L’Arabie Saoudite et le nucléaire- pourquoi pas de levée de boucliers ? Par Susan Webb

source : People’s World (Etats-Unis), 10 février 2012

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Affirmant qu’elle avait besoin de diversifier ses sources d’énergie, l’Arabie Saoudite a récemment annoncé son intention de lancer son propre programme nucléaire,. Mais un prince saoudien a soulevé la possibilité que le royaume développe des armes atomiques, si l’Iran rejoignait Israël dans le club des puissances nucléaires.

Pourquoi n’y-a-t-il pas eu de levée de bouclier de la communauté internationale ?

Tandis que les fonctionnaires iraniens, sincèrement ou non, insistent sur le fait que leur programme nucléaire est uniquement pacifique et énergétique, le Prince saoudien Turki al-Faisal, a ouvertement relié l’intérêt de son pays pour l’énergie nucléaire et celui qu’on peut porter aux armes nucléaires.

Si Israël et l’Iran ont tous deux des armes nucléaires, « c’est notre devoir envers notre nation et notre peuple de considérer toutes les options possibles, y compris la possession d’une de ces armes », a déclaré à Ryad, en décembre, durant une conférence sur la sécurité dans le Golfe Persique, le Prince Turki, un ancien chef des renseignements saoudiens et ancien ambassadeur aux Etats-Unis.

En décembre également, le Ministre Saoudien du Commerce et de l’Industrie, Abdullah Zainal, a dit à une conférence patronale États-Unis/Arabie Saoudite à Atlanta que son pays dépenserait 100 milliards de dollars à la construction de 16 centrales nucléaires durant les prochaines années pour générer de l’énergie.

Le 13 janvier, l’Arabie Saoudite a annoncé qu’elle avait signé un accord avec la Chine pour une coopération accrue en matière de développement et d’utilisation de l’énergie atomique, y compris concernant la maintenance et la construction de centrales nucléaires et de réacteurs pour la recherche, la manufacture et l’offre de combustible nucléaire.

« Le pacte avec la Chine est le quatrième accord nucléaire signé par l’Arabie Saoudite après des accords similaires avec la France, l’Argentine et la Corée du Sud », a rapporté le Wall Street Journal.

L’Arabie Saoudite a également eu des discussions avec les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et la République Tchèque sur une coopération accrue en matière d’énergie nucléaire, a dit le Wall Street Journal.

Ce n’est pas un programme nouveau. L’Arabie Saoudite a créé en 2010 la Cité Roi Abdallah pour l’Energie Atomique et Renouvelable, consacrée à la recherche et à l’application de la technologie nucléaires.

Bien que l’Arabie Saoudite et l’Iran sont considérés comme des ennemis jurés dans la lutte pour la domination de la région, leurs stratégies nucléaires ont beaucoup en commun.

L’Arabie Saoudite pétrolière est connue pour « avoir des difficultés à répondre à une demande d’électricité en croissance rapide ». D’après l’agence de presse Reuters, « le royaume prévoit de se tourner vers l’énergie solaire et finalement nucléaire pour réduire son besoin de brûler de l’essence pour produire de l’électricité et pour garder le pétrole pour le marché juteux de l’exportation ».

L’Iran, avec les quatrièmes réserves de pétrole au monde, fait indubitablement face aux mêmes problèmes.

Les deux pays partagent aussi d’autres caractéristiques.

Parlant du programme nucléaire saoudien dans des termes qui pourraient bien s’appliquer à l’Iran, le commentateur libanais Housam Matar écrit : « le programme est partiellement motivé par le besoin ressenti de faire passe r l’Arabie Saoudite d’une image de régime réactionnaire de rentiers corrompus à une image de modernité, de progrès et de science ».

Le pouvoir discret de l’Arabie Saoudite dans la région, « qui est essentiellement basé sur le prosélytisme sectaire et les injections d’argent » est en danger, affirme Matar.

« Puisque le régime n’est pas disposé à changer la nature de sa politique intérieure, il a opté pour le lancement d’initiatives dans d’autres domaines qui ne menacent pas son contrôle sur la société saoudienne. »

Le régime saoudien a promu l’idée d’un programme nucléaire comme un élément clé de la reconstruction du pouvoir en gants de velours de l’Arabie Saoudite.

« L’initiative nucléaire saoudienne vise donc moins l’Iran qu’elle ne cherche à renforcer la légitimité interne du régime saoudien et à consolider la cohésion populaire autour des dirigeants, qui est parasitée par l’incertitude, les rivalités de coulisses, et l’infirmité politique.

« La tentative vise aussi à renforcer la présence régionale du royaume. »

On peut dire des choses très similaires concernant l’Iran.

L’Iran est une théocratie répressive et a des liens avec des milices armées dans d’autres pays. L’Arabie Saoudite, une monarchie féodale, a été liée à des activités similaires, par exemple en Irak. Et elle est la patrie de la secte réactionnaire fanatique des salafistes, connus aussi comme wahabbites, auxquels la monarchie saoudienne est très liée. 15 des 19 terroristes du 11 septembre sont venus d’Arabie Saoudite, tout comme Ousama Ben Laden. Que se passerait-il si la technologie nucléaire tombait aux mains de semblables éléments ?

Pourtant, les médias étasuniens ont à peine murmuré concernant le programme nucléaire saoudien. Le Département d’État et les dirigeants européens semblent être restés silencieux sur la question, alors même qu’ils poursuivent une campagne de plus en plus agressive contre le programme nucléaire iranien, et que le Président Obama a fermement défendu la non-prolifération nucléaire. Les faucons républicains ont eux aussi été silencieux .

Pendant ce temps, le Sidney Morning Herald (Australie) note les liens étroits entre l’Arabie Saoudite et la puissance nucléaire pakistanaise :

« Durant les années 1980 et 1990, des centaines de millions de dollars saoudiens se sont déversés dans la construction des armes nucléaires pakistanaises, ce qui ne représentait pas moins de 60% du financement du programme. »

Cet argent a été donné, comme beaucoup le pensent, avec la conscience que le Pakistan pourrait constituer la protection nucléaire de l’Arabie Saoudite, ou, dans un futur plus ou moins proche, l’opportunité d’acheter des armes ou la technologie pour les fabriquer »

« La plupart des analystes sont convaincus que les saoudiens se tourneront vers le Pakistan » affirme le Morning Herald. Mais cela devra être fait discrètement, puisque « l’Arabie Saoudite, un proche allié des États-Unis, ne peut ouvertement acheter des armes nucléaires au Pakistan et le Pakistan, déjà mis au bans pour s’être doté de l’arme atomique, ne peut se permettre de passer, une fois encore, pour responsable de la prolifération »

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