Deng Xiaoping et John Maynard Keynes (3/5), par John Ross

source :  Key Trends in the world economy (Royaume-Uni/Chine)

traduit de l’anglais par Marc Harpon et Maurice Lecomte pour Changement de Société

John Ross enseigne l’économie à l’Université Jiao Tong à Shangai. La première partie de son article est disponible ici : https://socio13.wordpress.com/2012/03/03/deng-xiaoping-et-john-maynard-keynes-15-par-john-ross/  La seconde  partie est lisible .

L’échec des tentatives de réfuter Keynes sur la hausse du poids de l’investissement

Au milieu du vingtième siècle, des tentatives ont été faites de réfuter cette conclusion de l’économie classique, issue à l’origine de Smith, que le poids de l’investissement dans l’économie augmentait- Milton Firedman a écrit un livre, A Theory of the Consumption Fonction, pour essayer de réfuter Keynes sur ce point (Milton Friedman, 1957). Toutefois, les découvertes de l’économétrie moderne allant dans le sens de Smith et Keynes et contre Friedman sont concluantes- la démonstration qui a clos le débat, comme souvent sur des questions liées à la croissance économique sur le long terme, ayant été donnée par Angus Maddison (Maddison, 1992). Dans les faits, conformément à l’analyse de l’économie classique et de Keynes, le poids de l’investissement dans l’économie tend à s’élever. Pour illustrer cela, le tableau 1 montre la part de l’investissement en capital fixe dans de grandes économies sur des périodes de croissance successives au cours de l’ère de 300 ans pour laquelle des statistiques signifiantes existent.

Figure 1

Une raison pour laquelle Friedman a tenté, sans succès, de réfuter Keynes sur la croissance du poids de l’investissement dans l’économie est qu’une telle tendance, comme on le verra, est potentiellement dérangeante- Friedman a remarqué : « la proposition analytique centrale dans l’architecture [de la théorie] est le refus que l’équilibre à long terme d’une économie de libre-entreprise soit nécessairement le plein emploi » (Friedman, 1957, p. 237).

La demande effective

Il y a un parallélisme entre l’analyse de Keynes et celle de Marx concernant le rôle du profit et de l’investissement. Marx a remarqué que, sans facteurs de distorsion, une augmentation du poids de l’investissement dans l’économie conduirait à une baisse du taux de profit, comme conséquence nécessaire d’une augmentation du capital investi relativement aux profits- en d’autres termes, l’augmentation de la division du travail, par son effet sur le poids de l’investissement dans l’économie, analysé par Smith, a créé une tendance à la baisse du taux de profit (Marx, 1894, pp. 317-375).

Keynes a également traité des fluctuations économiques à travers le thème du profit : « Le cycle commercial est le mieux décrit quand on le présente comme provoqué par un changement cyclique de la productivité marginale du capital » (Keynes, 1936, p. 313). Toutefois, la démarche spécifiquement keynésienne a été de traiter les conséquences potentiellement dérangeantes de la hausse du poids de l’investissement à travers le thème de la demande effective.

La demande effective est composée à la fois de la consommation et de l’investissement, étant admise la tendance de ce dernier, remarquée plus haut, à augmenter relativement à la première avec le temps. Keynes a donc remarqué : « quand le revenu réel agrégé augmente, la consommation agrégée augmente, mais pas d’autant […] Donc, pour rendre compte de tout niveau d’emploi, il doit exister un niveau d’investissement suffisant pour absorber l’excès du revenu total sur ce que la communauté choisit de consommer quand l’emploi est à ce niveau donné […]. Il s’ensuit […] que, étant donné ce que nous appellerons la propension de la communauté à consommer, le niveau d’équilibre de l’emploi, c’est-à-dire le niveau auquel les employeurs ne sont incités ni à augmenter ni à diminuer l’emploi, dépendra du niveau de l’investissement » (Keynes, 1936, p.27)

Keynes a noté qu’aucun mécanisme automatique n’assurait un volume d’investissement nécessaire au maintien de la demande effective : « la demande effective associée au plein-emploi est un cas particulier […] Elle ne peut exister que quand, volontairement ou par accident, l’investissement fournit un niveau de demande exactement égal à l’excès de la valeur agrégée de la production offerte sur ce que la communauté choisira de dépenser en termes de consommation quand elle sera employée dans sa totalité. » (Keynes, 1936, p. 28). Sous forme d’aphorisme : « Un acte, d’épargne individuel signifie- pour ainsi dire- une décision de ne pas dîner ce soir ou de ne pas acheter une paire de botte cette semaine ou cette année » (Keynes, 1936, p. 210). Dans une terminologie plus technique : « L’erreur réside dans […] l’inférence qui veut que, quand un individu épargne, il augmente l’investissement total d’un montant égal »v(Keynes, 1936, p. 83)

Toute baisse de l’investissement serait amplifiée et poussée dans des fluctuations cycliques encore plus fortes par le « multiplicateur » économique bien connu : « C’est […] vers le principe général du multiplicateur que nous devons tourner nos regards pour expliquer la façon dont les fluctuations dans l’investissement total, qui sont une partie relativement faible du revenu national, sont capables de générer une fluctuation de l’emploi total et du revenu d’une amplitude si grande comparée à la leur » (Keynes, 1936, p. 122). De telles fluctuations de l’investissement, combinées à la consommation, déterminent à leur tout l’emploi : « La propension à consommer et le taux des nouveaux investissement déterminent par leur interaction le volume de l’emploi » (Keynes, 1936, p.30)

De cette analyse, Keynes a tiré des conclusions clés en matière de politique économique.

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s