CATHOS DE GAUCHE : LA MESSE EST DITE ? Par Olivier Pascal-Moussellard

Changement de Société remercie Maurice Lecomte, qui a choisi cet article.

Télérama 3271 du 19/09/2012

Les catholiques de gauche : un monde de militants et d’intellectuels qui, de la Libération aux années 1980, «ont estimé légitime de s’engager à gauche au nom de leur foi chrétienne», résume l’historien Denis Pelletier. Pendant trente ans, ces militants sont montés au feu sur les fronts religieux, politique et même culturel, convaincus que le combat pour le changement devait être mené simultanément dans leur Eglise et dans la société. Trente ans et puis s’en vont… Les cathos de droite les accusent d’avoir vidé les églises. D’avoir été naïfs et bien-pensants. Au moment où l’on s’apprête à fêter les 50 ans de Vatican II, l’occasion est belle de rembobiner le film. De regarder d’un oeil moins sévère cette aventure que Denis Pelletier et le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel racontent dans une œuvre collective passionnante, A la gauche du Christ. Surprise: il fut une époque où l’air circulait encore dans les poumons de l’Eglise, et quand on lui prenait le pouls, le coeur battait! Il arrivait même que le sang lui monte à la tête, pour la régénérer. Epoque naïve, excessive, romantique, peut-être. Mais d’une singulière vitalité intellectuelle et militante, porteuse d’espoirs, et soucieuse de fraternité.

Tout sauf recroquevillée…

11 octobre 1962. A Rome débute le concile de Vatican II, consacrant l’ouverture de l’Eglise au monde moderne.

La mouvance des catholiques de gauche est alors au faîte de sa popularité. Vingt ans après commencera la traversée du désert…

Les cathos de gauche avaient un objec­tif clair, du moins au départ : simples laïcs, clercs ou théologiens, ils souhai­taient rapprocher l’Eglise et le monde. L’«Eglise», c’est-à-dire l’institution diri­gée par le Vatican, bien sûr, mais aussi l’ensemble des fidèles ! Sacré défi, en vérité. Car Rome a la digestion lente, et quand débute cette histoire, à la Libéra­tion, la République – laïque… – n’est tou­jours pas «passée». L’Eglise de France, de son côté, sort de la guerre abîmée : prêtres ou simples fidèles, beaucoup de catholiques se sont battus dans la Résistance; cela n’a pas empêché la hié­rarchie d’être à l’aise sous sa mitre, aux côtés de Pétain… «Ce que la Résistance apporte au catholicisme politique, ana­lyse Jean-Louis Schlegel, c’est d’abord sa réintégration définitive dans la Répu­blique et dans le jeu des partis. » Le socio­logue entend encore le curé de la pa­roisse où il a grandi appeler ses ouailles à voter pour le MRP – le Mouvement ré­publicain populaire, d’inspiration dé­mocrate-chrétienne, fondé en 1944 … Très vite, pourtant, le curseur bascule à gauche. Dans une France en phase d’industrialisation accélérée, c’est l’ouvrier, et non plus le paysan, qu’il s’agit d’évan­géliser. L’Eglise, qui a senti le change­ment, avait d’ailleurs créé la Mission de France en 1941 à cet effet. Mais pour bien des militants de l’Action catholique ouvrière (ACO) et de la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) envoyés après guerre en «mission» chez les cols bleus, l’ouvrier n’est plus une brebis égarée qu’il faut ramener au troupeau, c’est «le pauvre et l’opprimé» de l’Évan­gile! Il ne faut pas (seulement) lui porter la « bonne nouvelle», mais se tenir à ses côtés. Partager sa condition, ses revendi­cations. Et pourquoi pas… son marxisme.

Une affiche de 1943 de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne)

«C’est vrai, raconte Schlegel, beaucoup de chrétiens ont lu Marx comme un sociologue capable de fournir au catholicisme social l’outil d’analyse qui lui faisait défaut pour comprendre la société industrielle et en faire la critique.» Premier clash : soute­nue par le Vatican en 1949, l’expérience des prêtres-ouvriers est brutalement interrompue en 1954. Les convertis ne sont pas les ouvriers, mais les prêtres!, se justifie Rome. Leur col bleu a déteint sur le col romain, ils se sont inscrits (nombreux) à la CGT, et parfois même encartés (rarement et seulement après 1954) au Parti communiste. En 1952, Gilbert Cesbron ra­conte dans un best-seller que Les saints vont en enfer? Le Vati­can est bien d’accord, lui qui avait pris soin, dès 1937, de qua­lifier le communisme d’athéisme « intrinsèquement pervers »…

Soixante ans plus tard, l’expérience continue de segmen­ter. Pour Maurice Gruau, prêtre depuis 1955, l’institution n’a rien compris : « Les prêtres-ouvriers étaient arrivés à une forme de compréhension de l’homme et de Dieu réaliste, loin du conformisme clérical et bourgeois qui enfermait l’enseignement de Jésus de Nazareth dans un emballage pieusement abstrait. » Un avis que ne partage pas le jeune évêque Eric de Moulins: « Penser que le monde ouvrier représente une sorte d’avant‑garde aussi bien pour le marxisme que pour le catholicisme, et qu’en partageant l’Évangile avec lui, on va inventer une nouvelle manière de vivre entre les hommes, c’est une belle idée…, confie le bras droit de l’archevêque de Paris, mais une idée ambiguë. On confond les bénéfices de l’amélioration matérielle des conditions de vie avec l’apport des sacrements. » Le spirituel est compatible avec la politique, disent les uns. Il s’y noit répondent les autres. Toute l’histoire des chrétiens gauche sera « habitée» par cette tension.

Au milieu des années 1950, la mouvance chrétienne de gauche « entre militantisme de terrain, engagement politique et travail intellectuel », est bien installée. Un quatuor de théologiens – parmi lesquels les dominicains Marie-Dominique Chenu et Yves Congar – puise alors, dans le retour aux sources de la foi, de nouvelles façons de resserrer les liens de l’Eglise avec ses contemporains et de moderniser le monde chrétien. Trop vite! Trop loin, décrète Rome : ces théologiens « non alignés sont sermonnés. Sanctionnés. Mais leurs lecteurs ont compris que certaines «vérités» du Vatican ont évolué avec le temps. Ils vont jouer l’Évangile contre l’institution : « Pour ces fidèles, résume Schlegel, Rome et la curie cachent le message essentiel : être auprès des pauvres. Ils se plongent dans le Nouveau Testament, et ils demandent : « Où sont la pompe et l’apparat dans la vie de Jésus ? Où sont les lourdeurs romaines et la doctrine inflexible ? » » Ils vont aussi prêcher une conscience politique, un engagement direct dans le monde (Sartre n’est pas loin). Avant de passer à l’action. En signant le manifeste «Des chrétiens contre la bombe atomique», par exemple, en 1950. Et surtout en dénonçant l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie.

Des intellectuels de premier plan montent au créneau : François Mauriac, bien sûr, mais aussi des universitaires comme André Mandouze et Henri-Irénée Marrou ; Esprit réagit, Témoignage chrétien publie les carnets posthumes d’un jeune soldat mort en Algérie, accablants pour l’armée française, et c’est toute une galaxie médiatique –La Vie catholique, Bayard Presse, les Editions ouvrières… – qui porte la voix des cathos de gauche. Les étudiants de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) se mobilisent, et de jeunes militants se signa­lent par leurs écrits, comme Michel Rocard, ancien éclaireur unioniste (protestant), ou encore Jacques Delors. Certains se feront même « porteurs de valise» pour le FLN, comme le prêtre Robert Davezies. Du rose pâle au rouge vif et de la CFDT aux anarchistes, toutes les couleurs de la gauche sont repré­sentées. Et l’hiatus se creuse, une nouvelle fois, avec l’institu­tion. Car les évêques de France condamnent collectivement cet engagement «politique», donc contraire à la primauté du spirituel. Tout en le soutenant parfois, en aparté…

En 1965, un groupe d’évêques sort d’une des dernières sessions de Vatican II, à Saint-Pierre de Rome.

8 décembre 1965: « Les joies et les espoirs, la tristesse et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres et surtout de ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ…» Ainsi débute Gaudium et spes, le premier document publié au terme du concile Vati­can II, consacré à… « L’Eglise dans le monde de ce temps ». Un texte fondateur, pour des cathos de gauche enthousiastes. Les choses avaient si mal démarré, pourtant. Quand ils débar­quent à Rome au mois d’octobre 1962, les quelque 2.500 évê­ques réunis par le pape découvrent, au menu, une litanie de platitudes et de condamnations paresseusement entassées par la curie (l’administration sur laquelle s’appuie le pape pour gérer l’institution). Rébellion. Renversement : dès la première session, les évêques refusent de jouer les caisses enregistreuses. Jean XXIII a souhaité qu’on « ouvre les fenêtres » ? Ils vont casser le carreau. La messe sera dite en français, et face aux fidèles ; on abandonne de nombreux rites jugés obsolètes ; «dialogue» devient un mot fétiche, «ouverture au monde» un mantra ; désormais, «il y a deux espérances, résume le révérend père Chenu en 1965 : la temporelle et la chrétienne. Non seulement elles ne s’opposent pas, mais elles embrayent l’une sur l’autre». Tout cela ne pouvait que plaire aux cathos de gauche. Mais une ambiguïté dévastatrice n’a pas été levée : Vatican II met-il simplement un terme à une longue période de glaciation au sein de l’Eglise – et on s’arrête là – ou marque‑t-il le début d’une nouvelle ère? Est-ce une mise à jour ou le préambule d’un grand projet de réformes? Pour les chrétiens de gauche, aucun doute : les pères conciliaires ont permis une avancée démocratique, «il faut continuer le combat» : «Tout d’un coup, on a compris que l’Eglise, ça n’était pas seulement « eux » -Rome et la Curie- mais nous aussi, se souvient Denyse, une militante. Nous étions toutes et tous des baptisés, nous devions donc tous avoir voix au chapitre. »

Mais pour d’autres – cathos de droite ou simples fidèles attachés à la tradition ‑ c’est bien assez. C’est même trop : ils condamnent l’« excès conciliaire », la vitesse avec laquelle les réformes ont été appliquées – sans cahier des charges clair sur la manière de procéder. Ils n’ont pas changé d’avis, d’ailleurs : «La suppression des rites, des cérémonies des processions, était une erreur, considère la philosophe catholique Chantal Delsol. Comme si tous les fidèles étaient de purs intellos germanopratins! Faire une procession, ce n’est pourtant pas honteux, et les formes sont importantes : bien souvent elles disent tout. D’ailleurs, on y revient … »

Dans les quartiers ouvriers, les discussions allaient bon train à la sortie de la messe.

Ici en 1965 à Notre-Dame de Nazareth, à Vitry-sur-Seine.

Jean-Paul Il et Benoît XVI ont recadré tout le monde : c’est la continuité de Vatican II par rapport à la tradition qui doit être affirmée, répétée, soulignée. Théologiquement peut-être… mais l’histoire dit autre chose. 1968 est passé par là, et le besoin de «tuer le père» aussi, y compris dans l’Eglise : «Solidaires de la population de nos quartiers et acceptant d’être remis en cause par elle, nous estimons, nous, prêtres, qu’à cette heure où un souffle nouveau passe sur notre pays, nous ne pouvons pas nous taire, écrivait par exemple un collectif de prêtres de Laval au début des « événements » de mai. C’est toute une conception paternaliste et autoritaire de la politique, de l’économie, de l’université, qui est remise en cause. Nous savons que l’Eglise n’échappe pas à cette critique. Nous contestons au­jourd’hui, dans tous les domaines, la fa­çon dont on pense et décide pour nous.» Drôle de continuité… En réalité, l’Eglise tâtonne, et se rapproche, dans les faits, des cathos de gauche. Ça bouge en in­terne : une génération de jeunes aumô­niers est envoyée dans les collèges et ly­cées de France pour «se mettre à l’écoute», et «créer des réseaux d’amitié». Pas seule­ment, on l’aura compris, pour porter la bonne parole et les sacrements. Les se­venties mettent le pied (et la guitare) dans la nef, et c’est le message d’humani­té du Christ, plutôt que les commande­ments du «Père tout-puissant», qui est mis en avant. Le rôle des laïcs, et parmi eux des femmes, s’élargit. A l’extérieur aussi, ça bouge. Témoignage chrétien affiche en couverture Le Baiser de Rodin avec la légende: «Les chrétiens n’ont plus peur de leur sexualité» (tancé, le magazine fera amende honorable…). Une chose est sûre : il y a mille façons d’être catho de gauche, pendant les années 1970, mais le «tout politique» prend souvent le pas sur le spirituel. Et l’image de Georges Marchais applaudi par 35.000 militants de la JEC chantant l’Internationale sous les yeux de 44 évêques placides, en 1974, dit quelque chose de l’époque.

Mais il ne la résume pas. Car il y a plus grave, pour l’Eglise, que les critiques portées en son sein par la contestation radi­cale : c’est le détachement progressif, sans heurts mais inéluc­table, d’une partie des fidèles. «Ils descendent du train sans aucune intention d’y remonter», écrit la revue jésuite Christus. Indifférents, tout simplement, au message de l’Eglise. Peut-être parce que, à trop vouloir humaniser le Christ, ils ont fini par perdre de vue le Dieu qui est en lui (thèse «de droite»). Ou parce qu’ils ne comprennent plus rien au discours de l’insti­tution, à sa propension à répondre «Non!» à toute proposi­tion de changement (thèse «de gauche»). Ces cathos «pas vraiment libertaires», comme le rappelle Jean-Louis Schlegel, sont ainsi effarés par le rappel à l’ordre d’Humanae Vitae (1968), une condamnation de la contraception qu’ils ne rejet­tent pas seulement sur le fond, mais aussi sur la forme : Paul VI est allé contre les conclusions de la commission qu’il avait lui-même nommée! La «vérité» tourne en rond, entre les appar­tements du pape et les bureaux de la curie. Et les fenêtres, pour le coup, sont bien restées fermées.

24 mai 1968. L’époque est aux meetings… y compris à l’Institut catholique de Paris.

Les cathos de gauche décident alors d’ouvrir la porte – et de sortir. Si 20 % des Français se disent encore pratiquants ré­guliers au début des années 1970, le chiffre ne dépasse pas 5 % aujourd’hui, et ces 5% ne votent pas pour Jean-Luc Mélen­chon. Dans l’institution aussi, les départs sont nombreux : 225 prêtres quittent le sacerdoce en 1972, chiffre «officiel», sans doute inférieur à la réalité. Les vocations chutent : on est pas­sé d’un millier d’ordinations par an après guerre à moins d’une centaine aujourd’hui. Bref, rien ne va plus, et la vieille blague de 68, « Dieu est mort, Marx est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien », refait surface… La faute aux cathos de gauche, qui, à force de souligner l’humanité du Christ, ont perdu sa dimension sacrée? Interminable débat. Pour la phi­losophe Chantal Delsol, « une pensée se juge aux fruits qu’elle porte. Les catholiques de gauche n’ont pas transmis à leurs en­fants : tout s’est effondré derrière eux ». Leurs enfants croiront «quand l’Église leur parlera», rétorquent les militants. Qui soulignent que sur un combat, au moins, Rome et eux se sont retrouvés : la dénonciation de l’écart grandissant entre pays riches et pauvres – «peut-être le problème le plus important de notre temps», avait dit Jean XXIII. Un terrain sur lequel les derniers cathos de gauche se mobilisent, dans les associa­tions caritatives, les organisations humanitaires, ou tout sim­plement aux côtés de leur curé. Pour le reste… Depuis trente ans, expliquent-ils, Jean-Paul II et Benoît XVI s’appliquent méticuleusement à enterrer toutes les réformes qui leur étaient chères. Jean-Louis Schlegel ne leur donne pas tort : «La centralisation romaine est plus que jamais d’actualité ; l’inégalité de pouvoir entre femmes et hommes perdure ; les signes extérieurs « rétro », l’apparat et un fonctionnement digne d’une monarchie absolue dominent encore ; tout comme le rigo­risme, en matière de morale sexuelle et conjugale, et de bioé­thique». Tant pis : pour le dernier carré des cathos de gauche, ce sont bien les erreurs de Rome qui rendent inaudible, au­jourd’hui, ce que la religion catholique peut apporter de juste, de positif, à une société en crise. Des erreurs qui peuvent être corrigées. La messe, alors, ne serait pas (encore) dite…•

LA RELÈVE

S’ils doivent mourir, ce sera au combat : les chrétiens progressistes n’ont pas dit leur dernier mot. On les croise aux Editions de l’Atelier, où ils animent une remarquable collection, «Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire ». Dans la revue Golias, très critique vis-à-vis de l’institution et sur le site chretiensdegauche.com, où les discussions sont vives. Ils tentent même de créer un courant au sein du PS, les Poissons roses.

Et ils s’associent -une cinquantaine de groupes militants, réunis sous un fanion, Les Réseaux du parvis, pour conjuguer leurs efforts. Chacun sa «mission » : Femmes et Hommes en Église, lutte contre les stéréotypes masculins et féminins sacralisés par les religions ; David et Jonathan rassemblent les homosexuel(le)s en recherche spirituelle ; Plein Jour lutte pour l’abolition de la règle de célibat des prêtres…

PETIT GLOSSAIRE DE VATICAN II

Concile : assemblée d’évêques et de théologiens de l’Eglise catholique, réunis par le pape pour se prononcer sur le dogme, la liturgie et la discipline. Le concile de Vatican II – le 21ème du genre – s’est ouvert à Rome le 11 octobre 1962 (sous le pontificat de Jean XXIII) et refermé le 8 décembre 1965 (sous celui de Paul VI).

Pères conciliaires : tous les évêques sont invités au concile. Ils étaient 2500 environ, venus du monde entier, pour Vatican Il.

Curie romaine : l’ensemble des administrations chargées d’assister le pape dans le gouvernement de l’Église.

Dissensions : entre les conservateurs, qui condamnent la modernité, et les progressistes, qui veulent ouvrir l’Eglise au monde, la bataille s’étendra sur quatre sessions de deux mois chacune.

À LIRE

 

A la gauche du Christ, de Denis Pelletier et Jean-Louis Schlegel, éd. du Seuil, 624 P., 27€.

Extrême droite. Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire, éd. de l’Atelier, 96 p., 12€.

N’oublions pas Vatican II,

de Gustave Martelez, éd. du Cerf, 140 p., 10€

Le Concile Vatican II (1962-1965), édition intégrale et définitive, éd. du Cerf, 728 p., 34E (17€ jusqu’au 31 octobre).

Mon journal du concile, tomes I (1960-1963) et II (1964-1966), d’Yves Congar, éd. du Cerf, 1312 p., 89€ (44,50€ jusqu’au 31 octobre).

Naissance d’un vieux prêtre, de Maurice Gruau, éd. Métailié (nov. 2012), 250 p., 21€.

Faut-il faire Vatican III ?, de Christine Pedotti, éd. Tallandier, 224 P. 16,90€.

La Bataille du Vatican, de Christine Pedotti, éd. Plon, 574 P., 25€.

«L’institution va craquer»

Maurice Gruau est né en 1930. Ordonné prêtre à Laval en 1955, il fut le curé d’Appoigny, en Bourgogne, jusqu’en 2001. Il va publier ses Mémoires, Naissance d’un vieux prêtre, aux éditions Métailié.

«L’Eglise d’aujourd’hui se casse la gueule, mais elle s’acharne. Et elle ne s’en relèvera pas. Elle a eu, pourtant, des occasions de se ressaisir! En 1945, tout était à reconstruire, mais elle n’a pas osé. Puis il y a eu l’expérience des prêtres-ouvriers – l’événement le plus important selon moi depuis le concile de Trente (au milieu du XVIe siècle) – mais Rome a prétendu que ces prêtres avaient oublié la dimension sacrée de leur mission. Au contraire! Ils avaient compris, avant tout le monde, que c’était le discours ecclésial qui était foutu, pas le discours évangélique!

Et quand l’Eglise s’est réveillée, avec Vatican II, il était trop tard. Elle a continué à faire ce qu’elle sait faire de mieux: interdire. Mais Jésus ne passe pas son temps à dire: « Faites ceci, ne faites pas cela. » Son message principal est dans les Béatitudes: « Heureux les affligés, car ils seront consolés », « Heureux les doux », « Heureux les artisans de paix ». Ce n’est pas le discours du Vatican, qui s’empêtre dans des domaines qui ne regardent pas l’Eglise. La contraception? Mais comment voulez-vous que des vieux célibataires jugent une affaire pareille… Alors oui, l’institution va craquer, et je dois avouer que cela m’indiffère: on a besoin de ce vide sanitaire, pour qu’autre chose renaisse, derrière.»

«Il faut faire Vatican III»

Christine Pedotti est historienne et cofondatrice de la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones.

«Je n’ai pas vécu Vatican II, mais il est évident, pour moi, que c’était un événement inattendu pour l’Eglise. Elle en est donc capable! Ce n’est pas seulement l’affaire des cathos « de gauche » (je me définis plutôt comme une « catholique libérale », au sens politique du terme)… mais chacun reconnaîtra que, depuis trente-cinq ans, l’Eglise est fondamentalement de droite : elle fixe son idéal dans un enracinement, alors que Dieu, pour moi, se situe dans l’avenir. Elle semble hermétique au présent, alors que tant de choses ont changé, depuis 1962! La question de la survie de l’humanité est posée, nous avons une communauté de destin avec l’ouvrière chinoise, et cela pose des questions – en matière de partage, de justice et d’équité – auxquelles l’Eglise doit répondre. Le boson de Higgs, qu’a-t-elle à en dire? Et si dans vingt ou trente ans, on construit des machines plus intelligentes que nous ? Silence… Je suis nostalgique des temps où les évêques parlaient du nucléaire, où Paul VI allait à l’ONU pour dire « Plus jamais la guerre! »

Il faut que Rome accepte la vraie rupture – le christianisme de masse ne reviendra pas – et qu’elle invente le christianisme d’après, un christianisme qui ne soit pas frileux. Elle le peut – et je compte bien, en tant que catholique engagée, y participer. Mais pour cela, il faut faire Vatican III ! »

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