Sympathie pour le mal : un film justifie les crimes de Thatcher, par Graham Matthews

source : Green Left Weekly,  30 décembre 2011

traduit de l’anglais apr Marc Harpon pour Changement de Société

The Iron Lady, réalisé par Phyllida Lloyd, écrit par Abi Morgan, avec Meryl Streep.

Le cinéma peut être un outil idéologique puissant. La vérité peut être manipulée, la tyrannie absoute et la sympathie pour le mal favorisée. The Iron Lady, racontant la vie de l’ancien Premier Ministre Conservateur Margaret Thatcher, est de ce genre de cinéma.
Une génération après que le Parti de Thatcher l’a laissée tomber en tant que premier ministre, alors que la douairière vieillissante se bat contre la démence, le film essaie de la présenter comme une héroïne britannique des temps modernes, luttant contre les maux du terrorisme, du syndicalisme et du fascisme (la junte Argentine) pour amener la Grande-Bretagne à une ère de prospérité où le soleil brille éternellement.
The Iron Lady présente sans aucun recul critique de l’héritage de Thatcher et tente une réécriture de l’histoire au profit de l’icône conservatrice qui laisse sans voix.
Thatcher est dépeinte comme une dissidente du conservatisme, née dans un milieu modeste, mais déterminée à offrir une authentique « égalité des chances » à chacun. La Thatcher de Meryl Streep est une réformatrice volontaire, affrontant le pouvoir des intérêts en place (les barons du parti conservateur ou les syndicats) au nom des petits vendeurs et d’autres travailleurs.
Le film essaie de réhabiliter l’intégralité de l’héritage politique de Thatcher, y compris les aspects avec lesquels sont parti a essayé de prendre ses distances.
Le fait d’avoir coulé le bateau de guerre Argentin General Belgrano, durant la guerre courte mais brutale menée par le Royaume-Uni pour reprendre les Malouines (Falkland) en 1982, alors même que le bateau s’éloignait de la zone d’exclusion imposée par les Britannique autour des îles, était justifiée parce que le bateau était peut-être sur le point de changer d’itinéraire. Plus de 300 personnes sont mortes.
La destruction de l’industrie britannique, la création de 3 millions de sans emplois et la destruction de communautés entières dans le Nord de l’Angleterre est justifiée par la prospérité qui s’en est suivie pour quelques uns quand la Grande-Bretagne est devenue le centre financier de l’Europe.
Le film essaie même de justifier le fameux cens électoral, un impôt profondément réactionnaire au titre duquel tous les résidents du Royaume-Uni devaient payer la même somme, indépendamment de leur revenu ou de leur patrimoine. L’énorme campagne populaire contre le cens électoral l’a rendu pratiquement inapplicable, et a forcé le successeur Conservateur de Thatcher, John Major, à le supprimer.
Il n’y a aucun indice de cela dans le film ; la Thatcher de Streep dit seulement que c’est nécessaire parce que chacun doit payer quelque chose pour le privilège de vivre en Grande-Bretagne.
L’opposition à Thatcher est caricaturée. Les protestation massives contre les fermetures de mines en Angleterre et contre le cens électoral sont montrées simplement comme des émeutes violentes. La seule opposition cohérente à Thatcher dans le film est parlementaire, avec le dirigeant du Parti Travailliste Britannique Michael Foot.
Conformément à l’esprit de beaucoup de films conservateurs faits après le 11 septembre, on parle beaucoup de l’opposition de Thatcher au terrorisme- en l’occurrence la résistance irlandaise à l’occupation britannique. Le film se concentre sur la campagne d’attentats de l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA)en Grande-Bretagne- en particulier l’attaque  à la conférence du Parti Conservateur à Brighton au Sud de l’Angleterre en Octobre 1984.
Thatcher est dépeinte comme une héroïne faisant face aux intimidateurs irlandais, plutôt que comme l’organisatrice principale de l’oppression irlandaise. La persécution honteuse des prisonniers irlandais dans la tristement célèbre prison du Bloc-H au Nord de l’Irlande, qui a atteint son paroxysme avec la grève de la faim mortelle de dix prisonniers en 1981, alors que Thatcher refusait de négocier leur demande d’être reconnus comme prisonniers politiques, est  à peine mentionnée.
Les prisonniers ont bénéficié d’un large soutien populaire et le premier à mourir- Bobby Sands- a été élu de façon spectaculaire au parlement durant sa grève de la faim en prison. Cette humiliation essuyée par Thatcher n’apparaît pas dans le film.
The Iron Lady ne se contente pas de blanchir l’héritage de Thatcher. Le film cherche aussi à susciter la sympathie pour la diablesse elle-même. Durant la majeure partie du film, Thatcher est décrite comme ce qu’elle est aujourd’hui, une vieille femme folle, luttant pour distinguer la réalité de l’illusion.
Ses conversations avec son mari décédé, Denis, et sa lutte pour rassembler ses biens sept ans après sa mort, attendriraient le cœur le plus dur. Mais Thatcher n’est pas la gentille vieille dame qui vit à côté de chez vous. Ce n’est pas une pauvre veuve, luttant pour joindre les deux bouts et payer le chauffage de son HLM. C’est une icône du mouvement néolibéral en Grande-Bretagne et ailleurs, une femme dont le gouvernement a démoli les services sociaux, détruit des communautés et tué des milliers de conscrits argentins dans une guerre injuste, bien que populaire.
The Iron Lady, malgré la production fringante et le bon jeu des acteurs, n’est rien de plus qu’une falsification de l’histoire, visant à réhabiliter l’héritage de Thatcher, alors qu’un autre gouvernement conservateur s’attaque à tout ce qui est resté de la société britannique après Thatcher.

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