Tsipras de SYRIZA promet de sauver le capitalisme grec et européen, par Chris Marsden

source : World Socialiste Website, 14 Juin 2012

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Sans une implosion de la zone euro, les chances d’une sortie de crise dans une Grèce devenue le maillon faible du capitalisme européen sont minces. Elles ne sont cependant pas nulles, et SYRIZA est sans doute la formation la plus capable de les concrétiser. C’est pourquoi Changement de Société se réjouit d’avance d’une probable continuation du succès de la coalition de la gauche radicale. Mais le risque reste fort que la politique que mènera Alexis Tsipras, s’il se montre capable de constituer un gouvernement après les élections législatives de dimanche prochain, ne parvienne pas à relancer l’économie grecque. Il est prévisible que, tout en redressant les finances publiques par une augmentation des recettes, SYRIZA opère des transferts au profit des plus modestes. Dans une Europe sans frontière, cependant, de tels transferts vont probablement alimenter la croissance…allemande ! Dès lors, la question se pose de savoir si, mis au pied du mur de l’échec de son programme, Tsipras en tirera les conséquences en renonçant à son eurolâtrie ou s’il effectuera un virage libéral pour sauver l’Union. Le texte ci-dessous analyse entre autres un article récemment publié par Tsipras dans le Financial Times, dont le contenu laisse présager du pire. Il va sans dire que Changement de Société ne partage pas l’intégralité de l’intéressante analyse de la groupusculaire organisation gauchiste derrière le World Socialist Website. On lira également l’entretien suivant accordée par une élue de SYRIZA au quotidien français Le Monde ainsi que le récent article traduit par Changelment de Société sur le budget militaire grec.

Le chef de SYRIZA, Alexis Tsipras, a choisi les colonnes du Financial Times pour promettre que son parti agirait en sauveur de la monnaie européenne et en collecteur d’impôts de la troïka.

« Je maintiendrai la Grèce dans la zone euro et restaurerait la croissance », a-t-il promis dans un article d’opinion daté du 12 Juin.

Dans ce cas, le moyen choisi n’est pas indifférent au message. Le Fincancial Times est le premier organe de l’oligarchie financière mondiale. Et c’est à cette oligarchie que parle Tsipras. Il est souvent nécessaire de décrypter le contenu de ce que dit Tsipras. Il dirige un parti qui représente les intérêts politiques de la bourgeoisie grecque et d’une couche de la classe moyenne qui sent son existence menacée- autant par les demandes d’austérité sauvage de l’Union Européenne, du Fond Monétaire International et de la Banque Centrale Européenne contenues dans le Memorandum et acceptées par le précédent gouvernement, que par l’opposition explosive suscitée par ces mesures à la base, chez les ouvriers. Pour combler ce fossé, Tsipras utilise généralement la couverture d’une rhétorique gauchiste contre l’austérité pour cacher ses promesses réitérées de sauver le capitalisme grec et européen.

Mais ici Tsipras s’adresse aux spéculateurs, aux banquiers et aux gouvernements d’Allemagne, de France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Son message est donc beaucoup moins ambigu. Il y a quelques références rituelles à une « crise humanitaire » mais rien de plus.

« Au cas où vous en douteriez, proclame-t-il, mon mouvement- SYRIZA- est déterminé à maintenir la Grèce dans la zone euro. »

Suit une référence au président étasunien Barack Obama, à l’occasion de laquelle il exprime la solidarité de SYRIZA avec son appel en faveur d’un plan « raisonnable » pour stabiliser « nos dettes et nos déficits ».

Tsipras se présente comme l’homme de la situation, celui qui paiera les dettes de la Grèce. « SYRIZA est le seul mouvement politique en Grèce qui puisse à l’heure actuelle fournir la stabilité économique, sociale et politique à notre pays » écrit-il, ce qui « bénéficiera à la zone euro » et « sauvera la monnaie commune ».

Les « problèmes » de la Grèce sont attribués non aux activités spéculatives criminelles des banques et à la demande cupide des créanciers exigeant qu’on leur rembourse leurs paris mais à la « faiblesse des recettes publiques ». Il promet la fin des « avantages fiscaux et des exonérations accordées à des groupes privés par les précédents gouvernements, ainsi que des faibles taux d’imposition sur le revenu et sur le patrimoine. »

Cette « stabilisation fiscale pragmatique et socialement juste » est conçue pour régler le problème des dépenses publiques atteignant « approximativement 44% du PIB » et pour combler l’écart entre les recettes fiscales directes grecques et la moyenne européenne.

Plutôt que de s’opposer à l’idée de donner plus d’argent aux banquiers, il annonce que la recapitalisation des banques grecques « avec des prêts de la troïka » sera faite « dans la transparence ».

Des années durant, SYRIZA mettait la nationalisation des banques à son programme. Il s’agit maintenant de les recapitaliser en utilisant l’argent de la troïka. Cela fait un mensonge de la menace agitée un moment de ne pas se plier au Mémorandum et aux sauvages mesures d’austérité acceptées en échange des 110 milliards de dollars du sauvetage des banques grecques.

SYRIZA veut toujours que l’UE, la BCE et le FMI financent les banques, et main qui donne main qui commande. C’est donc sans surprise qu’on apprendra que Tsipras, dans le principal quotidien conservateur grec, Kathemerinin, ajoute que son parti approchera les créanciers étrangers de la Grèce « non pas pour se battre, mais pour les convaincre ».

Le succès électoral de SYRIZA repose sur son opposition publique aux mesures d’austérité. Mais cette opposition est incompatible avec l’insistance sur le fait que la Grèce doive demeurer dans l’UE et dans la zone euro. Ces deux dernières institutions sont les instruments des principales multinationales du mondes, des banques et des pouvoirs impérialistes européens les plus influents. Tout accord signé avec la troïka, et pas seulement le mémorandum, sera déterminé par ces seuls intérêts, aux dépends de la classe ouvrière.

Les termes véritables du « sauvetage », dont seulement 45 milliards de dollars ont été versés, le prouvent. Comme pour les autres sauvetages- Espagne, Portugal, Irlande-, cet argent est donné aux banques et payé par les ouvriers. 40% des prêts de la Grèce à la troïka sont allés directement dans les poches de financiers étrangers, 23% à des financiers grecs et 18% à la BCE elle-même. Et tous continuent à empocher les intérêts des prêts !

SYRIZA n’a nulle intention de changer les fondamentaux de ce système. Ses nombreux défenseurs dans les groupes de la fausse gauche, dont beaucoup ont des factions à l’intérieur de SYRIZA, prétendent que le mouvement veut annuler la dette. Mais c’est un mensonge. Son programme en dix points appelle seulement à « un moratoire sur le paiement de la dette » et à des « négociations pour l’annulation de la dette » -pour seulement une partie du montant total- assorties de « régulations concernant la dette restante ».

Son programme économique n’est pas aussi radical que celles qui était promu dans la plupart des pays européens jusqu’aux années 1980. Il appelle simplement à « taxer les fortunes supérieures à 1 million d’euros et les hauts revenus » sans préciser ce qu’il entend par là. Il appelle aussi à une « augmentation graduelle, allant jusqu’à 45%, des impôts sur les profits distribués par les entreprises ».

En réalité, la plupart des entreprises d’aujourd’hui paient peu ou pas d’impôts, la majorité des recettes de l’État venant des impôts sur le revens et des taxes à la consommation.

Le manifeste de SYRIZA conclut par la revendication que « notre objectif stratégique est le socialisme dans la démocratie » mais cela ne vaut pas plus que les les promesses des vieux partis sociaux-démocrates et staliniens qui n’ont jamais renoncé à leurs politiques en réalité pro-capitalistes.

Cependant, SYRIZA se positionne en faveur d’une « alliance du peuple » qui ne signifie rien d’autre que la subordination de la classe ouvrière à des politiques conçue pour satisfaire les intérêts stratégiques de la bourgeoise grecque, européenne et internationale.

Tsipras parle un double langage. En public il conspue les iniquités que souffre le peuple grec, alors qu’en privé il complote avec leurs auteurs. Si SYRIZA devait former un gouvernement ou entrer dans une coalition gouvernementale, il ferait ce que la troïka, Wall Street et la City de Londres attendent de lui.

Les ouvriers et les jeunes les plus clairvoyants doivent rejeter le gauchisme contrefait de SYRIZA et construire un authentique parti socialiste représentant leurs intérêts.

Qu’ils soient dans ou hors de la zone euro, les ouvriers grecs feront face à l’austérité et à la répression sauvage s’ils demeurent sous le capitalisme. Le Comité de la Quatrième Internationale et ses sections européennes appellent à une offensive politique et sociale pour établir un gouvernement ouvrier qui mettra fin à la dictature des grandes entreprises grecques et de la troïka, nationalisera les actifs des banques et des principales grandes entreprises et mettra en œuvre un programme d’urgence pour l’emploi public afin de fournir des emplois décents, des logements, des services de santé et d’éducation à toute la population.

Ces mesures sont possibles seulement dans le cadre de la mobilisation des ouvriers de tout le continent pour l’établissement États-Unis Socialistes d’Europe. Nous nous déterminons à ce combat aux côtés de nos frères et sœurs grecs.

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