Une Cuba avec du pétrole? (2/2) par Robert Sandels

source : El Economista de Cuba, 01/01/2012

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

La première partie de cet article est disponible ici.

Signes de coopération et d’indécision
La réponse de la Maison Blanche à tout cela est une sorte d’opacité politique ou les intentions s’échelonnent en un dégradé de degrés de nullité. Le Secrétaire à l’Intérieur, Ken Salazar, a seulement pu dire que le gouvernement était en train d’étudier la situation et que les plans de Cuba étaient « un sujet digne d’intérêt ».
Le gouvernement a signalé aussi qu’il n’était pas d’accord avec l’idée de Nelson de remettre en question l’accord de 1977. Le Conseiller à la Sécurité Nationale James Jones a écrit à Nelson que « bien que nous partagions vos intérêts quant aux risques potentiels que suppose le développement de forages en mer au large des côtes cubaines, le retrait de l’Accord sur les Frontières Maritimes irait contre les intérêts nationaux des États-Unis. »
Quant à l’autre grande idée de Nelson, celle de faire pression sur le gouvernement espagnol pour forcer Repsol à se retirer, l’administration Obama a laissé discrètement le Secrétaire Salazar donner son approbation  à Repsol en Europe. Salazar a rencontré les représentants de Repsol alors qu’il assistait à une conférence sur l’énergie à Madrid. Ils lui ont assuré que la compagnie pourrait se soumettre aux normes environnementales strictes des États-Unis et qu’ils permettraient l’observation du Scarabée 9 par des inspecteurs américains. L’ambassade des États-Unis a affirmé qu’elle ne faisait pas pression sur la compagnie et que les États-Unis n’avaient pas d’objection aux opérations cubaines.
Trébucher contre un bloc économique régional
L’administration Obama sait certainement que le pétrole cubain n’est pas un problème qu’elle résoudra par des sanctions. Cuba fait partie du bloc Petrocaribe, un programme d’envergure régional de prospection, raffinage et distribution, soutenu par le secteur pétrolier vénézuélien. PDVSA [la compagnie pétrolière vénézuélienne]envoie 200 000 barils par jour, payés suivant un plan avantageux offrant jusqu’à 25 ans pour effectuer les versements, aux États membres de Petrocaribe,.
Petrocaribe bénéficie à  beaucoup de pays d’Amérique Latine et de la Caraïbe que les États-Unis ont toujours voulu influencer, contrôler, et parfois occuper. Petrocaribe a commencé en 2005 comme un plan de livraisons régionales qui, au lieu de chercher l’avantage commercial absolu sur les pays non producteurs, visait à les fortifier, pour créer les bases d’une indépendance politique et économique vis-à-vis des États-Unis. Cela tranche avec les traitement imposés par le capitalisme aux pays producteurs d’Afrique et du Moyen-Orient, qui ont été historiquement exploités et dépendants.
Que Cuba se convertisse ou non en exportateur de pétrole, l’île joue un rôle géographique et stratégique essentiel, comme centre de raffinage, de vente et de transit. Au sein d’une entreprise mixte, PDVSA et Cupet [la compagnie pétrolière cubaine]  ont agrandi la raffinerie construite par les soviétiques à Cienfuegos, alors que d’autres chantier de construction se poursuivaient à Santiago de Cuba et à Matanzas. Matanzas raffinera le brut des opérations menées dans la Zone Économique Exclusive et le chargera à bord de superpétroliers dans le port de la ville. Le port de Mariel se développera avec des capitaux brésiliens pour servir de base aux travaux de forage dans la Zone Économique Exclusive.
Ce système d’intégration verticale est conçu pour étendre le bloc énergétique sans la participation des États-Unis. Petrocaribe fonctionne aussi comme une machine à développer des infrastructures par des investissements de capital dans les pays membres, comme la construction d’une usine thermoélectrique en Haïti, d’une raffinerie au Nicaragua, l’expansion d’une raffinerie à la Jamaïque et divers projets d’énergies renouvelables. En plus du pétrole, il y a aussi des projets dans des domaines non-énergétiques, comme le tourisme, les services de santé, l’habitat et l’éducation.
Des câbles révélés par Wikileaks ont montré l’échec des tentatives des compagnies pétrolières des États-Unis et de l’ambassade de Washington en Haïti pour éviter que le pétrole vénézuélien n’arrive dans l’île et ne lui permette d’économiser 100 millions de dollars par an. Le fait que, dans un pays pauvre comme Haïti, René Préval, le président d’alors, ait pu gagner une bataille contre Exxon, Chevron et le Département d’État annonce les problèmes que pourraient créer les livraisons de pétrole bon marché dans un autre des quinze bénéficiaires de Petrocaribe.
Le coup d’Etat au Honduras en 2009 est un autre exemple de la façon dont l’indépendance régionale, dynamisée par le pétrole à bas prix, permet aux États de choisir entre la soumission aux États-Unis et l’union avec l’Amérique Latine. Avec l’appui évident des Etats-Unis, des éléments de la droite ont chassé du pouvoir le président hondurien Manuel Zelaya en 2009. Un des offenses qui lui étaient reprochées était d’avoir fait le Honduras rejoindre Petrocaribe, ce qui aurait placé le pays sous l’influence du président vénézuélien Hugo Chavez. Mais la sortie du Honduras de l’alliance énergétique a fait que le coût de l’importation de pétrole est monté en flèche.
Maintenant, l’homme d’affaires et partisan du coup d’Etat Adolfo Facussé demande au président Profirio Lobo que le pays revienne dans Petrocaribe, à cause du prix élevé du brut. Durant le coup d’Etat, Facussé avait averti qu’avec le pétrole bon marché du Venezuela viendrait l’importation du « néocummunisme ».
Au moins dans le cas de Facussé, le verbiage péjoratif traditionnel sur le communisme, les camps des concentration et la nationalisation des enfants n’a pas vaincu les avantages tangibles du pétrole bon marché.
Aujourd’hui, il dit que Chavez, n’est finalement pas un mauvais bougre, et que lui seul essaie d’aider les pays pauvres. Nous devrions prendre le pétrole et le remercier dit Facussé.

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s