L’attaque contre l’éducation publique, par Noam Chomsky

source : http://www.cubadebate.cu/opinion/2012/04/08/noam-chomsky-el-ataque-a-la-educacion-publica/, 8 avril 2012

Changement de Société remercie Maurice Lecomte pour cette traduction.

Bénéficiaires du GI Bill, Indiana University

Tableau 5  Retour sur investissement du GI Bill of Rights

En dollars 1952

en dollars 1994

Coût total pour envoyer les GIs à l’université

7 milliards

38,7 milliards

Produit économique additionnel dû à une éducation élargie

35,6 milliards

196,7 milliards

Recettes fiscales fédérales supplémentaires

12,8 milliards

70,7 milliards

Gains totaux

48,4 milliards

267,4 milliards

Gain pour chaque dollar investi

2 $

7 $

Source : « A Cost-Benefit Analysis of Government Investment in Post-Secondary Education Under the World War II GI Bill », Subcommittee on Education and Health of the Joint Economic Committee, December 14, 1988 and Labor Institute and Public Health Institute, Corporate Power and the American Dream: Toward an Economic Agenda for Working People. New York: The Apex Press, 1997. Voir note de bas de page. L’illustration et le tableau ont été insérés par le traducteur du texte.

L’éducation publique estl’objet d’attaquesdans le monde entier. En réponse, il y a dernièrement eu desmanifestations étudiantesen Grande-Bretagne, au Canada, au Chili, à Taiwan et ailleurs.

La Californie est égalementun champ de bataille. Le Los Angeles Times rapporteun nouveau chapitrede la campagnepour faire périr ce qui a étéun des systèmede l’enseignement supérieur public les plus importantsdu monde : les autoritésde l’Universitéde Californieont annoncé leur intentionde gelerles inscriptionsdu printemps prochaindans la plupart descampuset mettresur uneliste d’attente tous les candidatsà l’automne prochain, au vu des résultats attendus du vote de novembre sur l’état des comptes.

Un désinvestissementsemblable se passedans tout le pays. Dans la plupart desEtats, rapporte le New York Times, ce sont les frais de scolarité, les crédits non étatiques quicouvrentl’essentiel du budget, de sorte que c’est peut-êtrela finde l’ère de l’accessibilité de quatre ans auxuniversités publiques, fortement subventionnées par l’Etat.

Il estde plus en plusbanalque les collèges communautairessoient face àdes perspectives similaires, et les déficitsde s’étendre au niveau K12 [faillite].

Il y a eu unchangementdans la conviction que nous bénéficions del’enseignement supérieurentant que nation. Cette idée a cédé la place à la croyanceque les gensqui reçoiventl’éducation la plusavantageusedevraient donc nécessairement en payer le prix, conclutRonaldG.Ehrenberg, directeur du système universitaire de l’Etatde New York etdirecteur de l’InstitutCornell pour la recherchesur l’enseignement supérieur.

Une description plus précise, je pense, de l’échec de leur conception, est révélée par une étude récente menée par l’Institut de Politique Économique (EPI, pour le sigle en anglais), qui a longtemps été une importante source d’informations et d’analyses fiables quand à la situation et au statut de l’économie.

L’étude de EPI analyse les conséquences de la transformation de l’économie en une génération, d’une production nationale à la financiarisation et la sous-traitance. De par sa conception, il y a toujours eu des alternatives.

L’une des justifications principale de la conception, est ce que le prix Nobel Joseph Stiglitz a appelé la religion des marchés devant conduire à des résultats efficients, qui a récemment reçu un autre coup dévastateur avec l’effondrement de la bulle immobilière, laquelle a été ignorée avec des arguments doctrinaux, ce qui a abouti au déclenchement de la crise financière actuelle.

Bien des affirmations sont faites sur les avantages supposés de l’expansion radicale des institutions financières depuis les années 1970. Une plus convaincante a été fournie par Martin Wolf, principal correspondant économique pour le Financial Times : un secteur financier incontrôlé mange de l’intérieur l’économie de marché moderne, de la même manière que la larve mange l’organisme où elle est déposée.

L’étude de l’EPI note le fait que la conception est basée sur [les intérêts immédiats de] la classe [sociale supérieure]. Pour les concepteurs le succès retentissant, est révélé par l’étonnante concentration de la richesse du un pour cent du haut de la société, en fait, du 0,1 pour cent plus élevé, tandis que la situation de la majorité a été réduite à une quasi-stagnation voire au déclin.

En bref, chaque fois qu’ils le peuvent, les dirigeants de l’humanité agissent selon leur vile maxime … tout pour nous-mêmes et rien pour les autres, comme Adam Smith l’a expliqué il y a longtemps.

L’éducation publique de masse est l’une des grandes réussites de la société américaine. Elle a eu de nombreuses dimensions. L’un de ses objectifs a été de préparer les agriculteurs à la vie en tant que salariés indépendants, à tolérer ce qu’ils considéraient alors comme un quasi-esclavage.

L’élément coercitif n’a pas été perdu. Ralph Waldo Emerson a observé que les dirigeants politiques appellent à l’éducation populaire, car ce pays se remplissant de milliers et millions d’électeurs, ils craignent que non éduqués ils ne leur sautent à la gorge. Mais vraiment éduqués : il s’agit de limiter leurs perspectives et compréhension, ce qui décourage la pensée libre et indépendante, et d’enseigner l’obéissance.


La vile maxime et son application régulière ont généré une résistance, qui à son tour ravive les mêmes craintes parmi l’élite. Il y a 40 ans il y avait une grande inquiétude que la population parvienne à se libérer de l’apathie et de l’obéissance.


Au sein des milieux libéraux internationaux de choc, le
groupe politique non gouvernemental de la Commission trilatérale auquel s’est référé une grande partie de l’administration Carter, a émis des avertissements sévères en 1975 concernant l’excès de démocratie, dû en partie à l’échec des institutions responsables de l’endoctrinement des jeunes. Au sein de la droite, un mémorandum important de 1971 de Lewis Powell, dirigeant de la Chambre de Commerce des États-Unis, principal organisme patronal, regrettait que les radicaux se soient emparé de tout – des universités, des médias, du gouvernement, etc. – et il exhortait la communauté patronale à ce qu’elle utilise son pouvoir économique pour inverser l’attaque contre leur forme appréciée de vie – bien connue de lui. En tant que lobbyiste de l’industrie du tabac, il était tout à fait familiarisé avec le fonctionnement de l’Etat-providence pour les riches, qu’il a appelé marché libre.

Depuis lors, de nombreuses mesures ont été prises pour rétablir la discipline. La première a été une croisade pour la privatisation plaçant le contrôle dans des mains fiables.

Une autre mesure a été l’augmentation spectaculaire des frais de scolarité, en hausse de 600% depuis 1980. Ils produisent un système d’enseignement supérieur avec une stratification économique beaucoup plus importante que dans tout autre pays, selon Jane Wellman, ancienne directrice du projet Delta Cost, qui surveille ces questions. L’augmentation des frais de scolarité pour les étudiants les prend au piège de la dette à long terme et, par conséquent, les placent dans la subordination au pouvoir privé.

Les justificatifs avancés sont des arguments économiques, mais ils manquent singulièrement de persuasion. Dans nombre de pays riches et de pays pauvres, y compris le Mexique tout à côté, les frais de scolarité sont encore gratuits ou nominaux. Cela a aussi été vrai aux États-Unis quand ils étaient un pays beaucoup plus pauvre après la Seconde Guerre mondiale, et où de nombreux étudiants ont pu entrer dans les universités dans le cadre de l’initiative GI [voir note] – et même, en laissant de côté l’importance dans l’amélioration de la vie [des individus citoyens], acteur d’une croissance économique particulièrement élevée.

Un autre instrument a été la privatisation des universités. Cela a conduit à une augmentation spectaculaire/drastique des couches de gestionnaires, souvent issus de secteurs professionnels plutôt que du monde enseignant comme auparavant, et l’imposition d’une culture d’efficacité entreprenariale – une notion idéologique pas seulement économique.

Un exemple en est la décision d’éliminer des programmes des Collèges de l’État, les soins infirmiers, l’ingénierie de l’informatique, parce qu’ils sont chers, et qu’il s’avère que sont des professions où il y a pénurie de main-d’œuvre, tel que rapporté par le New York Times. La décision affecte la société, mais adhère à une idéologie de gains à court terme d’entreprise, indépendamment des conséquences sur l’homme, et ce en fonction de la vile maxime.

Certains effets plus insidieux concernent l’enseignement et la surveillance. L’idéal de l’éducation des Lumières a été capturé dans l’image d’un enseignement suspendu à un fil que les étudiants suivent chacun à sa manière, en développant sa créativité et son indépendance de pensée.

L’alternative est rejetée, présentée comme l’image de verser de l’eau dans un vase ayant de nombreuses fuites [le tonneau des danaïdes], comme nous le savons tous par expérience. Cette dernière approche comprend l’apprentissage par tests et autres mécanismes qui détruisent l’intérêt des étudiants et cherchent à les faire entrer dans un moule facilement contrôlé. C’est aujourd’hui quelque chose de très familier.

Le nouveau livre de Noam Chomsky, Making the future : occupations, interventions, empire and resistanceBâtir l’avenir : occupations, interventions, l’Empire et la Résistance, est dans la collection présentée par le New York Times.

(Tiré de La Jornada)

Note ; Le rôle de l’éducation dans le développement économique des États-Unis : le cas du GI Bill

http://mondesfrancophones.com/espaces/politiques/le-role-de-l%E2%80%99education-dans-le-developpement-economique-des-etats-unis-le-cas-du-gi-bill/

Ce long article est une analyse de l’opération GI Bill très intéressant à lire.

Un commentaire

  1. Bonjour ,
    Aucun rapport avec l’article : Le sommet de l’OEA
     » Ce sera le dernier sommet sans Cuba  » aurait dit Dilma Roussef au grand messie cosmoplanétaire de al Case Blanche .
    http://www.cartacapital.com.br/internacional/o-pato-donald-pode-ficar-de-fora/

    https://www.defesa.gov.br/phocadownload/arquivos_resenha/2012-04-14/resenha%20completa%20-%2014%20abr%202012.pdf

     » A posição dos EUA e do Canadá foi alvo de críticas feitas pelo chanceler da Venezuela, Nicolás
    Maduro. Ele disse que os dois países mantêm atitudes retrógradas por não manifestarem apoio à Argentina
    e também porque são contrários à presença de Cuba no encontro.
    – Não devem existir possessões coloniais em nossa América – disse Maduro.
    Diversos países já afirmaram, inclusive o Brasil, que esta será a última cúpula sem a presença de
    Cuba. »

     » É desta forma que a presidente Dilma desembarca em Cartagena. O recado antecipado dela foi que
    esta é a última cúpula sem Cuba. Pode parecer mais um arroubo ideológico, mas a inclusão de Cuba nas
    instituições que unem os países das Américas é uma antiga posição da política externa brasileira. Além
    disso, hoje, mais do que nunca, a exclusão de Cuba pode ferir interesse das empresas brasileiras que
    querem ter negócios na ilha e nos Estados Unidos. »

    Bonne Lecture
    Daniel BESSON


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