La Chine et la crise de l’Euro par Danielle Bleitrach

source : Le Blog de Danielle Bleitrach (histoire et société)

Les dirigeants chinois sont inquiets, la croissance chinoise jusqu’ici épargnée est en train d’être freinée. la croissance du PIB chinois au dernier trimestre 2011 serait inférieure à 9%, c’est la première fois depuis deux ans et demi soit au même niveau qu’en 2009, année où la Chine avait été frappée du ralentissement économique dûe à la crise financière mondiale. En 2011, le gouvernement chinois avait resserré ses politiques monétaires pour limiter l’inflation mais il avait dû face à la crise venue d’Europe et en particulier la diminution de l’exportation chinoise réajuster sa politique monétaire face à la baisse de la demande extérieure et au refroidissement de la production industrielle.

La situation est en effet trés préoccupante dans ce secteur industriel. le ministère chinois des ressources humaines et de la Sécurité Sociale a déclaré hier lundi 16 janvier que le gouvernement avait dû envoyer des inspecteurs dans 15 provinces (dont le Gunandong, le yunnan et le Hunan) à la suite de mouvements sociaux et ont visité 162500 sociétés. Ils ont découvert que les travailleurs migrants de 14.000 entreprises n’avaient pas été payés et que la valeur des salaires impayés avait atteint 1,91 milliars de yuans( 303,17 millions de dollars).Le ministère a exposé son action auprès de ces société pour que les salaires soient payés. Mais ce qui n’est pas dit est le nombre de sociétés qui ont fermé et donc face auxquelles les travailleurs migrants n’ont pas de recours. la situation est d’autant plus préoccupante que le mois de janvier est celui où tranditionnellement toute la Chine se met en mouvement parce que les travailleurs migrants retournent chez eux pour fêter le Nouvel an en famille.

On comprend dans un tel contexte la Chine soit trés préoccupée par la crise de la zone euro qui est la zone la plus riche de la planète, celle où traditionnellement la Chine et d’autres pays émergeants peuvent trouver des débouchés pour leurs exportations. La Chine a donc décidé d’investir en Europe mais elle souhaite le faire en privilégiant les investissements “viables et solides”, ce qui est la politique suivie pour l’Afrique.

La Chine dénonce le défaut de “gouvernance” européen et investit dans le concret

La réaction de la Chine à la dégradation des notes de la France et de huit autres pays de la zone euro est assez mesurée parce que cette dégradation était prévisible et ne fait que refléter la nervosité des marchés convaincus que les mesures d’austérité et la discipline budgétaire non seulement ne sont pas suffisantes pour combattre la crise mais risquent de s’avérer  nocives, le remède étant pire que le mal. Les Chinois pensent que la nervosité hormis le cas de la Grèce porte moins sur l’économie réelle des pays que sur le gouvernement catastrophique de la zone.
Chen xin, Directeur du Bureau d’economie de l’Institut d’Etudes Européenne de l’Académie chinoise des sciences sociales a déclaré: “Plus que de la situation fiscale réelle, la crise de la zone euro est le résultat d’un manque de confiance du marché envers la structure de gouvernement du bloc” et pour bien montrer qu’il s’agit de politique et non d’économie, il souligne le fait que les obligations espagnoles et italiennes ont été bien vendues malgré un taux de rendement plus faible.

Donc la Chine en investissant en Europe à peine un peu plus qu’elle ne le fait déjà  de sa colossale réserve de dollars (3.180 milliards US) pourrait aider au retour de la confiance des marchés et au-delà un retour des exportations chinoises. Mais il y a deux limites à ce choix optimiste: premièrement elle n’investira pas dans les dettes souveraines tant que la situation politique de l’euro sera ce qu’elle est à savoir la gabegie et l’inefficacité, un terrain offert à toutes les spéculations.

S’agit-il du fait que les pays de la zone euro restent “le cul entre deux chaises” et n’opérent pas un choix de “gouvernance” comme le dit jacques sapir : ou on dissout la zone euro et on en revient à une gestion nationale ou on transforme totalement la zone euro vers un gouvernement fédéral (étant bien entendu et c’est moi qui rajoute cette remarque que cela revient à accepter le leadersheap allemand sur toute la zone). La Chine ne répond pas directement à cette question mais différentes interventions prouvent que cela va bien au-delà du choix du gouvernement fédéral et donc du sauvetage de la zone euro qui néanmoins semble officiellement avoir leur préférence.

En effet ce qui apparaît en filigrane dans les analyses chinoises est une réponse à court terme qui donnerait le temps à ce pays de poursuivre dans sa voie de ré-orientatier du marché intérieur et  de la relation privilégiée avec l’Asie (le Japon en particulier) et  des pays émergents. En effet seuls les Etats-Unis et l’Europe constituent un marché susceptible d’absorber la production chinoise. Les empêcher de s’effondrer est un choix immédiat mais la Chine ne cesse de réclamer des réformes de structure de la part de l’occident. Tout le monde est bien conscient qu’en ce qui concerne la zone euro aucun des deux choix (osrtir de l’euro ou aller vers une gouvernance fédérale) ne résoudra le problème tant que l’on change pas en profondeur la relation qui existe entre “la gouvernance”, la maîtrise des marchés et le développement de l’économie réelle parce que c’est là que se situe en fait le problème. Un passage vers un gouvernement fédéral sous hégémonie allemande ne peut que renforcer les déséquilibres et la crise.

Mais pour revenir à la Chine, elle va agir comme elle agit en Afrique, elle va investir dans des actifs concrets en commençant par un pays loin des turbulences de l’Euro. Lou Jiwei, Directeur de la China Investissement corporation (CIC), le plus important fond souverain chinois, avait déclaré dans un article publié par le fiancial Times (novembre 2011) que la Chine voulait s’impliquer dans la stumilation des investissements dans les infrastructures en Occident, à commencer par le Royaume uni. Selon le principe du gagnant-gagnant déjà appliqué avec d’heureux résultats en Afrique et en Asie. La Chine a également investi dans EDP (une entreprise d’énergie) au Portugal ce qui lui a ouvert le marché au Brésil.

On peut craindre les avancées chinoises, ce serait totalement imbéciles vu que pour le moment ce n’est vraiment pas de ce pays que vient le danger et qu’il joue beaucoup plus l’équilibre à partir des inquiétudes de son propre développement et de la manière dont les crises occidentales risquent de déboucher sur des violences sociales et des problèmes à l’échelle de son milliard trois cent mille êtres humains. La Chine au contraire doit nous ider à comprendre que nous sommes entrés dans une nouvelle période historique où nous n’avons plus ni les moyens militaires, ni les moyens financiers d’imposer nos seuls intérêts sauf à décider la politique du pire pour l’humanité.

La Chine ne saurait être un modèle mais elle nous invite à nous interroger sur une nouvelle mixité et sur la manière dont nous pouvons tenter de contrôler en fonction des besoins de l’humanité l’apprenti sorcier que l’impérialisme occidental a été jusqu’ici. La Chine nous invite peut-être à considérer qu’il faut innover d’urgence.

Danielle bleitrach

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