Israël : politiques d’apartheid et bordel écologique, par Ben Lorber

Les palestiniens constituent la première nation en nombre de réfugiés installés à l’étranger.

source : Green Left Weekly (Australie), 30 Juillet 2012

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Depuis que l’idée du sionisme (un Etat juif sur le territoire de la Palestine historique) a pris racine dans l’esprit de quelques intellectuels, l’État d’Israël a représenté sa colonisation de la terre de Palestine, et son déracinement du peuple palestinien, comme un renouveau de la terre.

Déterminée à « faire fleurir le désert », une organisation internationale appelée le Jewish International Fund a planté des forêts, construit des jardins publics et des réserves naturelles pour recouvrir les ruines de villages palestiniens. Les réfugiés palestiniens, anciens habitants de ces villages, ont été chassés des terres sur lesquelles eux et leurs ancêtres ont vécu et travaillé.

Aujourd’hui, Israël se décrit comme une « démocratie verte »- un pionnier écologique dans des techniques agricoles comme l’irrigation goutte à goutte, les fermes laitières, l’écologie du désert, la gestion de l’eau et l’énergie solaire.

Pendant ce temps, les usines israéliennes rejettent des déchets toxiques et des polluants industriels des sommets de la Cisjordanie vers les villages palestiniens, plus bas. La surexploitation israélienne des nappes phréatiques interdit aux palestiniens l’accès à des sources d’eau vitales, dans un contexte de pénurie et de pollution accrues.

Par son « ravalement de façade écologique » de l’occupation, Israël cache ses politiques d’apartheid derrière un mirage. Il détourne l’attention du public de son oppression brutale du peuple palestinien, de même que sa dégradation massive de la terre où ces tragédies ont lieu.

Le Jewish National Fund (JNF), peut-être la première ONG internationale, a été créé en 1901, tandis que la première vague de migrants juifs s’installait en Palestine, sous la bannière du sionisme.

Tout au long du vingtième siècle, alors que la population arabe de Palestine était expulsée de ses terres ou opprimée sous la main d’un envahisseur étranger, la JNF a réussi à récolter d’énormes sommes d’argent pour acquérir et développer des terres palestiniennes.

Distincte d’autres organisations de financement et de défense du sionisme, comme la Jewish Agency, le JNF s’est présentée, dès le début, comme une organisation de protection de l’environnement.

Son site internet prétend qu’elle sert à « protéger la terre, verdir le paysage et préserver les écosystèmes fondamentaux » en « plantant des semences, en préservant la santé des forêts, en combattant la désertification, en protégeant les points d’eau et en gérant les cours d’eau […] et en équilibrant la croissance et le développement phénoménaux connus par Israël ces dix dernières années, pour le rendre compatible avec le maintien d’un environnement écologiquement approprié ».

Il exprime la fierté « qu’Israël soit le seul pays au monde qui entrera dans le vingt-et-unième siècle avec une augmentation nette de son nombre d’arbres ». Le JNF affirme avoir planté 250 millions d’arbres, construit plus de 210 réservoirs et barrages, mis en valeur plus de 250 000 acres de terres, créé plus de 1000 parcs, et fourni des infrastructures à plus de 1000 communautés de tout Israël.

Adapté à un État construit pour un seul groupe culturel et religieux, le JNF promeut une écologie de l’exclusion et de la discrimination. Possédant directement 13% des terres en Israël et contrôlant réellement 93%, le JNF déclare explicitement dans sa charte que les terres qu’il contrôle ne peuvent être louées par, vendues à, travaillées par des non-juifs.

Durant la première moitié du vingtième siècle, le JNF a aidé à exiler des centaines de milliers de familles palestiniennes, à raser leurs maisons, et à déblayer la terre pour ouvrir la voie aux colonies juives.

Il a acheté d’énormes étendues de terrain à des propriétaires indirects, chassé les fermiers arabes locaux, déraciné la végétation naturelle d’oliviers, de caroubiers et de pistachiers et planté de vastes forêts de pins européens (conifères) et d’eucalyptus.

Les forêts, parcs et installations de loisirs ont été placées stratégiquement sur les ruines de villages palestiniens détruits. La croissance rapide des pins a aidé à effacer l’histoire de la vie des palestiniens et à empêcher que les réfugiés ne rentrent chez eux.

Les forêts de pins ont été plantées pour protéger et étendre les colonies construites sur les terres volées, et, après 1967, pour diviser le territoire palestinien entre Jerusalem Est et la Cisjordanie occupée.

Les pins évoquaient la nature sauvage européenne, créant un environnement familier pour les colons juifs, majoritairement européens. A tel point que les colons ont surnommé le Parc National d e Carmel, planté en partie au-dessus du village palestinien détruit d’al-Tira, « petite Suisse », pour sa ressemblance avec les Alpes Suisses.

Espèce étrangère, le pin échoue souvent à s’adapter au sol local, et les forêts exigent d’être souvent replantées. En vieillissant, elles demandent plus d’eau et deviennent sensibles à des problèmes comme les parasites et les maladies. Elles peuvent aussi conduire à des désastre, comme le feu de forêt de Carmel en 2010, considéré comme le pire de l’histoire d’Israël.

Tandis que leurs aiguilles de pins au développement rapide augmentent l’acidité du sol, les pins détruisent toutes les petites plantes environnantes, ruinant ainsi l’existence des bergers palestiniens, dont les animaux dépendent des pâturages.

La méthode éprouvée de nettoyage ethnique et de « ravalement de façade écologique » du JNF continue de fonctionner.

Un programme de 600 millions de dollars en cours au sein du JNF, « Blueprint Negev » cherche à développer des réservoirs, des forêts de pins, et des programmes d’économie de l’eau dans le désert du Negev. Cela se fait aux dépens de plus de 150 000 bédouins palestiniens, dont les villages « non reconnus » par les politiques israéliennes n’ont déjà pas d’électricité, pas d’eau courante et n’ont pas de système d’évacuation des eaux usées.

Depuis 2010, le JNF tente de « verdir » le Negev en plantant la forêt d’un million de pins de « God TV » par-dessus le village palestinien d’Al-Araqib, qui a été démoli huit fois, malgré sa ferme résistance face au projet de destruction.

La « Forêt de God TV » est nommée d’après son fier sponsor, une organisation chrétienne évangélique d’extrême droite favorable à la colonisation, dont le but avoué est de « planter un million d’arbre pour préparer la terre d’Israël au retour du fils de Dieu ».

Alors que la « Forêt God TV » et « Blueprint Negev » cherchent à recouvrir le Negev semi-aride de pins européens envahissants, Israël cherche à séparer les Bédouin traditionnellement semi-nomades de leurs pâturages ancestraux, et de les amasser dans townships pauvres et isolés pour les faire vivre une vie sédentaire contraire à leurs traditions.

Des troubles sociaux et un déclin des valeurs traditionnelles accompagnent inévitablement un processus forcé de ce genre.

Après un siècle d’expulsion, de colonisation, de développement et d’industrialisation rapides, les arbres d’espèce indigènes représentent seulement 11% des forêts israéliennes, et les arbres d’avant 1948 représentent seulement 10% de la verdure israélienne.

Les forêts de pins, les parcs, et les espaces de loisirs du JNF tapissent les collines d’Israël. Les guides, au milieu d’une randonnée, craignent le moment inévitable où quelqu’un demande : « que fait cette vieille mosquée abandonnée au milieu de la forêt » ?

Les parallèles avec la colonisation européenne du continent américain sont évidents,. Par une cruelle ironie de l’histoire, la construction dans les années 1980 par le JNF du Canada du Canada Park, recouvrant un village palestinien détruit, a commencé comme un projet de jumelage avec le Parc Downsview de Toronto- qui s’étend au dessus d’un territoire amérindien non-reconnu.

Les actions du JNF répondent au désir sioniste de transformer et contrôler la terre de Palestine, pour façonner ses collines conformément au sionisme.

Quand les pionniers du mouvement sioniste sont arrivés d’Europe à la fin du dix-neuvième siècle, ils se sont trouvés déçus par la côte rocailleuse et semi-aride de l’Est de la Méditerranée. Ils ont voulu « faire fleurir le désert » [make the desert bloom, ndt] pour prouver que le peuple juif, et non les arabes indigènes, était prédestiné à cultiver ce qu’ils décrivaient comme « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

N’amenant avec eux qu’une faible expérience agricole, ces pionniers largement issus de la classe moyenne inférieure, ont d’abord adopté les méthodes agricoles de subsistance et de petite échelle adaptées à la sécheresse, produisant majoritairement sans irrigation du blé, de l’orge, des pommes de terres, des raisins, des olives et des figues pour la consommation du foyer.

Très vite, toutefois, ils ont exclu les pratiques centenaires d’agriculture durable des palestiniens au nom de leur « sous-développement » et, financés par le philanthrope et banquier français, le Baron de Rothschild, ont utilisé des moteurs à vapeur européens sophistiqués, des charrues mécaniques, des moissonneuses-batteuses modernes pour développer des vignobles gourmands en capitaux et des plantations de céréales pour le marché.

Aujourd’hui, Israël se vend à l’étranger comme un modèle du capitalisme vert du vingt-et-unième siècle, tout en continuant à perpétrer la dévastation écologique massive et un racisme écologique éhonté sur le terrain.

Tandis que la dépendance de l’Occident impérialiste vis-à-vis du Golfe augmente, l’occupation de la Palestine par Israël devient un problème central. Dans l’occupation de la Palestine, nous voyons comment la dévastation coïncide avec le nettoyage ethnique, et comment l’un et l’autre se renforcent mutuellement.

La quête de la justice en Palestine réside au cœur de la lutte anti-impérialiste mondiale- une lutte de défense de la Terre,et des dépossédés qui y vivent.

Dans les termes de Coya White Hat-Artichoker, membre de la Tribu Sioux des Rosebud du Dakota du Sud et membre fondateur du Collectif LGBTQ Two Spirit First Nation Collective : « Je vois ce qui se passe en Palestine comme une lutte indigène pour la souveraineté, et parfois même pour le droit d’exister.

« C’est aussi un génocide […]. Je vois la destruction systématique et intentionnelle par Israël de vies palestiniennes, de villages, de communautés, comme très similaire à la destruction de communautés, de vies des Natifs Américains de leurs terres traditionnelles.

« Je ne vois plus de terroristes en Palestine ; je vois des gens résistant à et luttant contre l’extinction […]. Je crois que, en tant qu’américains conscients de ce lien, il est important que nous réfléchissions à ce qui se passe, en notre nom et avec l’argent du gouvernement des États-Unis ».

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