Congrès du PCF : réintroduire la lutte des classes, par Marc Harpon

Comme je l’ai écrit ailleurs, j’ai soutenu le texte d’opposition n°1 « Unir les communistes, pour un PCF de combat, marxiste, populaire et rassembleur », qui a remporté 11% des voix des militants du Parti Communiste. L’une des notions fondamentales du marxisme, revendiqué par ce texte, est celle de lutte des classes et, donc, il me semble naturel que, dans la bataille des amendements à la base commune choisie massivement par nos camarades, nous autres marxistes cherchions à la réintroduire. Cela semble d’autant plus faisable que, comme jadis le PS, le PCF, largement converti à la social-démocratie, conserve un « surmoi marxiste ».

Trois modifications extrêmement limitées pourraient suffire, selon moi, à redonner sinon sa place légitime, du moins une place acceptable, à la lutte des classes dans la base commune. Dans la troisième partie, « Un nouvel élan pour le Parti Communiste Français », le quatrième sous-titre, « Un parti populaire, pleinement déployé dans la société », on pourrait ajouter « plutôt qu’en classes », après « les partis dominants ont découpé la population en couches, catégories et communautés » ? Un peu plus bas, on proposera « Nous voulons parler à tous les travailleurs et travailleuses » au lieu de « Nous voulons parler à tous et à toutes ». Enfin, on pourrait déplacer le seul paragraphe qui, dans ce passage sur la relation du parti à la société, évoque la lutte des classes. En effet, il fait suite à une quinzaine de lignes sur les « quartiers populaires » et à un paragraphe sur « la jeunesse ». Le faire apparaître en première position, c’est faire passer la lutte sociale entre les classes avant le conflit sociétal entre les générations et l’opposition géographique entre espaces dominants et dominés. On peut donc proposer de placer le passage allant de « Nous devons nous adresser plus et mieux à ceux qui produisent au quotidien les richesses » à « Nous voulons en faire un sujet politique majeur » juste après les mots « par la peur de perdre ce qu’ils ont durement gagné ». Ainsi, le quatrième sous-titre serait réécrit comme suit (les modifications sont indiquées en rouge) :

4- Un parti populaire, pleinement déployé dans la société

Pour s’adresser au peuple de notre pays, les partis dominants ont découpé la population en couches, catégories et communautés, plutôt qu’en classes. En s’adressant à elles, il s’agit pour eux de les faire exister dans les représentations mentales, de les opposer entre elles plus ou moins artificiellement, puis d’opérer des choix et des alliances. Ce n’est pas notre conception des choses.

Nous voulons parler à tous les travailleurs et travailleuses, en faisant émerger l’intérêt général, le bien commun, et la promotion des valeurs essentielles pour la dignité humaine. Mais pour cela, nous sommes conscients qu’il faut pouvoir s’adresser à chacune et chacun dans sa vie, sans réduire personne au statut social dans lequel la société le maintient enfermé.

Le rejet de la politique s’exprime massivement parmi celles et ceux qui subissent le plus les effets du système capitaliste et de sa crise. Et les pièges politiques se referment sur les hommes et les femmes qui sont hantés par la peur de perdre ce qu’ils ont durement gagné.

Nous devons nous adresser plus et mieux à celles et ceux qui produisent au quotidien les richesses. S’organiser pour l’action politique dans les entreprises, les grands groupes, les branches, les services publics, là où l’affrontement avec les forces du capital est le plus direct, est indispensable. Le travail, qui tend à occuper une place de plus en plus grande et de plus en plus pesante dans les vies, pour celles et ceux qui n’en sont pas privés, semble pourtant de plus en plus déconnecté du reste des existences et des enjeux politiques. C’est l’une des prouesses de la pensée dominante. Nous voulons en faire un sujet politique majeur. [paragraphe déplacé]

Nous devons donc reconquérir la mobilisation des habitantes et des habitants des quartiers populaires, où les conditions de vie sont particulièrement dures, pour changer avec eux leur quotidien. Pour beaucoup, ils se sentent discriminés, abandonnés, relégués en dehors. Souvent, les lieux d’échanges, de rencontre, d’action sont justement ce qui fait défaut au vivre ensemble. C’est avec elles et avec eux que nous devons construire la politique dont ils ont besoin, en commençant notre chemin au plus près des besoins immédiats. C’est d’elles, c’est d’eux, que viendra le changement. C’est par elles, c’est par eux, que nous serons nous-mêmes révolutionnés.

Nous devons également fournir un effort singulier en direction des jeunes générations, fortement marquées par les prémices d’un nouveau monde à naître, mais que l’on a essayé d’élever plus que jamais dans l’esprit de compétition et le culte du mérite. Elles peuvent bousculer l’ordre établi si leurs aspirations à vivre ne sont pas étouffées. Le Parti communiste est pour elles et pour eux, un formidable espace de vie et d’émancipation. Avec le MJCF et l’UEC, nous voulons mieux encore nous adresser à la jeunesse pour lui permettre de construire l’avenir.

Nous voulons produire un effort en direction de tous ceux et toutes celles dont les peurs et les souffrances sont instrumentalisées contre leurs propres intérêts. Partout, nous voulons approfondir notre lien avec les femmes et les hommes, et faire de notre parti un parti qui rassemble largement les hommes et les femmes épris de justice, de paix et de liberté.

Merci de mentionner la source de cet article si vous le diffusez : Changement de Société.

3 commentaires

  1. et oui, Marc ……….. les mots  » lutte de classe  » étaient devenus des gros mots pour les permanents de la Cgt et du Pcf, au moins pour bon nombre, consignes donc
    MAIS , sans doute , pour faire bonne figure mais sans expliquer le contenu de  » lutte de classe  » ce concept revient dans qq écrits Cgt e ce matin sur l’ Huma, qui n’ est plus …………….
    attendons la suite est-ce un simple geste comme en judo d’ accompagner la volonté de l’ adversaire [ de classe ] et utiliser sa force [ de classe ] pour le mettre au tapis ………… ?
    amicalement,
    Yves Le Gloahec Genix sur Guiers

  2. Et vite un Parti Communiste carrément Internationaliste et anti-Impérialiste.! Ce n’est pas le cas lorsqu’on embrasse la propagande de l’Empire capitaliste, sans un examen objectif des faits, je pense à la Syrie notamment !

  3. J’aurais cru le texte 3 mais l’objectif est le même: mes camarades du Pas de calais, (nombreux à avoir porté le texte 1) ont d’excellentes interventions y compris à l’Huma (on ne barre pas la route facilement à Hervé Poly comme on le fait à d’autres) et dans l’ensemble de bons rapports avec les militants de « Faire vivre et renforcer le PCF »


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