Cuba : le cyclone Flora, dans la mémoire des habitants de Las Tunas, par Yenima

Fidel s’adressant à des paysans de l’Est de Cuba après le passage du cyclone Flora, en 1963.

source : Soy de Las Tunas, 6 octobre 2012

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Yemina est une blogueuse de Las Tunas, dans l’Est de Cuba. L’article ci-dessous parle d’un terrible ouragan, qui a frappé la Province d’Oriente en 1963. Il permet de mesurer le chemin parcouru par la petite île révolutionnaire, qui sait désormais gérer de façon extrêmement efficace les crises du type du récent ouragan Sandy.

En octobre 1963, Cuba laissait derrière elle les vieilles manières capitalistes et se maintenait victorieusement sur le chemin du socialisme, pris peu de temps avant, le premier jour de l’année 1959. Peu à peu, la vie du peuple changeait, en particulier celle des plus défavorisés, victimes de nombreuses années d’exploitation.

Dans l’anciennce province d’Oriente (1) aussi, c’était ainsi. Mais, la misère et la mort sont arrivées sous la forme d’une pluie ininterrompue qui, jusqu’à aujourd’hui, 49 ans après, laisse de profondes séquelles à quelques personnes, qui ont perdu leurs biens ou des parents et des amis.

Il s’agit du passage du cyclone Flora, qui a touché le territoire du 4 au 8, et qui, aujourd’hui encore, effraie les jeunes qui, heureusement, n’ont pas vécu ces événements ; néanmoins, nous avons pu apprécier l’ampleur du phénomène grâce au documentaire Ciclon, du célèbre cinéaste Santiago Alavarez.

Parmi les habitants d’Oriente qui occupaient la province actuelle de Las Tunas, les souvenirs refont surface ces jours-ci.

Elio Jimenez Olazabal : « Dans le village de Dormitorio, j’ai vu la force des eaux, qui ont arraché les rails de la ligne de chemin de fer et les ont poussés sur un kilomètre. C’est l’eau, et non pas le vent, qui  a fait des dégâts ici. Il y en a tant eu qu’elle passait au-dessus des maisons. A Guamo, toutes les familles ont été touchées par les crues.  On a vu des personnes perchées dans les arbres, empalées aux bâtons des clôtures, où que vous regardiez il y avait des gens morts. Dans la zone de Manati, où j’étais pendant le cyclone, beaucoup d’animaux ont été noyés. Ma grand-mère avait beaucoup de dindons et il ne lui en resta pas un seul. L’eau a tué les dindons, les poules, les canards… »

Armando Villanueva Almeida : « Je vivais à La Havane à cette époque, et, par les nouvelles, nous avons su que le cyclone était entré sur le territoire par la côte Sud d’Oriente et qu’avec les collines il avait cerné les familles qui vivaient là-bas et que l’eau commençait à monter. Comme je travaillais dans les autobus, j’ai connu par la suite les zones de Niquero et Pilon et beaucoup de gens m’ont parlé de hangars de huit ou neuf mètres de haut qui avaient toujours, en 1972, de l’herbe et de la terre sur leur toit, prouvant le niveau atteint par les eaux. Ce fut une grande tragédie des débuts de la Révolution, quand nous n’étions pas aussi bien préparés qu’aujourd’hui. Ce fut déplorable. Le peuple de Cuba en a souffert et s’est montré solidaire face à cette tragédie. »

Pedro Diaz Suarez : « J’étais petit enfant et je vivais à la ville. Je crois que les événements y ont été moins ressentis. Ma maison avait des tuiles et je me souviens de ces quelques jours avec le bruit de la pluie sur le toit, et cela ne nous dérangeait pas mes frères et moi. Je me souviens que maman nous disait toujours que d’autres étaient plus à plaindre que nous, que nous devions rester sages. Ce furent quelques jours sans soleil et sans aucune sortie dans la rue. Et c’est vrai -voyez combien de gens sont morts parce qu’il y avait tant d’eau- que le cyclone a fait que la mer et les fleuves se sont rejoints. »

49 ans après le passage du cyclone Flora, le jeune météorologue Alexey Moreno Borges rappelle que “le phénomène atmosphérique se caractérisait par des vents allant jusqu’à 220 kilomètres à l’heure à la presqu’île du Requin, en Haïti. En revanche, le territoire national a été touché par de fortes pluies et par le chamboulement qui s’en est suivi et qui laisse même une trace sur les cartes, qui se souviennent de ces événements. Les pluies furent si torrentielles qu’elle parvinrent à créer des collines très significatives dans une large partie de la région orientale de notre pays.”

Les effets du phénomène atmosphérique ont été nombreux. Des maisons, des écoles, et d’autres installations ont été perdues, les routes ont été détruites, les industries et les transports ont subi des dommages, l’agriculture et l’élevage ont reçu un coup brutal…

Mais le plus significatif et le plus triste fut la mort de presque deux-mille personnes, emportées par les eaux et leurs forts courants. La douleur des survivants et des familles a été partagée par le peuple et, en particulier, par notre gouvernement, qui, sous l’impulsion de Fidel Castro Ruz, a conduit rapidement les opérations de sauvetage des êtres humains et les travaux d’hygiène et de réparation.

En dépit de ses difficiles conséquences, le cyclone fait déjà partie de l’histoire ancienne ; mais, par-dessus tout, il nous a donné une leçon. Une fois de plus le lider de la révolution cubaine  a démontré que le malheur de quelques uns était le malheur de tous et des mesures immuables ont été prises pour sauver des vies.

Depuis lors, des canaux ont été construits dans les zones les plus basses pour éviter les inondations et garantir l’accès des villes à l’eau, de nouveaux villages sont apparus et, plus généralement, la partie orientale de Cuba s’est relevée des débris laissés par le cyclone Flora.

(1) L’acutelle province de Las Tunas faisait autrefois partie d’Oriente.

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