Deux articles sur le niveau de vie des cubains (1/2)

La pauvreté à Cuba, par Raúl A. Sandoval González

source : Progreso Semanal/Progreso Weekly (Etats-Unis), 28 mars 2012

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

«  Il n’y a pas de mendiants à Cuba, ni d’enfants fouillant dans les poubelles pour trouver à manger ; l’éducation est gratuite à tous les niveaux, de même que les soins médicaux et hospitaliers ; la sécurité sociale est assurée », écrit Raúl A. Sandoval González, économiste à l’Université de La Havane. Cela ne signifie pas cependant qu’il n’y a pas de pauvres à Cuba, petit pays sous-développé et asphyxié par un blocus économique depuis un demi-siècle. Il faut donc chercher à cerner la spécificité de la pauvreté à la cubaine. On peu reprocher à l’auteur de ne pas insister assez sur la gratuité des services d’éducation et de santé, qui constitue une sorte de « salaire social » en nature à prendre en compte pour évaluer le niveau de vie réel des cubains. Cet article appartient à un diptyque, dont le deuxième élément est la traduction d’un texte résumant les récents propos du président de la Fédération des Étudiants Universitaires (FEU), la principale organisation étudiante cubaine, concernant la question économique du niveau de vie des cubains et celle de l’émigration.

A Cuba, il n’y a pas de statistiques sur la pauvreté ; cela fait qu’on peut souvent se demander, tant dans le pays qu’à étranger, si c’est parce qu’il n’y a pas de pauvreté. Considère-t-on qu’il n’y a pas de pauvres à Cuba ? Cette enquête préliminaire nous introduit à cette question à travers les réponses qu’offrent les cubains eux-mêmes, quand on leur demande d’énumérer les trois problèmes les plus importants de leur vie quotidienne. La réponse inclut inévitablement, bien que pas nécessairement dans cet ordre, l’alimentation, le logement et le transport.

Ce qui est sûr c »est que, en dépit des politiques proposées et appliquées, aucun pays n’a totalement résolu le problème. Il s’agit d’une question complexe, qui a des connotations économiques, sociales, politiques et idéologiques.

Tout travail qui tente d’étudier la pauvreté doit partir d’une analyse du revenu. Ainsi, le salaire moyen mensuel atteignait, en 2011, 460 pesos, avec la particularité que le salaire moyen d’un peu plus de 43% des actifs est inférieur à la moyenne mentionnée. Ce salaire moyen équivaut à 18,42 CUC, ou pesos convertibles, soit 21,03 dollars américains.

Les produits qui composent le panier mensuel régulé ou rationné, qui coûte 17,40 pesos cubains, apportent seulement 41,2% des calories recommandées au minimum par les nutritionnistes (2500 par jour). Pour atteindre un niveau adéquat, le travailleur devra assumer une dépense complémentaire de 403 pesos (pains, pizzas, biscuits, œufs, produits agricoles, etc.). Avec les quelques 40 pesos qui lui restent sur son salaire, il devra payer les services de base (eau, électricité, gaz, et, s’il en a un, téléphone), les transports, les produits ménagers et hygiéniques et TOUTES les dépenses des personnes qui dépendent de lui.

Dans les travaux de la Commission Économique pour l’Amérique Latine (CEPAL), on a adopté, de façon uniforme, un rapport de 0,5 entre les dépenses d’aliments et le total des dépenses de consommation. Si cette proportion était valide pour Cuba, alors, en première approximation, le seuil de pauvreté se situerait à 841,40 pesos par mois par personne.

D’un autre côté, la pension moyenne annuelle atteint 244,86 pesos ; d’où l’hypothèse que tous les retraités et allocataires de pensions sont potentiellement pauvres, sauf ceux qui reçoivent un autre revenu, par versements de l’étranger ou par la reprise d’une activité.

En ce qui concerne le logement, durant des années, la population a souffert de manques matériels, avec lesquelles il fallait composer pour assurer, avec les moyens du bord, la réparation et l’entretien de leurs maisons, ce qui a provoqué une détérioration croissante de l’habitat. Quelques estimations signalent qu’entre 60% et 70% des logements pourraient être considérés comme dans un état juste acceptable ou mauvais. Cela fait que ce besoin ne soit pas satisfait pour un nombre considérable de familles, de ménages et de personnes.

Le transport constitue un autre des problèmes qui accablent les cubains. Après l’amélioration expérimentée dans le transport public urbain, surtout dans la capitale, depuis le milieu de l’année 2010, le service a commencé, à nouveau, à se détériorer sévèrement, ce qui fait que les habitants prennent 2 heures ou plus à se déplacer d’un point à l’autre de la ville, dans des omnibus surchargés de passagers.

Alors,y-a-t-il ou non, des pauvres à Cuba ? LA réponse est positive, mais elle exige une réflexion.

Certaines enquêtes montraient que, au début du siècle, la pauvreté atteignait les 20% de la population urbaine et atteignait jusqu’à 40% de la population totale. L’auteur du présent texte n’est pas en mesure de reprendre ni de réfuter ces chiffres, mais seulement d’affirmer qu’un segment considérable de la population souffre d’une forme ou d’une autre de pauvreté.

Ce qui se passe, c’est qu’à Cuba, la pauvreté a des connotations particulières et se distingue des formes plus connues et extrêmes sous lesquelles elle peut se manifester. Ainsi, il n’y a pas de mendiants à Cuba, ni d’enfants fouillant dans les poubelles pour trouver à manger ; l’éducation est gratuite à tous les niveaux, de même que les soins médicaux et hospitaliers ; la sécurité sociale est assurée.

La pauvreté est vécue ou subie quand l’alimentation est inadéquate et ne couvre pas les besoins nutritionnels, quand les conditions de vie ne satisfont pas les besoins ou quand on vit entassé avec d’autres, quand les produits d’entretien et de ménage et les produits d’hygiène, les vêtements ou les chaussures sont parfois inaccessibles parce que les prix de ces produits sont ostensiblement élevés et que le revenu n’est pas suffisant et ne correspond ni à la quantité ni à la qualité du travail effectué ; quand le loisir, ou même l’achat d’un bon livre, constituent un luxe pour beaucoup. Tous ceux qui se trouvent dans de telles conditions, sont, en un sens, pauvres.

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