La démocratie en sursis, par Marc Harpon

La France vient d’élire François Hollande à la présidence de la République. Dans les conditions politiques du deuxième tour, il n’y avait évidemment pas de meilleur choix. Le risque n’est cependant pas nul qu’avec l’effacement des communistes, en 2017, ce soit Marine Le Pen qui arrive aux affaires.

L’obstination de la « gauche » à ne pas remettre en question l’adhésion à l’Union Européenne atteint en effet le sommet de l’absurdité. D’ici à 2013, pour honorer nos engagements européens, nous devrons ramener les déficits publics à 3% du Produit Intérieur Brut. Cliquez sur la date, en bas à gauche de l’écran de votre PC et vérifiez avec moi : 2013, c’est l’an prochain! Or, la hausse des prix du pétrole alimente l’inflation et le chômage frôle les 10%, ce qui affaiblit le pouvoir d’achat des ménages, tandis que les conditions de crédit faites aux entreprises françaises s’ajoutent à la réduction de leurs marges pour les décourager d’investir (donc de créer des emplois). De plus, il est fort peu probable que la demande extérieure vienne dynamiser l’activité : l’Italie et l’Espagne, respectivement le deuxième et le troisième partenaires économiques de l’Hexagone, sont beaucoup plus touchées que nous par la crise économique. Comment donc tenir la promesse d’une réduction à 3% du PIB de nos déficits publics?

La réponse à cette question dépend de celle qu’on apporte à cet autre problème : veut-on que l’UE ou que la France s’effondre? Le non-respect de nos engagements accélérerait le naufrage de l’Union mais offrirait à notre pays la perspective d’un redressement à moyen terme. Pour complaire à Merkel, il faudrait en effet continuer à réduire les dépenses de l’État, notamment en supprimant des postes dans la fonction publique (donc en gravant le problème du chômage et, par conséquent, ce lui de la faiblesse de la demande intérieure). Les prestations sociales également risquent de subir des coupes drastiques, qui pèseront très lourd sur les conditions de vies des plus modestes. A moins que, Agamemnon ayant sacrifié Iphigénie, le vent ne tourne subitement, emportant avec lui jusqu’au souvenir de la crise et que les dieux olympiens, ayant abandonné les grecs ne décident, pour je ne sais quelle raison, de reporter leur faveur sur nous et de nous offrir un taux de croissance à la chinoise. D’après les Tirésias du FMI, pourtant, la croissance française devrait cette année atteindre les 0,5%.

François Hollande rassure, parce qu’il incarne l’alternance. Mais la situation économique fait qu’il n’y a pas d’alternative ou, du moins, qu’il n’y a pas d’alternative à l’intérieur du capitalisme et de l’UE. D’où l’importance d’un bon score de la gauche de la gauche aux législatives. Certes, Jean-Luc Mélenchon demeure européen, en ce sens qu’il veut réformer l’UE plutôt que de la faire éclater. Mais on peut croire que lui et les siens pourraient, quand la France sera mise au pied du mur ou du précipice, se réveiller de leur sommeil dogmatique et défendre la ligne politique d’une rupture avec l’UE. Si d’aventure, personne à gauche ne devait sortir de l’eurolâtrie, les conséquences en seraient catastrophiques. Un pays rendu exsangue par les diktats de l’UE n’aura d’autre choix que de se tourner vers celle qui a créé la surprise de cette élection présidentielle : Marine LePen. Elle et son parti de boutiquiers auront été les seuls à se positionner frontalement contre l’Union Européenne, le Parti Communiste étant désormais membre du PGE pro-UE.

Hollande, c’est la démocratie en sursis (et un sursis, c’est mieux que rien, non?). Nous avons gagné du temps, mais, à défaut de poser à gauche le problème de notre adhésion à l’UE, en 2017, Marine Le Pen sera face à la droite au deuxième tour et, même si elle perdait, il y a fort à parier qu’elle ferait son entrée au gouvernement, chassant du même coup l’héritage de la Révolution Française et du CNR, déjà entamé par la présidence de Nicolas Sarkozy.

4 commentaires

  1. Votre position est également dogmatique. Relisez la position du front de gauche sur l’Europe. Une Europe sociale, solidaire, culturelle, écologique, une Europe des peuples, est aussi possible. Notre cible n’est pas l’UE, c’est le capitalisme, et pas seulement la capitalisme financier.
    Oui, les législatives doivent marquer une nouvelle avancée pour faire basculer les socialistes du bon côté. Et même après les législatives, il faudra se battre au quotidien. Ce n’est pas gagné le combat sera rude.

    • Je reconnais là ta violence primaire ! Mais le dogmatisme pur & dur & le résumé de la situation à noir ou blanc, interdit de discerner l’ensemble des zones de gris qui constituent ce monde… Hollande n’est pas la panacée, mais c’est mieux que Sarkozy, le PCF ou le front de gauche ne sont pas la perfection, mais ils proposent des alternatives intéressantes que les militants ont le pouvoir de faire évoluer ! À bientôt camarade !

  2. Je ne suis pas certain d’avoir été compris, cher camarade. Je suis d’accord avec l’idée qu’Hollande serait mieux que Sarkozy : je l’ai même écrit ci-dessus : « un sursis, c’est mieux que rien, non? ». Quant au Front de Gauche, je ne nie pas sa capacité à évoluer. Je l’appelle même de mes voeux et l’espère. Ainsi, j’écris dans cet article qu’on peut s’attendre à ce que JLM et le Front de Gauche se « réveillent de leur sommeil dogmatique » quand on sera au pied du mur. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’insiste sur l’échéance des législatives, qui peut et doit déboucher sur le plus de victoires possibles de la gauche de la gauche. Quant à la possibilité d’une Europe des peuples évoquée par Titus, j’aimerais bien savoir quand il projette qu’elle se réalise. Parce que, Marine Le PEn est déjà à 17% et qu’on n’a pas le temps d’attendre : 2013, c’est dans six mois. Je ne serais pas « dogmatiquement » contre une « Europe des peuples » mais il me semble peu probable qu’elle arrive à temps pour exclure le pire. Notre désaccord ne porte pas sur la question de savoir quoi faire, mais sur celle de nos chances de réussites. Je crois comme vous qu’il faut soutenir le Front de Gauche aux législatives car s’il réussit, la France peut s’en tirer (à condition qu’il se dote de la revenication anti-européenne que j’évoque). Mais, contrairement à vous, je ne crois pas que ses chances de réussites soient énorme, du moins alors qu’on aurait le plus besoin de lui. Je ne les crois pas nulles non plus, mais j’ai le sentiment que le plus probable est que le risque de l’extrême droite se réalise?

  3. François Hollande se pointe et adios la retraite à 60 ans sauf pour ceux qui…et encore faut voir quoi…
    Alors, je fais bien de venir faire un tour ici parce que ça dérape !
    Vous avez intérêt à vous reprendre. Fidel Castro est pas content, mais alors pas content du tout !


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