Le bon État doit être en déficit ! par Jean-Marie Harribey

Jean-Marie Harribey a été Professeur agrégé de sciences économiques et sociales et est Maître de conférences d’économie à l’Université Bordeaux IV.

source : le blog de Jean-Marie Harribey

Maintenant, ça suffit ! On a assez entendu d’âneries selon lesquelles il fallait que le budget des administrations publiques soit équilibré. Donc, voici la démonstration du contraire.

La règle du circuit économique[1] est que, en fin de cycle, l’épargne des ménages S soit égale à la somme :

du flux de crédit accordé par le système bancaire aux entreprises privées : F

du flux de crédit éventuel accordé à l’étranger équivalent à l’excédent commercial (exportations – importations) : X – H

du flux de crédit éventuel accordé aux administrations publiques équivalent à leur déficit, lui-même égal aux impôts et taxes moins les dépenses publiques : D = T – G

S = F + (X – H) + (T – G)

D’où : (F – S) + (X – H) + (T – G) = 0

Les trois parenthèses ci-dessus représentent respectivement les crédits à l’économie privée, les crédits à l’étranger et les crédits aux administrations publiques. La somme de ces trois crédits, qui constituent les trois types de contreparties de la création monétaire, est obligatoirement nulle. Cette nécessité est comptable et est donc toujours vérifiée.

 

Imaginons que le budget des administrations publiques soit équilibré (T = G). Alors, le crédit à l’économie privée est obligatoirement égal en valeur absolue et de signe contraire au crédit à l’étranger, c’est-à-dire égal au déficit commercial.

(F – S) = –  (X – H)

Cela signifie que, dans cette situation d’équilibre budgétaire public, on demande à l’étranger de financer l’économie nationale !

Il n’y a donc qu’une seule possibilité logique pour qu’il en soit autrement, c’est que le budget public soit déficitaire. Alors :

T – G < 0 et (F – S) + (X – H) > 0

Ces deux inégalités signifient que, pour qu’il y ait une somme du crédit à l’économie et du solde commercial qui soit positive, il faut que les administrations publiques soient en déficit.

 

Le bon État est donc celui qui est en déficit. On le comprend habituellement lorsque la récession est installée. Mais, plus profondément encore, cela signifie que, in fine, la régulation de l’ensemble de l’économie (le bouclage macroéconomique, disent les spécialistes) ne peut être assuré que par l’État par le biais de la variation de son budget qui nécessite une avance monétaire[2]. C’est ce qui fonde le choix politique de contrôler démocratiquement la banque centrale pour qu’elle soit « prêteur en dernier ressort » pour toute l’économie, État inclus. Car, in fine de in fine, c’est la création de monnaie centrale qui permet cette régulation, qu’il faut diriger vers la collectivité et non vers la spéculation privée.

CQFD !!!

 

Post-scriptum : compte tenu, du caractère abrupt et elliptique de ce qui précède, je pourrais être amené à modifier certaines formulations. Si, entre temps, des commentaires avaient été apportés, toute modification risquerait d’entraîner leur suppression. Je m’efforcerais de les sauvegarder. Si je n’y arrivais pas, je prierais leurs auteurs de m’en excuser.

[1] On pourrait compléter en disant que le revenu national Y peut s’écrire de deux façons, l’une sous l’angle de la production, l’autre sous l’angle de la répartition des revenus :

1) Le revenu national est égal à la somme de :

la consommation des ménages : C

l’investissement net privé : Ie

l’investissement net public : Ia

le solde commercial : X – H

Y = C + Ie + Ia + X – H

2) Le revenu national est aussi égal à la somme des :

salaires versés par les entreprises : We

salaires versés par les administrations publiques : Wa

profits distribués par les entreprises : P

profits non versés par les entreprises (accumulation nette ou capacité d’autofinancement, c’est-à-dire, la différence entre leur investissement et leur emprunt bancaire) : I – F

Y = We + Wa + P + I – F

 

[2] Cette nécessité de l’avance monétaire macroéconomique est totalement antagonique avec la thèse de l’épargne préalable. L’équilibre comptable avec l’épargne se fait en fin de cycle et non début. Voir ma contribution au séminaire des Économistes atterrés du 24 mars 2012, « Contre le retour de l’épargne préalable, une conception sociale de la monnaie ».

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