Une Cuba avec du pétrole? (1/2) par Robert Sandels

Le Scarabeo 9 est arrivé à cuba le 19 janvier.

source : El Economista de Cuba (01/01/2012)/Cuba Ahorra.

Traduit de l’espagnol et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

El Economista de Cuba reprend cet article publié au dernier trimestre 2011 par Cuba Ahorra. La première partie relate les tentatives de la droite anticubaine de Miami de forcer le gouvernement étasunien à prendre des mesures draconiennes pour empêcher Cuba de se lancer dans le forage en eaux profondes. L’île possède en effet dans sa Zone Economique Exclusive des milliards de barrils de pétrole brut de très bonne qualité. Les anticastristes de Floride ont bel et bien perdu la bataille, puisque la plate-forme Scarabée est arrivée à Cuba le 19 janvier dernier. La mascarade s’est achevée avec l’inspection de celle-ci par des experts mandatés par Washington, avant son arrivée dans l’île.

La compagnie pétrolière publique cubaine dit que les réserves pourraient être quatre ou cinq fois plus importantes que prévu. Cuba va commencer à extraire du pétrole dans le Golfe du Mexique. Si l’île trouve ce qu’elle cherche, l’abondance pétrolière pourrait tirer Cuba des griffes des États-Unis avant qu’Obama ne quitte la Maison Blanche.
Cette possibilité a poussé une équipe de choc du Congrès de Miami, menée par la fanatique Ileana Ros-Lehtien (Républicaine, Floride), qui veut tout simplement que l’extraction dans la partie cubaine du Golfe soit rendue illégale.
En  2005, la prospection menée par des compagnies canadiennes a conduit à découvrir du pétrole brut de haute qualité dans la Zone Economique Exclusive (ZEE) de Cuba, une partie du Golfe du Mexique octroyée à l’île par l’Accord sur les Frontières Maritimes signé en 1997 avec le Mexique et les États-Unis. Le service de Reconnaissance Géologique a estimé le potentiel pétrolier dans la zone cubaine à 4,6 billions de barils et 9,8 trillons de mètres cubes de gaz naturel.
La compagnie publique pétrolière cubaine Cubapetroleo (Cupet) affirme que les réserves peuvent être quatre ou cinq fois supérieures. Ne pouvant pas acheter des équipements de forage aux États-Unis du fait du blocus, Cuba a signé un contrat avec une compagnie italienne (qui a à son tour embauché un sous-traitant chinois) pour construire le Scarabée 9, une plate-forme géante à foreuse semi-submerssible. La plate-forme pétrolière est capable de forer jusqu’à une profondeur de 3 600 mètres ; on attend son arrivée cet été, après quoi un trust dirigé par l’entreprise espagnole Repsol-YPF commencera les opérations dans un des cinquante-et-un sites de la ZEE. Environ une douzaine d’autres entreprises, parmi lesquelles Petronas (Malaisie), Gazprom (Russie), CNPC (Chine), Petrobras (Brésil), Sonangol (Angola), Petrovietnam (Vietnam) et PDVSA (Venezuela) ont des contrats pour prospecter sur d’autres sites.
Les experts de l’industrie ne prévoient pas une ruée pétrolière cubaine, mais la découverte des réserves, même si elles correspondent à l’estimation minimale, pourrait rendre Cuba indépendante sur le plan énergétique et, éventuellement, faire de l’île un exportateur net. Cela aurait un impact considérable sur’ l’économie de l’île et pourrait rejeter la politique de sanction des États-Unis à la poubelle des erreurs de calcul de l’Empire. Pour éviter que cela n’arrive, ont été faits des efforts législatifs comme le projet de loi de 2007 présenté par l’ancien sénateur Mel Martinez (Républicains- Floride). Cette loi aurait puni les dirigeants de compagnies étrangères en retirant leurs visas comme en imposant des amendes aux investisseurs étrangers impliqués dans le pétrole cubain. « Soutenir le régime de Castro dans le développement de ses projets pétroliers va à l’encontre de la politique de sécurité nationale des États-Unis » a dit Martinez en 2007.
Plutôt cette année, le député Vern Buchanan (Republicain- Floride) avait fait une proposition similaire, affirmant que les forages en eaux profondes de Cuba pouvaient représenter une menace pour le tourisme et l’environnement de Floride. Une fuite de brut pourrait atteindre la côte de Floride en trois jours, a dit Buchanan. Il s’agit aussi de s’attaquer à Repsol, d’abord en tentant d’obliger le Département de l’Intérieur à refuser les licences aux entreprises traitant avec Cuba pour forer dans les eaux étasuniennes, et ensuite en exigeant d’Obama qu’il fasse pression sur le gouvernement espagnol pour que Repsol sorte de Cuba.
La stratégie espagnole a eu récemment le vent en poupe. On prévoit que le gouvernement actuel va tomber lors des élections de novembre, ce qui reconduira le parti conservateur (et anti-Cuba) de José Maria Azanr au pouvoir. Le sénateur Bill Nelson (Démocrate-Floride) a écrit à la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, lui conseillant d’attendre : « L’Espagne peut avoir un gouvernement moins enclin à tolérer l’investissement à  Cuba. Jusqu’à la date des élections, je te demande de faire ton possible pour empêcher ces forages. » Nelson a aussi suggéré que les États-Unis se retirent unilatéralement de l’Accord sur les Frontières Maritimes établissant les zones et à ordonner ensuite à Cuba d’arrêter la prospection. Alors que le Scarabée 9 est sur le point d’arriver à Cuba,  les projets de Nelson  rappellent la guerre du Golfe ; peut-être imagine-t-il une Crise de la Plate-forme pétrolière et un blocus naval des Etats-Unis.
Ros-Lehtinen a présenté récemment son troisième projet de loi contre le forage, l’Acte sur la Protection du récif de Corail Caribéen, qui se rapproche beaucoup du projet de loi de Buchanan. En dépit du mot « corail », Ros Lehtinen admet que l’intention de la loi est de mutiler l’industrie pétrolière de Cuba. « Les États-Unis doivent plus faire pression pour éviter que d’autres entreprises s’associent commercialement, ou autrement, avec ce régime malhonnête et corrompu » a-t-elle affirmé.
Ros-Lehtinen n’a pas été si active dans la lutte pour des lois plus sévères pour sauver les récifs après l’explosion de la plate-forme de Deepwater Horizon de British Petroleum l’an dernier. Sa priorité a été de faire que BP compense financièrement les entreprises du secteur touristique et l’industrie de la pêhce de Floride, les deux ayant subi des dommages du fait de la fuite.  Son conseil de « classer l’affaire » ne reflète pas les dangers sous-jacents des forages sous-marins.
La justification avancée pour ces tentatives est la crainte que Cuba ne dispose pas de la technologie nécessaire pour éviter les fuites, bien que les opérateurs de ces projets ne soient pas concernés par cet argument pour leurs opérations dans les eaux des Etats-Unis. Repsol dans les eaux cubaines représente un risque ; Repsol au large des côtes de Louisiane est une entreprise sûre. Le Mexique qui n’a pas été mentionné jusqu’à maintenant et dont les opérations, menées par l’entreprise publique Pemex, qui a un lourd dossier de fuites et d’explosions en mer et sur terre et dans les égouts de Guadaljara, est sauf de toutes ces critiques. En 1979, la plate-forme Ixtoc, dans la Baie de Campeche, a fuit abondamment durant neuf mois, expulsant du pétrole jusqu’aux côtes du Texas et de la Floride, où cet épisode reste la plus grave fuite de pétrole. BP a dû payer des dédommagements pour ses erreurs ; le Mexique ne paie rien.
Le sujet auquel font face les États-Unis n’est pas le forage cubain en face des îlots rocheux de la Floride. Des opérations de forage sont menées et prévues dans tout le Golfe du Mexique. Deepwater Horizon avait été possible grâce à une des plate-formes opérant dans les eaux du Golfe aux Etats-Unis. Avant l’explosion de BP, il y avait cinquante-sept plate-formes dans le Golfe, et il semble que ce nombre va augmenter bientôt. S’associant également avec Cuba dans le Golfe, la Bahamas Petroleum Company (BPC) prévoit de forer juste au Nord de la Pointe Orientale de Cuba pas plus tard que l’an prochain.
Le moratoire qu’Obama a mis en place après l’explosion de BP a été levé en octobre dernier. Depuis lors, le Département de l’Intérieur a octroyé 37 permis pour la prospection sous-marine, dont certains impliquent les mêmes compagnies étrangères qui prennent part au projet cubain. Il y a aussi Pemex, qui contrôle une plate-forme construite par la Corée en Mai et pense forer à 5000 mètres. Pendant ce temps, BP a l’obligation, imposée par le Département de l’Intérieur, de mettre un terme aux opérations de ses dix plate-formes dans le Golfe et d’installer de nouvelles plate-formes.
Alors que la présence de compagnies étrangères augmente dans le Golfe, les chiens de garde de Miami se sont concentrés uniquement sur Repsol comme menace pour les formation coralliennes et la sécurité nationale. Il n’ont sollicité aucune intervention cependant, demandant simplement qu’Obama menace l’Angola, les Bahamas, le Brésil, la Chine, le Mexique, la Norvège, l’Inde, la Malaisie, la Suisse, le Vietnam ou le Venezuela.
Le dilemme des États-Unis s’enracine dans la contradiction qu’il y a à maintenir un blocus qui détruit un gouvernement dont ils sont précisément dépendants pour protéger le Golfe et les autres États côtiers d’un nouveau désastre pétrolier. En 2006, l’administration Bush a ordonné à un hôtel de la ville de Mexico d’exclure les mexicains qui assistaient à une rencontre avec des dirigeants du secteur pétrolier des États-Unis sur des questions écologiques. Mais durant le désastre de BP en 2010, quand cela servait les intérêts des États-Unis, des fonctionnaires cubains ont été invités à une conférence en Floride sur la protection de l’environnement dans le Golfe. Les sanctions vont à l’encontre de la sécurité dans le Golfe. Repsol, par exemple, a dû  se tourner vers la Chine pour la plate-forme parce que, d’après la loi des États-Unis, personne ne peut rien vendre qui à Cuba contienne plus de 10% de composants faits ou breveté aux Etats-Unis. Ironiquement, la source la plus proche du dispositif anti-explosion du Scarabée 9 (la partie défectueuse de la pompe de Deepwater Horizon) est aux Etats-Unis, mais il est apparemment conforme aux intérêts des Etats-Unis de lui refuser un permis d’exportation vers Cuba.

2 commentaires

  1. Les états-uniens n’en n’ont pas assez fait après + de 50 ans de contrôle sur Cuba. Dans un marché ouvert, si l’offre du pétrole augmente normalement le prix baisse ???? Je souhaite qu’Obama reste au pouvoir. De plus, il est intéressant de voir comment tous les citoyens des États_Unies se présente comme des américains….. et nous les citoyens du Canada nous ne somment pas de L’Amérique du Nord aussi????

  2. Le canada, malgré ce qu’on en pense, est sous contrôle américain, comme Cuba l’était avant, notre pétrole, nos forêts, et bientôt, notre eau potable! Lorsque les É-U veulent, ils prennent, point! Ils descendent ces biens collectifs canadiens chez eux, une tite entourloupette de transformation, un détour par Wall Street, controlé par un certain peuple élu, on s’en met plein les poches pi on nous retourne notre produit et personne n’ose se lever, notre économie repose sur eux, dit-on! Pourtant, je vais à Cuba (Merci P-E Trudeau) quelques fois par année et je vois un peuple en plein effervescence, souriant et heureux avec, dans les villages, des SLOGANS très menaçants du genre: »Apprends à tes enfants à se laver les mains souvent, aussi, la révolution c’est être modeste en tout! » Avoir un voisin aussi dangereux, avec de tel slogans terroristes, il faudrait l’éliminer au plus maudit!
    Car, tout peuple qui n’utilise pas des armes de fabrication américaine sont des terroristes, n’est-il pas?


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