Des manifestations massives provoquent la chute du gouvernement roumain, par Peter Schwartz

source : World Socialist Website, 7 février 2012

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société.

Changement de Société ne souscrit pas à l’intégralité du contenu de l’article ci-dessous. L’auteur, trotskiste, considère le socialisme roumain comme « stalinien » et ne mentionne pas le prestige qu’a gardé ce « régime » déchu en 1989, auprès des larges secteurs de la population, et dont témoignent par exemple cet article ou encore celui-ci.

Le gouvernement roumain a démissionné lundi, au milieu de manifestations de masse contre les mesures d’austérités de ces trois dernières semaines.

Le Premier Ministre Emil Boc a expliqué sa démission lors d’un conseil des ministres télévisé en disant qu’il voulait apaiser les tensions sociales sans compromettre ses mesures d’austérité très impopulaires. « J’ai pris cette décision pour relâcher la tension dans la situation politique et sociale du pays, mais aussi pour ne pas perdre ce que les roumains ont gagné »

Le Président Traian Basescu a immédiatement nommé l’ancien ministre de la Justice Catalin Predoiu au poste de premier ministre. A 43 ans, Predoiu est un politicien sans parti qui avait pris ses fonctions en 2008 en tant que membre du Parti Libéral National Libéral (PNL). Après l’élection d’Emil Broc du Parti Libéral-Démocrate en décembre 2008, un nouveau gouvernement s’est formé, et le PNL a été rejeté dans l’opposition. Predoiu est resté ministre de la justice et a démissionné de son parti. Il a joué un rôle clé dans les relations avec l’Union Européenne, dont la Roumanie fait partie depuis 2007.

On ne sait pas si Predoiu dirigera le gouvernement jusqu’aux élections générales prévues en Novembre ou si des élections anticipées auront lieu. Il y a des discussions sur la formation d’un régime « technocratique » similaire à ceux établis en Grèce et en Italie.

Durant les trois ans et demis de son mandant, le gouvernement Boc a mis en œuvre les plus sévères politiques d’austérité dans toute l’Europe. Bien que le salaire moyen en Roumanie soit de seulement 350 euros par mois, le gouvernement a baissé les traitements des fonctionnaires de 25% et augmenté la taxe sur la valeur ajoutée de 19 à 24%. Plus de 200 000 employés du service public ont perdu leur emploi depuis 2009.

En 2009, Boc a travailllé de près avec l’Union Européenne et le Fond Monétaire International et a imposé les coupes qui lui étaient demandées. Ces dernières étaient la condition imposée pour le prêt de 20 milliards de dollars demandé par le pays dans le but d’affronter la crise financière internationale.

Le FMI croit que le programme d’austérité de Boc se poursuivra après sa démission. Le représentant du FMI à Bucarest, Jeffrey Franks, a dit à Reuters qu’il ne s’attendait pas à ce que l’accord avec le FMI soit affecté par le changement de gouvernement.

« Je ne vois aucune raison que cela ait un effet matériel inévitable sur l’accord sur le sauvetage [de la Roumanie, ndt] » a déclaré Franks. « Tout porte à croire que l’accord sera maintenu »

Le fait que tous les partis d’opposition et les syndicats du pays soutiennent en principe les accords avec le FMI est un fondement capital de la conviction de Franks. C’est aussi la raison pour laquelle l’indignation populaire contre les mesures d’austérité est longtemps restée sans voix institutionnelle. Les syndicats ont trahi dans tous les conflits sociaux de ces dernières années, organisant des manifestations sporadiques et mollassonnes visant à les préserver de la tourmente.

La situation a changé en janvier, après la démission du Vice-Ministre de la Santé Raed Arafat. A la télévision nationale, le président Basescu avait qualifié Arafat de « menteur » et « d’ennemi des soins privés » parce qu’il s’opposait à la privatisation et à la destruction générale du système de santé.

Les manifestations en solidarité avec Arafat se sont rapidement changées en manifestations contre l’ensemble du programme d’austérité. Ces manifestations se sont déroulées essentiellement en dehors du contrôle des partis d’opposition et des syndicats, et se sont répandues dans le pays. La tentative du gouvernement d’intimider les manifestants avec des opérations policières brutales, des canons à eau, des gaz lacrymogènes, des arrestations et des amendes, est restée sans effet. La réintégration d’Arafat et le renvoi du Ministre des Affaires Etrangères, Teodor Baconschim, qui avait dénoncé les manifestants, comme une « populace grossière et violente », n’ont pas atténué les tensions.

La démission de Boc attire une fois de plus l’attention sur les partis de l’opposition, en particulier sur le président du PNL. Crin Antonescu. Antonescu a appelé à des élections anticipées et a accusé le gouvernement d’être le plus « corrompu, incompétent et menteur » depuis la chute du régime stalinien en 1989.

Ont suivi des déclarations similaires de Victor Ponta, dirigeant du Parti Social Démocrate (PSD), qui a rejoint le PNL et le Parti Conservateur (PC) pour former une alliance dans l’opposition- l’Union Sociale Libérale (USL). Ponta a déclaré que l’USL mettrait en place « des solutions responsables et, après des élections anticipées, un gouvernement différent des précédents ».

La Social-démocratie et les Libéraux Nationaux sont des partis officiels, qui ont déjà longuement été aux affaires. Leurs politiques sont quasiment les mêmes que celles des libéraux démocrates, avec lesquels ils ont été un certain temps en coalition.

Les partis roumains sont, dans une large mesure, interchangeables. Souvent, ils se scindent, puis se reforment et se rejoignent sous des noms différents. Ils incarnent une élite étroite, qui, ces vingt dernières années, s’est partagé le butin de la privatisation de l’ancienne propriété d’État. Ils ont bénéficié des fonds de l’UE, en détruisant l’éducation, la santé publique, les pensions et les salaires.

C’est clair pour beaucoup de ceux qui sont descendus dans la rue ces dernières semaines. Les manifestations ont été décrites comme « contre l’intégralité de la classe politique, contre le système », comme l’a a admis Boc aux micros de la Österreichischer Rundfunk [Radiodiffusion Autrichienne, ndt]. « La profondeur de la crise de confiance politique est prouvée par les sondages, qui montrent que les taux de popularité de tous les politiciens ont chuté radicalement. Personne n’a un taux de plus de 25%. Les experts se demandent comment la politique roumaine va se remettre de cette crise. »

Cette défiance générale vis-à-vis des partis en place, toutefois, manque de perspective claire. Les travailleurs roumains ne peuvent défendre leurs intérêts que s’ils s’unissent avec les travailleurs du reste de l’Europe qui font face aux mêmes attaques, sur la base d’un programme socialiste qui place les besoins sociaux au-dessus des profits et des intérêts des banques et des riches.

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s