Détails répugnants au regard du cas des cinq, par Saul Landau

source : Cubadebate (Cuba)/Progreso Seamanal (Etats-Unis), 17 mai 2012

Changement de Société remercie Maurice Lecomte, qui a traduit cet article.

Je suis assis dans une chaise grise en plastique en face d’une table minimale grise en plastique et d’une autre chaise grise vide en plastique dans l’attente de Gerardo Hernandez au parloir du pénitencier fédéral de sécurité maximale à Victorville, en Californie. A côté de moi, selon une répartition similaire des sièges, un noir d’âge mûr parle avec une femme, probablement la sienne, d’autres noirs parlent à leurs conjoints. Deux jeunes garçons sortent en courant de la « salle des enfants » vers leur père pour obtenir une caresse.

Quatre gardes conversent et observent visiteurs et reclus. Il ne doit pas y avoir d’échanges en contrebande ni d’ »attouchements excessifs ».

Gerardoarrive, encadré par les gardes. Nous nous embrassons. Avec Gerardo nous parlons de ce qui a amené l’Agence de Sécurité Nationale (NSA) a affirmer qu’il aurait permis le repérage et donc la destruction de deux avions amis [des US] par des Migs cubains le 24 février 1996. Le gouvernement des EU a accusé Gerardo de conspiration et de meurtre parce qu’il aurait censément livré -le gouvernement n’a pas présenté de preuves à l’appui de cette affirmation-, l’information sur un vol aux autorités cubaines en sachant pertinemment que les avions seraient abattus. (Comment un agent peut-il à Miami connaître les décisions du plus haut niveau à La Havane ?)

Les Cubains disent qu’ils ont tiré leurs missiles sur des appareils intrus dans l’espace aérien cubain. Si la carte de la NSA confirme l’affirmation de Cuba, Gerardo, dans le cas où il aurait fourni la date et l’heure du vol fatal aux autorités cubaines, n’aurait commis aucun crime. Les procureurs n’ont présenté aucune preuve que Gerardo ait fourni cette information. Hollywood présenterait la scène du tribunal de Miami avec le procureur disant au jury : « Je n’ai pas à leur montrer de preuves pour cette ignominie ».

En outre, l’avocat de la défense de Gerardo a montré que Basulto, le chef des Hermanos al Rescate [Frères Sauveurs], avait déjà annoncé les dates des vols, et plusieurs responsables américains connaissaient aussi le plan 5 [de vol]. Même l’Armée de l’Air avait mis en garde les autorités cubaines sur le vol imminent. Les faits n’ont pas d’importance quand un jury et un juge savent qu’une décision « erronée » pourrait entraîner que leurs maisons soient incendiées.

La NSA a ignoré les sommations interpellatives des avocats de la défense pour la présentation des cartes vectorielles [satellitaires] lors du procès et préféré en appeler à la «sécurité nationale», deux mots létaux qui ne sont ni dans la Constitution ni dans la Bible, et qui ont constitué son excuse pour ne pas produire les documents. Comment obliger la NSA à s’y résoudre ? Nous n’avons pas de réponse mais la question demeure.

D’autres questions me préoccupaient. Qu’est-ce qui a motivé à FBI pour arrêter Gerardo et ses quatre collègues ? Après tout, les agents cubains avaient donné au FBI, via La Havane, d’excellentes prises relatives aux activités terroristes, incluant la localisation d’un bateau dans la rivière Miami plein d’explosifs. Le FBI s’est emparé du bateau avant qu’il ne levât l’ancre vers Cuba – ou fait explosion à Miami.

« Hector Pesquera, » a répondu Gerardo. Pesquera a été nommé agent en charge du Bureau de Miami et a immédiatement détourné l’attention des terroristes pour la concentrer sur la lutte antiterroriste. Après que le jury ait livré un plaidoyer de culpabilité dans le procès des Cinq Cubains, Pesquera se vantait dans une station de radio de Miami, disant que « c’est lui qui avait fait changer l’approche, d’espionnage en accusations d’espionnage portées contre eux ». (Voir Stephen Kimber, Ce qui est en eau trouble : La véritable histoire des Cinq de Cuba, un livre numérique sur Amazon).

En outre, Pesquera a convaincu le ministère de la Justice de détourner son attention des terroristes exilés en Floride du Sud sur les agents du renseignement cubains qui avaient infiltré les groupes terroristes. Le cas « n’aurait jamais été jugé, s’il n’avait pas personnellement insisté auprès du directeur du FBI, Louis French. » (Kimber, p. 286.)

Ann Bardach a renforcé la vision du rôle clé de Pesquera dans le changement d’orientation de l’enquête du FBI sur les terroristes devenue enquête sur le terrorisme. Bardach et Larry Rohter ont écrit deux articles en Juillet 1998 pour le New York Times dans lesquels Posada Carriles a admis être le cerveau d’une série d’attentats par sabotage à Cuba pour faire fuir les touristes étrangers. Une de ces bombes a tué un touriste italien, dont le père poursuit les États-Unis pour financement et/ou parrainage du terrorisme.

Bardach m’a dit sa surprise quand Pesquera a répondu à sa question concernant Posada en disant : « beaucoup de gens ici pensent que Posada est un combattant de la liberté ». Pesquera entretient des liens d’amitié avec les exilés ultradroitiers, il a clôturé l’enquête sur Posada et a détruit le dossier. En attendant Pesquera s’est employé à ce que le FBI s’active à éliminer les agents cubains. 14 des 19 participants aux attaques du 11/9 se sont entraînés dans la région sans amener d’examen du FBI. La surveillance de Pesquera semble avoir été défaillante sur cette période. (« Travailleurs », le 22 mai, 2005.)

Gerardo et moi avons échangé à propos de l’interview d’Alan Gross par Wolf Blitzer de CNN. Gross a été condamné à Cuba pour des activités visant à saper le gouvernement, ce qui a été documenté par Desmond Butler, journaliste d’AP. Il s’est plaint de sa vie en prison, de la nourriture, que sa fenêtre ait des barreaux et de n’avoir pu seulement recevoir la visite que de sénateurs et de représentants à la Chambre des États-Unis, de présidents d’autres pays, de groupes religieux et d’un jour passé avec sa femme. Il se plaignait que les conditions à l’hôpital militaire de La Havane étaient comme celles d’une prison.

Pis toujours, ignorant le reportage de Desmond Butler et l’article d’opinion dévastateur de l’ancien fonctionnaire du Conseil de la Sécurité Nationale [National Security Council] Fulton Armstrong dans le Miami Herald (le 25 décembre 2011), il a proclamé son innocence, insistant pour dire qu’il désirait seulement aider à ce que la communauté juive ait un meilleur accès à l’Internet. Est-ce ce qui l’a conduit à la contrebande d’équipement (documentée par Butler) et a recevoir un paiement de 600.000 dollars des mains d’une entreprise liée à l’USAID ? Et Blitzer, à qui il devrait être accordé le prix du pire sténographe en journalisme, n’a pas posé de question à propos des faits que Butler et Armstrong avaient indiqués.

Nous nous sommes donné une embrassade d’adieux. Gerardo a triomphalement levé le poing avant de retourner à sa cellule. J’ai marché dans le vent sec du désert vers l’auto, et suis descendu de 5.000 pieds et 40 milles jusqu’à l’aéroport de l’Ontario, en Californie ; une fois encore, l’opportunité de penser à la justice et l’injustice.


(Tiré de l’hebdomadaire Progreso)

http://progreso-semanal.com/4/index.php?option=com_content&view=article&id=4669:repugnantes-detalles-en-el-caso-de-los-cinco-de-cuba&catid=3:en-los-estados-unidos&Itemid=4

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