les autres, dans le sens où il semble plein de bon sens:

Le Front de Gauche a adopté un programme, l’Humain d’abord. Celui-ci doit être précisé, complété, approfondi. Le Parti de Gauche y contribuera comme il l’a fait lors de la première édition. Nous lancerons à l’issue de ce Congrès l’élaboration d’un programme politique du PG. Il ne s’agit pas de couper court à la capacité d’initiative et d’innovation du peuple, mais de montrer qu’une autre société est possible et de mettre en discussion les transitions qui y conduisent. Des conventions seront organisées et déboucheront sur un rendez-vous national et une première synthèse au deuxième semestre 2014. Une commission du programme établira notre plan de travail, dans lequel nous inscrivons dès à présent les questions de la propriété des moyens de production, de la place de la finance dans l’économie, de la planification écologique, du protectionnisme solidaire que nous voulons, de la rupture avec la Cinquième République et du dépassement de la démocratie représentative, de la reconstruction de l’Etat, de nos propositions pour un nouvel ordre international, de la refondation des médias.

On a envie d’applaudir. Enfin on promet un travail programmatique, une réflexion sur les questions de fond. Mais d’autres éléments apparaissent en filigrane. Le premier, c’est que tout en jurant fidélité éternelle au Front de Gauche on voit ici apparaître une première: un « programme politique » du PG, fait par lui et pour lui tout seul. Doit on y voir un élément supplémentaire de la recomposition « écosocialiste » ? Un autre élément qui pourrait étonner est le délai: on aurait une « première synthèse » au deuxième semestre 2014. D’ici là, comme dit le dicton, le monde peut être détruit et re-bâti plusieurs fois…

Instaurer un protectionnisme solidaire

Dans le texte initial, la question du protectionnisme n’était même pas évoquée. De toute évidence, cela a été considéré comme un manque. Et là encore, on a repris très partiellement des éléments du texte « Parti de Gauche, parti du peuple ». Le résultat est le suivant:

Le libre-échange obère notre souveraineté. Il organise en effet un nivellement général des normes sociales et environnementales. Comment choisir souverainement notre modèle de développement quand les productions sont délocalisées ? En déplaçant la production où la protection de l’environnement est la plus faible et en obligeant à transporter les marchandises sur des milliers de kilomètres, le libre échange est un moteur important de la crise écologique qui menace l’humanité. Loin de la logique patronale de la « compétitivité » qui veut exporter à tout prix, nous
pensons que le pays doit produire à nouveau ici ce dont nous avons tous besoin : du textile à l’électronique, en passant par l’électroménager, sans oublier la chimie, la métallurgie et la transformation des matériaux (plasturgie, ameublement, etc.). Cette reconstitution d’une capacité de production nationale est impossible sans de fortes mesures de protection commerciale. Le protectionnisme solidaire est donc un puissant levier pour réorienter la production et la
consommation vers les besoins humains, tout en favorisant la solidarité internationale des travailleurs. Il permettra de faire décroître certaines consommations et d’en faire croître d’autres. Le protectionnisme est ainsi le compagnon logique de la planification écologique.

Voici donc la question du protectionnisme mise sur la table. Mais pas n’importe quel protectionnisme… Il s’agit d’un « protectionnisme solidaire », dont on ne sait pas très bien en quoi il consiste sauf qu’il ne doit pas être le même que le protectionnisme des « nationalistes » dont le PG dénonce à chaque pas les vices. Pourtant, ce « protectionnisme solidaire » est bien un protectionnisme national et non « européen », puisque le but avoué est « la reconstitution d’une capacité de protection nationale ». Ce qu’on comprend mal, c’est comment ce protectionnisme national pourrait se concilier avec la volonté proclamée par le PG de rester dans l’UE et dans l’Euro. Sans la libre circulation des marchandises, que reste-t-il de l’UE ?

Conclusion: l’imagination au boudoir

La lecture des textes de congrès du PG a pour ceux qui sont curieux en politique un intérêt certain. On entend en effet beaucoup Mélenchon sur les médias, on peut lire de temps en temps les articles de quelques hiérarques (Billard, Coquerel…) mais qui restent souvent dans la langue de bois mélenchonienne. Mais on connait finalement très peu le fonctionnement interne du PG et les lignes de fracture idéologique internes à l’organisation. Comme l’organisation produit relativement peu et diffuse encore moins les textes de réflexion, il est difficile de s’en faire une idée. Pour une fois, cet exercice de congrès permet une auscultation, certes limitée – dans mon cas, par la méconnaissance des signataires de chacun des textes alternatifs et de leur poids respectif – mais toujours intéressante.

Je ne vais pas faire ici une analyse détaillée des textes alternatifs, qui pourtant serait passionnante. Mais mon temps est limité… et j’ai donc choisi de me concentrer sur le texte du BN en entrée et sur le texte de sortie du CN. Je signale cependant qu’on peut beaucoup s’amuser en lisant les autres textes, révélateurs des différents courants du gauchisme du XXIème siècle (1). L’impression que cela donne dans l’ensemble est étrange. D’un côté, ces textes expriment un véritable exaspération, un ressentiment à peine caché: la liste nominative des « oligarques » dont j’ai parlé plus haut en est un bon exemple. D’un autre côté, cela donne l’impression d’un grand « brainstorming » dans le style « pourquoi pas », mais sans une véritable travail d’analyse – et dans certains cas une méconnaissance criante – du réel. Cela donne une réflexion déconnectée dans laquelle la crise économique, les résultats électoraux,  la situation politique en général et celle du Front de Gauche et du PG en particulier, l’état de la France et celle de l’Europe sont revues et corrigées à travers du prisme du désir. Et à partir de là, la pensée tourne en rond dans un monde imaginaire et produit des conclusions qui vont du comique à l’aberrant.

La question qui se pose alors est celle de la réalité au moins intellectuelle de tout ça. Il y a toujours eu des excités pour croire n’importe quoi. Mais le texte issu du CN est censé être le texte d’orientation approuvé par une instance representative. Les representés y croient-ils ? Y a-t-il vraiment 12.000 militants pour croire que si la France réfusait de payer sa contribution au budget européen l’Union s’effondrerait ? Que Pujadas et Joffrin sont parmi les « ultra-riches » et les « oligarques » ? Que la campagne d’Henin-Beaumont a été un grand succès ? Qu’on a « beaucoup à apprendre » de la « démocratie protagonique » latino-américaine ? Que le vote négatif des élus EELV sur le TSCG ouvre une « fenêtre d’opportunité » pour une « alliance » ? Et d’une manière plus générale, ces militants croient-ils vraiment à ce discours écolo-bobo qui fait une totale impasse sur la compréhension du monde tel qu’il est et sur la réflexion in concreto des solutions possibles dans le contexte d’aujourd’hui ?

Pourquoi me vient-il en ce moment en tête la belle phrase de Richelieu dans son « testament politique »: « le but de la politique est de rendre possible ce qui est nécessaire » ?

Descartes

(1) Allons, amusons nous un peu avec le texte « La vie bonne », qui vraiment atteint le summum du comique. Voici un petit extrait qui, je n’en doute pas, réjouira mes lecteurs avant le réveillon:

Ainsi le temps est venu de remplacer nos anciennes croyances. Nous parlons ici de celles qui se sont progressivement se substituées, depuis moins de 200 ans, aux religions traditionnelles. Elles sont la concrétisation de la pensée des Lumières, qui comme toute chose en ce monde a fait son temps (…)

Sans commentaire… et cela continue:

Discutons publiquement par ailleurs de ce qu’est la liberté et comment elle se connecte avec l’individualisme, deux concepts qui se répondent et se complètent, deux concepts intimement liés à la croyance faisant du modèle libéral le modèle naturel. Nous viendrons à dire qu’elle aussi, elle n’est pas illimitée, qu’elle a peut-être déjà dépassé ses limites dans une société complexe comme la nôtre. Ainsi de l’individualisme que nous devons contrer en valorisant le
collectif. Ainsi du mérite, pseudo-valeur largement acceptée sur tout le spectre politique et puissant soutien de l’individualisme. Il nous faut désintégrer ce « j’ai travaillé dur pour y arriver », (avoir du mérite), qui nie le déterminisme lié à la société et justifie toutes les inégalités en magnifiant la responsabilité individuelle.

Intéressant, n’est ce pas ? Cette idée que la liberté « a dépassé ses limites dans une société complexe comme la nôtre » et que le déterminisme social annule le mérite individuel… cela ne vous rappelle rien ? On sent le holisme qui revient… Et cela continue en pire:

Ces croyances subverties, nous les remplacerons par une philosophie inspirée de celle que pratiquent les communautés indigènes d’Amérique du sud : le « buen vivir ». Défaisons-nous de notre imaginaire mortifère et faisons place au « bien vivre » ou à la « vie bonne ».

La détestation de la modernité, de la technique, des Lumières… et en contrepartie, la nostalgie d’un retour à une sagesse primitive. Et c’est cela qu’on nous propose comme « révolution » ? Eh beh…  continuons la promenade:
La « vie bonne » c’est donc s’organiser pour tendre vers un certain degré d’insouciance, car notre passage sur terre n’a pas vocation à être difficile. Décomplexifions et le monde sera plus léger.
Abandonnons donc la relance de l’activité et passons à la vitesse inférieure. Profitons de cette crise qui n’ira qu’en s’approfondissant, puisque c’est une crise de limites dont chacune prend le relais de l’autre (finance, pollution, déplétion du pétrole, climat, inégalités, effondrement de la biodiversité, érosion des sols, eau, épuisement de multiples ressources dont les métaux, etc..), pour susciter une nouvelle façon de vivre qui ne soit ni un renoncement ni une
déchéance mais un style de vie désirable et réorganisons notre société en bon ordre. La décroissance matérielle par exemple, s’imposera de toute façon dans moins de temps que nous le pensons, et pour de nombreuses personnes c’est déjà le cas.

Imaginez comment ce discours pourrait être reçu par les couches populaires de la société, celles pour lesquelles la « décroissance matérielle » est dejà une réalité. Ces gens-là se rendent compte de ce que signifie pour ces gens-là d’abandonner « la relance de l’activité » ? Comment pensent-ils que les plus modestes recevront cette leçon d’austérité venant de gens à qui rien ne manque, même le superflu ?

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