Lettre du PRCF au citoyen Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidence de la République.

source : Pôle de Renaissance Communiste en France, 10 févirer 2012

Cher citoyen Mélenchon,

Le Pôle de Renaissance Communiste en France a, à plusieurs reprises, sollicité une rencontre avec  vous, y compris par l’intermédiaire de militants et de cadres du Parti de Gauche. Aucune réponse, fût-elle négative, ne nous a été donnée et nous ne comprenons pas cette attitude. Nous souhaitons pouvoir échanger nos analyses pour définir nos divergences et surtout nos convergences. Cela n’a pu se réaliser jusqu’à présent mais nous sommes évidement prêts à une telle rencontre, si vous la jugez également utile.

Toujours est-il que les élections présidentielles s’approchant, la situation politique étant ce qu’elle est, nous souhaitons vous adresser ce courrier afin de clarifier un point qui nous parait fondamental.

Nous avons apprécié, et nous l’avons dit publiquement, un certain nombre de vos positions: sur Cuba socialiste, sur l’Amérique Latine, sur Stalingrad, sur le Tibet, sur le patriotisme, sur la République, sur la laïcité….

Cependant vous n’êtes pas sans savoir que subsiste entre nous une divergence politique importante sur l’analyse que nous faisons respectivement de l’Union Européenne. Vous et le Front de Gauche affirmez la possibilité d’une « Europe sociale ». Pierre Laurent, président du Parti de la Gauche Européenne, ne cesse d’intervenir en défense de l’euro, au nom duquel tous les acquis sociaux et toutes les souverainetés nationales sont ravagés, et d’affirmer qu’on peut transformer ce poison violent qu’est la monnaie unique en un outil au service du progrès.

Comme d’autres forces politiques progressistes, nous pensons au contraire que l’UE est intrinsèquement une construction du capital, que l’Euro est l’axe structurant de cette politique de guerre au monde du travail et aux nations constituées. Nous jugeons donc impossible une orientation progressiste de l’UE : on ne transforme pas un crocodile en doux végétarien. Rappelons que 80% de la classe ouvrière, selon les derniers sondages, partage notre constat et plus largement  les couches populaires de façon majoritaire.

Bien entendu il ne s’agit pas simplement de constater la divergence mais d’étudier la manière de la surmonter de façon dynamique, dans une perspective qui nous serait éventuellement commune, et cela dans une situation où notre pays vit sa crise existentielle la plus grave depuis 1940, ce qui appelle à des efforts unitaires de tous les patriotes progressistes. Et cela d’autant plus qu’il serait gravissime d’abandonner au FN le combat contre l’euro : ce combat, à la fois national et social, fut en effet au cœur de la campagne du PCF de G. Marchais et de la CGT d’Henri Krasucki pour le  « non » à Maastricht, qui impliquait le « non » à la monnaie unique.

C’est pourquoi nous souhaitons vous interpeller sur une question cruciale.

Si une fois élu président, vous constatiez,  – ce qui nous parait inéluctable au vu des rapports des forces en Europe et en Allemagne -, que vos propositions pour transformer l’UE se heurtent au refus des autres gouvernements de l’UE (menaces et sanctions financières à l’appui),

quelle serait votre attitude ?

 

Vous soumettre en attendant des jours meilleurs comme l’a fait Jospin en 1997 ? Ou bien vous battre frontalement pour dégager notre pays de l’étau qui paralyse toute alternative progressiste, y compris jusqu’à la sortie unilatérale de l’euro et à la rupture totale avec l’Europe supranationale du grand capital ? Le vote de millions de citoyens dépend en réalité de la levée de toute ambiguïté sur cette question.

Ce point est en effet fondamental non seulement en termes stratégiques mais en termes tactiques et électoraux, en particulier vis-à-vis de notre combat commun et radical contre le Front dit National dont la montée en puissance repose largement sur l’exploitation de l’aspiration très légitime de la classe ouvrière à « produire en France » et à rompre avec le libre-échangisme mondial, qui n’est que le masque de la domination planétaire des monopoles capitalistes. C’est d’ailleurs dans le fait que le FN feint de récupérer le combat de G. Marchais pour produire en France (avec des Français et des immigrés, faut-il le dire !) et pour défendre la souveraineté de notre pays et son droit à coopérer avec tous les pays du monde que prend naissance l’écho ouvrier et populaire très alarmant suscité par Marine Le Pen.

L’affirmation, par un candidat progressiste, de cette double dimension idéologique: le combat pour l’indépendance nationale et  l’engagement pour la solidarité internationale des peuples (une solidarité qui dépasse et de loin le cadre européen), nous parait une condition nécessaire pour rassembler l’électorat ouvrier et populaire car, comme le disait Jean Jaurès, « la souveraineté politique du peuple est le socle de l’émancipation sociale » et aussi : « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène ».

Enfin, et parce que notre pays est entraîné vers des chemins très dangereux par l’oligarchie capitaliste, nous voudrions que vous affirmiez avec clarté qu’une République présidée par Jean-Luc Mélenchon ne se trouvera mêlée, ni de près ni de loin, à une intervention impérialiste en Iran ou en Syrie, comme elle le fut tout récemment en Libye.

Voilà, cher citoyen Mélenchon, ce que nous tenions à vous dire
dans l’attente d’une réponse à notre interrogation qui n’a cure de l’esprit de chapelle et relève exclusivement de ce qui est notre responsabilité à tous : permettre à une dynamique progressiste et à une perspective révolutionnaire de s’affirmer à un moment où se décident l’avenir, et même la survie au 21ème siècle, d’une France républicaine et sociale.

Salut et fraternité !

Pour le PRCF,

* Léon Landini, président du PRCF, a. officier FTP-MOI, Grand Mutilé de Guerre, Médaille de la Résistance et officier de la Légion d’honneur
*
Pierre Pranchère, vice-président du PRCF, a. député, ancien FTPF, Combattant volontaire de la Résistance
*
Jean-Pierre Hemmen, vice-président du PRCF
*
Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF
*
Antoine Manessis, secrétaire à l’action unitaire
* Jany Sanfelieu, secrétaire à l’orga.
* Annette Mateu Casado, trésorière nationale du PRCF

2 commentaires

  1. comme militant du PCF j’avais voté pour andré Chassaigne mes camarades ont choisi Melanchon je le soutiendrait loyalementmais j’aimerai aussi etre tranquilisé sur sa position qui est identique à celle de la direction de croire que l »Europe actuelle est reformable (dans quel delai? si tant est qu’elle soit reformable) quand à sa position sur la Syrie et l’Iran j’ai cru comprendre qu’il n’etait pas pour une intervention.Je tiens à insister sur l’Europe une Europe respectueuse des souverainetés des peuples et des Nations qui la compose OUI une Europe supranationale NON.Je sais que Melanchon dis qu’une fois au pouvoir il n’apliquerait pas les clauses des traités européen cela me donne l’impression qu’il reconnait le coté néfaste de l’europe actuelle mais qu’il ne veut pas en tirer les consequences,Gageons que si les traités europeens instituaient dans le marbre l’option anticapitaliste la plus grandes partie des 3grands » européens quiteraient immediatement une telle europe.

    VIVE LA REPUBLIQUE VIVE LA FRANCE ET L’ALGERIE

    LA PATRIE OU LA MORT

  2. Effectivement au plan des aventures guerrières du capitalisme la position du Front de Gauche ne correspond pas d’une analyse objective de la situation. La Syrie, l’Iran,ont des positions anti-impérialistes, soutenant par exemple le Peuple Palestinien de tous temps. Ma méfiance première sur la version des évènements selon la propagande officielle des pays de l’OTAN vient de ce que la Ligue Arabe des pays féodaux plongés dans une dictature féroce prétendent donner des leçons. Alors même que les révoltes chez eux ont été rapidement étouffées dans l’oeuf ! Maintenant sur la politique intérieure de la Syrie et de l’Iran, qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son, nous ne savons pas quel soutient majoritaire s’il en est, ont-ils de leur Peuple? Le complot exrérieur existe et grâce a elle d’ailleurs que s’est déclenchée la guerre civile Syrienne En Syrie des réformes ont été annoncé et seront sanctionnées prochainement d’un referendum. Un manque certain de lucidité, de clairvoyance des dirigeants qui auraient dû prévoir ce changement beaucoup plus tôt et peut-être éviter cette déchirure dans la population sur laquelle l’OTAN a sauté dessus à pieds joints !Dommage qu’il ait manqué à ces dirigeants sans doute dès le début, une absence de confiance envers le¨Peuple Syrien pour ne pas avoir à en découdre avec ceux à tord ou à raison ont en tout cas enfourché les sirènes et les bottes de l’intervention étrangère !L’expérience de la Lybie aurait dû leur ouvrir les yeux ! Espérons que ces élections n’arrivent pas trop tard pour arrêter le drame ! Cela dit je pense aussi que les INFOS. dont dispose le F. d. G. sur ces évènements sont sans doute très incomplètes et erronnées par rapport à la réalité tant il est difficile d’échapper aux sirènes de la propagande par trop partiale des guerriers de l’OTAN ! Un regard de la situation un peu plus Internationaliste aurait sans doute permis une analyse plus réaliste !!!


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