Deux articles sur l’attentat de Miami traduits et présentés par Marc Harpon (2/2)

Le retour du terrorisme à Miami, par Jesús Arboleya Cervera

D’après Jesús Arboleya Cervera l’acquittement, à l’issue d’une parodie de procès, du terroriste Luis Posada Carriles, commanditaire de l’attentat de la Barbade du 6 octobre 1976, a provoqué le sentiment d’impunité qui explique l’attentat d’avril dernier.

source : Progreso Weekly/Progreso Semanal (Etats-Unis), 16 Mai 2012

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Progreso Weekly/Progreso Semanal est un hebdomadaire cubain-américain opposé à l’extrême droite anti-castriste. Dans l’article ci-dessous, le journaliste de La Havane, Jesús Arboleya Cervera, revient sur le récent attentat commis en Floride contre les bureaux d’une agence de voyage proposant des voyages vers Cuba.

La Havane. Enfin, le Département des Artificiers de Miami a confirmé ce que tout le monde savait déjà, et que le FBI s’est refusé à confirmer : c’est une bombe incendiaire, installée avec une précision d’expert, qui a détruit les bureaux de l’agence de voyages Airline Brokers de Miami, annonçant le retour du terrorisme à Miami.
Sans l’appui d’importants réseaux influents aux Etats-Unis le terrorisme cubain-américain n’aurait jamais existé. De fait, c’est la CIA qui a créé la majorité de des organisations terroristes anticubaines durant les années 70 et la complicité des forces de sécurité a permis que Miami se convertisse en une « zone de guerre », au moment où le gouvernement Carter essayait de réformer la politique cubaine des États-Unis.

Ronald Reagan, à travers la Fondation Nationale Cubaine Américaine, a décidé de contrôler ces groupes à sa guise et de les utiliser sélectivement en fonction des intérêts du moment, ce qui a fait que le terrorisme cubain-américain est demeuré une menace latente pour quiconque s’opposait à l’extrême droite, jusqu’à ce que les événements du 11 septembre 2001 ne créent une contradiction significative, entre l’activité de ces groupes et les présupposés fondamentaux de la nouvelle stratégie Nord-Américaine dans le monde.

Bien qu’aucun terroriste cubain américain n’ait été détenu dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » (1), il semble qu’ils aient reçu de l’administration George W. Bush l’ordre d’interrompre leurs activités, auquel se sont ajoutés des stimulants économiques et un appui politique visant à les transformer en « combattant pacifiques pour la liberté et les droits de l’homme à Cuba ».

J’imagine que, non sans nostalgie ni sentiment d’incertitude concernant l’avenir, beaucoup d’entre eux ont enterré les armes et les explosifs dans les Everglades ou ont simplement conservé leurs arsenaux dans leurs maisons, pour s’en servir pour négocier les miettes des « programmes cubains » parrainés par le gouvernement et servir comme « militants » au service des hommes politiques de Miami.

Néanmoins, le cas de Luis Posada Carriles a ouvert la boîte de Pandore (1), démontrant ainsi l’incapacité du gouvernement des Etats-Unis à résoudre un problème qu’il a lui-même créé et dans lequel sont impliquées des institutions, des fonctionnaires et des hommes politiques américains depuis un demi-siècle. La faiblesse démontrée par les autorités constitue une incitation puissante pour les groupes terroristes, qui, depuis, se sentent protégés, et la preuve nous en est donnée par la bombe à Airline Brrokers.

Il ne s’agit pas d’un attentat commis au hasard : il vise l’agence qui, en coordination avec l’archevêché de Miami, a organisé le voyage de pèlerins à Cuba durant la visite du Pape Benoît XVI. C’est un message contre les « modérés » cubains-américains, qui ont parrainé cet événement, et contre l’Église catholique cubaine, à l’initiative d’une politique de dialogue avec les autorités du pays, Eglise qui a de plus été l’objet des attaques verbales déchaînées de l’extrême droite, avec le soutien tacite du gouvernement [étasunien, ndt], comme le montrent les éditoriaux de Radio Marti et de Tele Marti contre le cardinal Jaime Ortega (2).

Personne ne sait si un homme politique de l’extrême droite de Miami est complice de cet attentat et cela explique son silence. Mais cela ne change rien : en définitive, il est bien utile pour terroriser ceux qui défendent un changement de la politique cubaine des États-Unis et pour maintenir une domination de plus en plus contestée sur la communauté cubaine-américaine.

Cet effet est palpable dans l’attitude discrète adoptée à l’égard de l’événement. Au-delà du mutisme signalé des autorités étasuniennes et des hommes politiques de l’extrême droite, dont les raisons sont évidentes, la majorité des médias ont simplement raconté les faits avec une « objectivité » inhabituelle compte tenu de leur style et de leur tradition. Aucun n’a condamné le fait et personne ne s’est risqué à dénoncer les auteurs.

Je n’ai pas entendu dire que les modérés se soient exprimés à ce sujet. Au contraire, leur déclaration la plus récente, trois jours après l’attentat, visait à « appeler le gouvernement cubain à libérer tous les défenseurs de la démocratie emprisonnés », comme si se mettre la tête dans le sable pouvait les sauver du mal qui vient les dévorer. La même chose a eu lieu avec l’Église catholique de Miami et seuls les groupes défendant la normalisation des relations entre les deux pays, de même que des organes de presse comme Radio Progreso et Radio Miami, eux-mêmes victimes fréquentes du terrorisme dans le passé, ont manifesté clairement leur condamnation de l’attentat.

Il semble que les terroristes aient atteint l’objectif d’installer à nouveau la peur dans la conduite politique de leurs adversaires. On peut comprendre que leurs adversaires soient terrifiés à l’idée que la digue qui contenait le terrorisme à Miami ces dernières années ait sauté.

Revenons à l’équation du début. Le gouvernement de Barack Obama peur-il freiner le terrorisme cubain-américain ou, comme Carter, sera-t-il l’otage des forces historiquement compromises avec ces groupes ? La réponse à cette question pourrait être déterminante pour le futur proche de la molitique de Miami.

L’indifférence de l’opinion publique étasunienne, où les informations sur les actes terroristes accaparent les gros titres, n’est pas un signal positif, et il semble que la Joint Terrorism Task Force, qui détient des musulmans comme des fondamentalistes blancs, ait décidé de ne pas s’attaquer aux cubains-américains. Peut-être est-ce une perte de temps de poursuivre des types qu’aucun tribunal ne condamne, encore moins en période électorale.

(1) En janvier 2011, le terroriste anticubain a été jugé pour « parjure et immigration illégale », après plusieurs années à résider illégalement aux Etats-Unis. On lui reprochait, en substance, non pas d’avoir été impliqué dans des actiosn terroristes, mais de ne pas l’avoir déclaré sur son formulaire d’immigration. Il a cependant été acquitté, alors que tout porte à croire qu’il est à l’origine de l’attentat de La Barbade commis le 6 octobre 1976 contre un avion commercial de la Cubana de Aviacion et que, pour avoir pratiqué la torture dans les années 1980 au Venezuela, il est recherché dans plusieurs pays d’Amérique Latine, qui demandent son extradition. D’après l’auteur, l’acquittement de Posada Carriles a fait comprendre aux terroristes que les pouvoirs publics n’étaient pas décidés à agir contre eux.

(2) Radio Marti et Tele Marti sont des organes de presses créés et financés par le Département d’Etat des Etats-Unis. Récemment, le cardinal Jaime Ortega, qui a joué un rôle capital dans les négociations entre Cuba et l’Eglise pour la libération de prisonniers « politiques » ainsi que dans la visite du Pape Benoît XVI, a fait l’objet de violentes attaques sur ces deux médias.

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s