Deux articles sur l’attentat de Miami traduits et présentés par Marc Harpon (1/2)


« Si le réseau auquel appartenaient les Cinq Cubains était resté à Miami, il aurait pu infiltrer le groupe qui a incendié la compagnie de Mannerud et prévenu les autorités. Mais ces anti-terroristes sont encore dans les prisons fédérales, tandis que les incendiaires arpentent les rue de Miami et un auteur d’attentats à la bombe comme Luis Posada Carriles expose publiquement ses tableaux à la banque Coral Gables. »

Libérer Cuba? Faites brûler une agence de voyage! par Saul Landau


source : Progreso Weekly/Progreso Semanal (Etats-Unis), 9 Mai 2012



traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Le 25 avril dernier, à Miami, l’agence de voyage Airline Brokers a été victime d’un incendie provoqué par des explosifs. Tout porte à croire qu’elle a été la cible d’une action de terroristes anticastristes, qui lui reprochent d’avoir organisé des voyages vers Cuba, ainsi que, peut-être, les témoignages de son fondateur au procès d’un militant du groupe Omega 7, connu pour ses actions violentes anticubaines. Changement de Société propose deux traductions sur cet événement ignoré des grands médias. La première vient du journaliste et cinéaste américain Saul Landau, également chercheur à l’Institue for Policy Studies (Washington DC). Lui-même victime de la violence de groupes anticastristes lors des avant-premières de son documentaire « Fidel », dans les années 1970, il replace l’événement d’avril dans le temps long du terrorisme anticubain et dans le contexte maffieux qui est le sien. Compte tenu de la nature du dernier attentat, Landau s’intéresse surtout aux actes commis hors de Cuba, plus qu’aux actions menées directement contre l’île, comme l’explosion de la Coubre, dans la Baie de La Havane en 1960, ou encore la vague d’attentats ayant coûté la vie à Fabio Di Celmo en 1997. L’autre article a été écrit par un journaliste de La Havane, que Changement de Société a déjà publié Jesús Arboleya Cervera. Il rappelle les liens entre les terroristes et les mafieux d’origine cubaine de Miaimi et certaines forces politiques influentes aux Etats-Unis. Les deux textes proviennent de l’hebdomadaire bilingue des cubains-américains de gauche, Progreso Weekly/Progreso Semanal. Sur le terrorisme anticubain, on lira également deux articles de Trabajadores (Cuba), traduits par Changement de Société : « Ils ne peuvent pas faire sauter Cuba en vol » et « Outrage au drapeau ».

Vous pouvez ne pas être d’accord avec le dogme de la violence anticastriste, mais une telle opposition peut aussi vous coûter la vie- ou votre entreprise, comme ce fut le cas le 25 avril, avec l’incendie de Airline Brokers Co. Certains exilés cubains prennent la liberté d’expression tellement au sérieux qu’ils punissent tous ceux qui s’en servent d’une façon « inadaptée ».

Miami (où ceux qui considèrent leur propre point de vue sur la façon de libérer Cuba comme si pur et irréprochable que quiconque les défie mérite une bombe, une balle, ou un bidon d’essence) a été le théâtre d’innombrables incidents durant plus de cinq décennies,

Ironiquement, ces extrémistes ne s’adonnent pas à leur violence macho depuis Cuba. Ils choisissent des lieux plus sûrs pour eux. Orlando Bosch et son comparse Luis Posada Carriles disaient vouloir libérer Cuba quand ils concevaient l’attentat à la bombe contre un vol commercial cubain au-dessus de La Barbade en 1976. Si vous croyez essayer de libérer Cuba, d’après leur logique, vous êtes libre de tuer 73 passagers. Comment cela a-t-il aidé à libérer Cuba ? Ben, vous savez…

En se battant pour la liberté à Cuba – ou en prétendant le faire- vous avez l’autorisation de Dieu pour détruire et intimider qui que ce soit aux États-Unis ou partout ailleurs. En effet, à Miami, des centaines de bombes, de fusillades, d’incendies criminels ont eu lieu- tout ce bordel au nom de la glorieuse cause de la liberté de Cuba, bien que personne n’ait jamais expliqué comment un incendie ou une fusillade à Miami peut aider à libérer Cuba.

Au lieu de quoi, la majorité de la violence « libératrice » a visé des civils aux États-Unis. L’assassinat du diplomate cubain de l’ONU Felix Garcia à New York en 1980 et les attentats et les incendies contre des salles de cinéma à New York et à Los Angeles (où mon film « Fidel » devait être présenté en avant-première en 1970), commis parce que certains n’aimaient pas un film qu’ils n’avaient pas vu ont-ils, aidé à libérer Cuba ? A la fin des années 1980 et au début des années 1990, un terroriste a attaqué Marazul Travel- une agence proposant des voyages légaux vers Cuba. Trois cocktails Molotov ont été jetés dans les bureaux de Marazul. Le voyage vers Cuba est devenu un péché contre la religion du « combat pour la liberté à Cuba ».

Des années 1960 aux années 1980, « Bombs Away » aurait pu désigner Miami plutôt qu’un jeu vidéo sur des extraterrestres. Et « cette violence contre les gens qui désapprouvent la violence » continue.

Le 25 avril 2012, plus de cinquante-trois ans après la prise du pouvoir par les révolutionnaires cubains, les terroristes de droit divin ont brûlé les bureaux d’une compagnie de vols charters, manifestement parce qu’elle a conduit des pèlerins à Cuba. Comment de telles actions font-elles avancer leur cause de la liberté à Cuba reste un mystère logique- ou est-ce simplement un prétexte cachant des motifs plus bas.

Les cibles de la violence ont partagé deux qualités : 1) elles refusaient les diktats imposés par la branche d’extrême droite des exilés, qui exigeait que tout le monde se soumette à son point de vue ou en paie les conséquences ; 2) ellesn’ont pas eu l’occasion de se défendre.

Le plus récent « pécheur » qui ait offensé les incendiaires était propriétaire d’Airlines Brokers Co. Vivian Mannerud, a déclaré à Channel 10 à Miami : « Ce n’est pas simplement brûlé. C’est pulvérisé ». Elle regardait les cendres de ce qui était son entreprise. « Je n’ai jamais vu le feu pulvériser les choses. Je n’ai vu cela que dans des photos de la bombe atomique à Hiroshima »

Les enquêteurs, aidés par les chiens entraînés à reconnaître l’odeur du catalyseur employé, ont déterminé que le feu était « volontaire ». Donc les incendiaires ont fait un boulot de professionnel, comme leurs prédécesseurs, poseurs de bombes et tireurs, lors de leurs innombrables crimes et délits à Miami, New York, San Juan et Washing, DC- tout cela pour libérer Cuba, bien sûr.

En Mars, l’Archevêché de Miami, qui avait reçu des menaces d’attentat à la bombe en 1998 durant la précédente visite d’un pape (Jean-Paul II) à Cuba, avait signé un contrat avec l’entreprise de Mannerud pour conduire plusieurs centaines de croyants du Sud de la Floride vers l’île. Était-ce la raison ? Ou était-ce lié au péché de son père, qui avait lancé l’entreprise en 1982 et avait témoigné au procès d’Eduardo Arocena, du Mouvement Nationaliste Cubain et de son « bras armé »’ Omega 7. Le jury a condamné Arocena.

Si le réseau auquel appartenaient les Cinq Cubains était resté à Miami, il aurait pu infiltrer le groupe qui a incendié la compagnie de Mannerud et prévenu les autorités. Mais ces anti-terroristes sont encore dans les prisons fédérales, tandis que les incendiaires arpentent les rue de Miami et un auteur d’attentats à la bombe comme Luis Posada Carriles expose publiquement ses tableaux à la banque Coral Gables.

Les « patriotes » n’ont aucun projet de « libérer Cuba », ils font seulement de la rhétorique avec des phrases comme « rendre la liberté à Cuba » (celle-ci n’existait pas à Cuba avant la Révolution) et « se débarrasser de la dictature » (que certains d’entre eux ont soutenue sous Batista). Mais des décennies de violence aux États-Unis ont fait du mal à ce pays et n’ont eu aucun effet sur Cuba. Ironiquement, les cerveaux de ces actions nient leurs actes mais sont néanmoins honorés pour les avoir accomplis et acceptent les honneurs.

Ils ne peuvent expliquer comment la destruction d’une agence de voyages de Coral Gables aide à libérer Cuba. « L’argent que les visiteurs dépensent à Cuba soutient le régime de Castro ». Comme si faire sauter les agences de voyage arrêtaient le tourisme !

Cherchez en-deçà de la rhétorique fumeuse et vous trouverez les motivations plus profondes. Les auteurs d’actes violents vivent-ils de leur violence ? Après le feu du 25 avril, les entreprises voisines d’Airlaine Broker Co. Ont-elles reçu des visites ? « Hé vous avez une nien jolie boutique… » Vous connaissez les dialogues dans les Sopranos. Avec pour seule différence que les criminels de l’exil cubain couvrent leurs extorsions avec une rhétorique « patriotique ».

Je suis certain, toutefois, que les élus des environs de Miami rejettent fermement cet acte de terrorisme, malgré leur assourdissant silence.

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