Une première depuis vingt-ans dans la troisième ville des Etats-unis : 25 000 enseignants en grève à Chicago pour lutter contre la dévalorisation du métier d’enseignant

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

« On a subi offense après offense. Trop c’est trop »,c’est en ces termes que la présidente du Syndicat des enseignants de Chicago (CTU) a justifié au journal local, Chicago Tribune, l’arrêt de travail du personnel de la ville.

Les enseignants du primaire et du secondaire luttent contre les réformes avancées par le maire de Chicago : augmentation du temps de travail, réforme du système d’évaluation des professeurs et précarisation de l’emploi.

Il faut rappeler qu’aux États-Unis, l’éducation est décentralisée, prise en charge par les États fédérés et les municipalités. Une loi fédérale en 2011 a notamment permis aux maires des grandes villes de modifier le temps de travail scolaire.

Ce sont 25 000 enseignants syndiqués qui ont décidé d’entamer une grève ce lundi pour lutter contre ce projet, défendre la stabilité de l’emploi, et réclamer une augmentation de salaire de 30% en échange de l’augmentation du temps de travail désiré par l’État.

Au cœur de la grève, la volonté du maire de Chicago d’introduire une nouvelle dose de rémunération au mérite. Non contents d’être évalués par les parents, leur chef d’établissement, les professeurs seraient désormais rémunérés en fonction des résultats de leurs élèves aux résultats nationaux.

Dans une ville où dominent les quartiers difficiles, où 80% des élèves bénéficient des aides à la cantine faute de revenus familiaux suffisants, il s’agit d’une part d’une baisse de salaire déguisée, et d’autre part d’une façon de culpabiliser les professeurs pour des problèmes dont la société américaine est responsable.

Les chefs d’établissement se verraient par ailleurs renforcés dans leurs prérogatives vis-à-vis du corps professoral. L’autonomie des établissements, déjà en vigueur, autorise ainsi les proviseurs à licencier leurs enseignants sans le moindre motif valable.

La grève touche 144 établissements scolaires de la ville, maternelles, écoles, collèges et lycées laissant 400 000 élèves sans cours, dans ce qui est la troisième ville et le troisième district éducatif des États-Unis.

Il s’agit de la première grève enseignante à Chicago depuis vingt-cing ans, une grève qui avait alors duré 19 jours. Dans les années 1970 et 1980, les grèves étaient monnaie courante dans le secteur. Chicago avait connu en deux décennies huit mouvements de grèves, et des luttes tous les deux ans sur les salaires et les conditions de travail.

La grève prend, à deux mois de l’élection présidentielle américaine, une tournure politique. Le maire de Chicago, Rahm Emanuel, est en effet une des figures montantes du Parti démocrate et un des proches de Barack Obama.

Le candidat républicain Mitt Romney a déjà exprimé son opposition catégorique au mouvement de grève tandis que le candidat démocrate continue à soutenir son poulain, dans une ville et un État de tradition démocrate.

En plein cœur du centre de commandement du système capitaliste, la grève historique des enseignants de Chicago est un signe positif de la possibilité de résister, même dans les conditions les plus difficiles qui soient.

2 commentaires

  1. Bon je vais annoncer aux collègues ce qui nous attend ici si on ne bouge pas … bien qu’on puisse déjà noter des convergences dans entre ces projets « éducatifs » et ceux qu’on veut nous imposer ici ..

  2. Concernant ce secteur de l’éducation aux États-Unis, une autre indication.

    Le cinquième de la dette des ménages américains concerne l’éducation

    28 septembre 2012
    http://www.cubadebate.cu/noticias/2012/09/28/uno-de-cada-cinco-hogares-norteamericanos-en-deuda-por-educacion/

    Un ménage états-unien sur cinq (19%) avait des dettes de prêts étudiants en 2010, deux fois plus qu’il y a 20 ans et 15% en sus par rapport à 2007, selon une étude de l’Institut Pew sur la dette éducative, un problème qui affecte des millions d’Américains.

    Selon le Pew Research Center, 40% des ménages dont les chefs de ménage ont moins de 35 ans, conserve une dette sur ce registre.

    Depuis 2007, le pourcentage des dépenses des ménages affecté à la dette des étudiants a augmenté, indépendamment de leur composition sociale, par l’effet combiné de leur charge accrue et de la baisse des revenus.

    La dette moyenne est passée de 23 349 $ en 2007 à 26 682 $ en 2010 (*). L’endettement des étudiants aux Etats-Unis, qui en 2011 a atteint 1.000 millions, empoisonne les vies de millions d’Américains, d’étudiants, d’anciens élèves et de leurs familles, et les experts se demandent si cette « bombe » ne sera pas la prochaine crise importante de l’économie américaine.

    Ce sujet s’est invité dans la campagne. Le mois dernier, le président Barack Obama en a profité pour attaquer son rival républicain à la Maison Blanche, soit Mitt Romney, qu’il a accusé de ne pas s’être intéressé au coût de l’enseignement supérieur pour la jeunesse de la classe moyenne.

    Inspiré de sa propre expérience, le président américain a déclaré que lui-même et son épouse Michelle ont obtenu leur diplôme dans des universités prestigieuses au moyen de subventions et de prêts qu’ils n’ont que récemment fini de payer.

    (Avec les informations de l’AFP)

    Note du traducteur (*) ; Ce qui nous fait tout de même 15% d’augmentation en 3 ans, soit 5% par an en moyenne dans le présent contexte de baisse des revenus de cette même classe moyenne !

    Bien amicalement.
    ML


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