Les sourires dans les jardins publics. Entretien avec le représentant de l’Unicef à Cuba (2/3)

José Juan Ortiz est le représentant de l'Unicef à Cuba.

Source : Bohemia, 25 novembre 2011

traduit de l’espagnol et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Anthropologue de formation, José Juan Ortiz représentel’Unicef à Cuba. Il répond aux questions de Dainerys Machado Vento et Vladia Rubio, deux journalistes de la “revue d’analyse générale” Bohemia, la plus ancienne et la plus prestigieuse publication cubaine, éditée à La Havane depuis 1908. La première partie de cet entretien est traduit ici.

Vingt ans après l’approbation de la Convention sur les Droits de l’Enfant, voudriez-vous parler des thèmes qui y sont liés ?

La Convention a été un accord, le plus petit dénominateur commun entre tous les pays du monde, dotés de systèmes politiques, économiques et sociaux différents ; de religions et de cultures diverses. Le développement économique et technologique génère de nouvelles formes de relations. La qualité des droits dont jouissent les enfants n’est pas la même dans les années 1990 et dans les années 2000.

La société infantile et juvénile sera également différente dans vingt ans de celle que nous connaissons, entre autres parce que les jeunes devront s’occuper de leurs aînés, qui augmenteront en nombre. Cela concerne déjà ceux qui naissent aujourd’hui, et, de ce fait, il faudra adapter la Convention, comme les lois, qui doivent coller à la réalité sociale.

Si la Convention dit que les enfants ont le droit d’avoir des opinions et de participer à tout ce qui les concerne, alors ce droit doit aussi être défendu par les politiques publiques et les choix d’investissement.

A mon époque, c’était presque un délit d’être rocker. Aujourd’hui, c’est de la culture de vieux. La police m’arrêtait parce que j’avais les cheveux longs, des colliers et des bracelets ; aujourd’hui, les icônes de l’adolescence sont tatouées des pieds à la tête. Il faut aussi comprendre la réalité de nos adolescents, et, surtout, leur droit à la participation. Ce denier ne signifie pas que nous, les adultes, nous devons faire ce qu’ils veulent, mais qu’en dictant d’égal à égal, il faut aborder les thèmes qui les touchent.

Alors, si les enfants sont concernés par toutes les sphères de la vie, pourquoi y-t-a-il des Etats qui s’efforcent de les écarter des thèmes politiques ?

La Convention octroie des droits politiques. Les enfants ont le droit d’avoir des opinions en la matière. Nous sommes humains et rationnels, parce que nous sommes caractérisés par la capacité de négociation, de consensus, parce que nous sommes des animaux politiques. Mais il y a des structures de pouvoir qui, maintenant les gens loin de la politique, créent des possibilités nombreuses d’actions malhonnêtes.

Il faut enseigner aux enfants comment vivre en utilisant tout ce qui est à leur portée. Ce qu’on ne peut pas imaginer c’est qu’un mineur de six ans décide de la politique économique quand il n’a pas même une idée de ce qu’est la macroéconomie. Mais dans le milieu familial, il doit apprendre à négocier ses priorités vitales. Ils sont petits, pas idiots, et si nous les consultions ils seraient plus responsables.

« En ce qui concerne la Convention, certains États donnent la priorité aux droits civils des enfants, et ensuite seulement aux droits sociaux ; mais c’est compliqué en ce qui concerne les droits de type politique et économique, bien que les plus petits soient aussi des citoyens à part entière.

C’est là une autre des controverses sur Cuba, puisqu’on l’accuse d’endoctrinement des enfants. Les enfants espagnols et français ne sont-ils pas endoctrinés ? Tous ne sont-ils pas dans la même situation ? Certains parlent d’éducation des citoyens et d’autres emploient d’autres termes, mais comment expliquer à ses enfants la constitutions du pays, les valeurs sociales dans lesquelles s’enracine son développement ?

Ce pays est un Etat socialiste, avec une série de valeurs représentées par les héros de la patrie, exactement comme les États-Unis, le Nigeria, la Pologne ou l’Espagne.

Mais quand on parle de Cuba, on appelle endoctrinement se processus d’apprentissage.

Ainsi fonctionnent les médias actuels. Ils ne bénéficient pas de la liberté de la presse mais de la liberté d’entreprendre. Celui qui contrôle la ligne éditoriale pratique l’endoctrinement : il crée une opinion publique en fonction de ses intérêts.

La presse opposée politiquement à Cuba a toujours une ligne éditoriale contraire aux choix de ce pays.
C’est pourquoi elle appelle endoctrinement ce qui se fait ici, mais qui est considéré comme normal ailleurs, parce que l’Etat a le devoir d’éduquer intégralement ses citoyens.

…pour respecter justement la Convention.

Le problème est que l’indépendance de jugement sur Cuba est très limitée ; es madias opposés à ce système agissent sur l’opinion publique.

La méconnaissance de l’île est si grave que des supposés experts m’ont interrogé sur la situation des enfants et sur la raison pour laquelle nous ne travaillons pas avec les enfants dans la rue. Je réponds qu’on ne fait rien avec ces enfants, parce que les enfants sont là où ils doivent être : à l’école ; et sur des thèmes comme la survie et les droits fondamentaux nous n’avons pas à investir une minute de notre temps, parce qu’ici ils sont garantis. Nous travaillons dans le domaine culturel et à d’autres niveau de développement.

L’Unicef doit dire que la mise en œuvre de la Convention des Droits de l’Enfant à Cuba est un modèle, et les rapports à ce sujet sont publics. Nous, qui pouvons jouir de telles conditions de travail, ne pourrions être plus satisfaits.

Sous d’autres latitudes, j’ai passé mon tout mon temps à enterrer des enfants, et à Cuba, je passe mon temps à jouer avec les enfants. J’ai beaucoup appris professionnellement parce que nous sommes face à des éléments propices à la culture et au développement.


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