Deng Xiaoping et John Maynard Keynes (2/5), par John Ross

source : Key Trends in the World Economy (Chine/Royaume-Uni), 5 février 2012

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

John Ross enseigne l’économie à l’Université Jiao Tong à Shangai. La première partie de son article est disponible ici : https://socio13.wordpress.com/2012/03/03/deng-xiaoping-et-john-maynard-keynes-15-par-john-ross/  Elle est assortie d’une introduction, qui résume le parcours intellectuel et politique de l’auteur et propose quelques liens sur les textes publiés sur ce blog sur des questions voisines.

Dans l’ouvrage fondateur de l’économie classique, La Richesse des Nations, Adam Smith identifiait la division du travail comme la force fondamentale augmentant la productivité, affirmant, dans la phrase d’ouverture du premier chapitre : «Les plus grands progrès de la puissance productive du travail, et l’essentiel de l’habileté, de la dextérité, et du bon sens avec lesquels il est fait dans quelque but que ce soit, semblent avoir été la conséquence de la division du travail » (Smith, 1776, p.13)/ Smith est arrivé à la conclusion qu’une conséquence nécessaire de l’augmentation de la division du travail était que le poids de l’investissement dans l’économie s’élevait avec le développement : « l’accumulation du capital [stock] doit, dans l’ordre des choses, première par rapport à la division du travail, de telle sorte que le travail soit de plus en plus divisé à mesure que s’accumule de plus en plus de capital […]. A mesure qu’avance la division du travail, donc, pour fournir un emploi permanent à un même nombre de travailleurs, une quantité égale de nourriture et une plus grande quantité d’outils et de matériaux doivent être accumulées au préalable » (Smith, 1776, p. 277). Un traitement plus complet de la position de Smith peut se trouver dans (Ross, 2011). Marx est arrivé à la même conclusion que Smith, affirmant que la contribution de l’investissement s’élevait à mesures que l’économie se développait, ce qu’il a appelé le changement de « la composition organique du capital » (Marx, 1867, p. 762).

Keynes a expliqué de la même façon que le poids de l’investissement dans l’économie s’élevait avec le développement économique. Son explication était, toutefois, quelque peu différente de celle de Smith, puisque Keynes se fondait sur la hausse du niveau de l’épargne accompagnant le développement. Étant donné que le pourcentage du revenu consommé devait diminuer avec l’augmentation de la richesse, la proportion dédiée à l’épargne devait nécessairement s’élever dans la même proportion : « les hommes sont disposés […] à augmenter leur consommation quand augmente leur revenu, mais dans une proportion moindre que la hausse de leurs ressources […] Un revenu plus élevé en valeur absolu tendra à […] accroître la différence entre le revenu et la consommation » (Keynes, 1936, p. 36). Etant donné que l’épargne totale est nécessairement égale à l’investissement total, une augmentation du poids de l’épargne équivaut donc nécessairement à une augmentation de la poids de l’investissement.

Une conséquence nécessaire d’une augmentation du poids de l’investissement dans l’économie est que les effets d’un éventuel déclin de l’investissement s’aggravent à mesure que l’économie se développe : « plus une communauté est riche, et plus grand sera l’écart entre sa production réelle et sa production potentielle […] Car une communauté pauvre sera encline à consommer une part nettement plus grande de sa production, ce qui fait qu’un très faible niveau d’investissement devra y être suffisant pour fournir le plein emploi ; alors qu’une communauté riche devra devra découvrir beaucoup plus d’opportunités d’investissement si la tendance à l’épargne de ses membres les plus riches doit être compatible avec l’emploi de ses membres les plus pauvres. Si dans une communauté potentiellement riche l’incitation à l’investissement est faible […] le fonctionnement du principe de la demande effective la forcera à réduire se production réelle,jusqu’à ce que, en dépit de sa richesse potentielle, elle soit devenue si pauvre que son surplus après consommation soit suffisamment diminué pour correspondre à la faiblesse des incitations à l’investissement » (Keynes, 1936, p. 31).

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