Europe : les derniers jours de la démocratie ? Par John Boyd


source : The Morning Star, 20 décembre 2011

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Un changement qualitatif a lieu dans l’Union Européenne, où il est évident que l’indépendance nationale et la démocratie sont jetées à la poubelle sans formalité ni annonce publique.

Il y a quelques années, Lord Mandelson, ancien Commissaire européen et gourou du New Labour, affirmait : « L’âge de la pure démocratie représentative arrive à son terme. »

Surprise ! Cette situation est désormais la nôtre et concerne la Grande-Bretagne comme d’autres États, membres ou non de l’eurogroupe.

L’opportunité offerte par la crise financière de massacrer la démocratie a été saisie par les financiers et les banquiers.

Ils ont pris le contrôle et les ministres des gouvernements sont leurs portes-parole, mettant en œuvre les politiques des hommes fortunés pour maintenir le capitalisme de telle sorte qu’il soit contrôlé par le secteur financier.

Angela Merkel a admis sa frustration face aux sommets européens et à la lourdeur de leurs mécanismes démocratiques.

« La capacité de l’UE à agir et sa marge de manœuvre se sont révélées faibles et compliquées. Si nous voulons saisir la crise comme une opportunité, nous devons être prêts à agir plus rapidement, même de manière non conventionnelle. »

En Octobre, le Groupe de Francfort s’est formé dans une arrière-salle du vieil Opera de la ville pour célébrer le départ du chef de la Banque Centrale Européenne, Jean-Claude Trichet.

La chancelière allemande, le président de la France et le chef du FMI, de même que l’élite bureaucratique de l’UE et de la Banque Centrale, étaient présents.

Plus tard,au sommet du G20 de Cannes, des fonctionnaires se baladaient avec des badges : « Groupe de Francfort »[en français dans le texte, ndt] . Ce « groupe » [en français dans le texte, ndt] s’est réuni quatre fois.

Après le retrait de deux premiers ministres, des financiers non-élus ont pris leur place pour tout prendre en main, y compris les violentes politiques d’austérité en Grèce et en Italie.

Des mesures draconiennes ont été imposées aux peuples d’Irlande, du Portugal, d’Espagne, maintenant rejoints par la France et la Belgique.

Plusieurs premiers ministres ont été convoqués à Berlin pour recevoir leurs ordres, y compris David Cameron.

Même la proposition du président de la Commission Européenne a été rejetée. Cameron n’a pas pu rejoindre le groupe discutant de la crise de l’euro. On ne l’y a pas admis.

Tout cela reflète la procédure dictatoriale et l’austérité en train d’être mises en place dans la zone euro et au-delà.

Il n’y a plus aucune voile pour cacher que les décisions sont prises dans des réunions intergouvernementales au niveau soit de l’UE soit de la zone euro.

En Grande-Bretagne, deux millions de travailleurs se sont mis en grève le 30 novembre à propos de l’accord sur les retraites que le gouvernement conservateur-démocrate essaie d’imposer.

Il s’agit de dévaliser ouvertement les caisses de retraites pour satisfaire la cupidité des personnes trop riches et d’une attaque directe contre le secteur public.

Comme l’affirmaient à travers la Grande-Bretagne les pancartes des manifestations et des rassemblements , c’est une tentative de faire que les travailleurs du secteur public « paient plus pour moins et partent plus tard à la retraite. »

Quelques semaines plus tôt, le ministre Francis Maude avait dit : « C’est notre dernière proposition » mais, cela s’est avéré n’être qu’une tentative avortée de chantage.

Les attaques contre les retraites et les énormes coupes dans l’emploi public sont une politique communément imposée aux travailleurs du secteur public à travers l’UE.

L’annonce par le Chancelier de l’Échiquier que les salaires seraient gelés pour deux ans, qui seraient suivis d’augmentations misérables, a également été faite dans d’autres Etats-membres.

La tendance dans tous les États membres de l’UE, en particulier ceux de la zone euro, est à la centralisation des pouvoirs et au sacrifice des pouvoirs des gouvernements nationaux et donc de la démocratie formelle.

A cela s’ajoute la propagande et la surestimation de la crise financière, des dettes souveraines, des déficits et de la crise de la zone euro, dont le motif final est de faire passer massivement la richesse des mains de ceux qui travaillent pour vivre à ceux qui ont trop de richesses.

Ce gouvernement Conservateur-Démocrate soutient pleinement les politiques d’austérité dans la zone euro et en Grande-Bretagne.

Le gouvernement a approuve une « Union Européenne plus unie », qui inclut toutes les attaques contre la classe laborieuse et les classes moyennes, bien que Cameron se soit tenu à distance du nouveau traité établissant le Mécanisme de Stabilité Européenne.

Depuis la fondation en 1992de notre Campaign against Euro-feredalism [Campagne contre le fédéralisme européen, ndt], nous avons prouvé que l’UE est l’antithèse de la démocratie et qu’essayer de force de fusionner des économies différentes en un union monétaire, économique et fiscale serait un désastre.

Ce n’est pas agréable de dire « nous vous avions prévenus »- cela n’arrêtera pas le processus en cours ou la paupérisation de millions de vies ni le développement irrationnel des États membres, y compris le nôtre.

Avec le soutien total de Messieurs Cameron, Osborne, Clegg et de leur gouvernement de millionnaires, le Groupe de Francfort est sur le point d’imposer une union politique à travers l’UE.

Cela mettra un terme à toutes les formes de démocratie et au droit à l’autodétermination des Etats-Nations.

C’est ce changement qualitatif qui est en train de s’opérer. La Grande Bretagne et son peuple seraient bien mieux hors du chaudron européen.

La prédiction de Mandelson revient à dire que la Révolution française sera défaite. La fin du droit à l’autodétermination et à l’indépendance revient à défaire la Révolution Américaine. La situation est grave et c’est pourquoi il n’y a pas d’espoir de sortir de l’UE, de la crise de la zone euro et du nouveau Traité sur le Mécansime de Stabilité Européen.

L’opposition croissante des syndicats et du mouvement ouvrier au gouvernement conservateur-démocrate doit approfondir sa compréhension du fait qu’on doit agir en prenant en compte les facteurs européens qui surplombent la situation nationale.

Une autre voie doit être choisie pour le bien du peuple de Grande-Bretagne.

Cela exige de reconnaître tant la dimension nationale que la dimension de classe des batailles. Autrement, nous serons dirigés par une oligarchie des banquiers et des financiers au lieu de la démocratie et de l’Etat-Nation, les seules choses qui peuvent contrôler le capital privé.

Ce sont aussi les seules choses qui peuvent mettre fin au capitalisme.

Un commentaire

  1. d’accord avec cette analyse à la seule différence qu’une fois de plus il ne faudrait pas imaginer une autonomie du secteur financier, le financier est justement différent du bancaire parce qu’il unit ce qui était la banque à la puissance des grands monopoles, les grandes compagnies transnationales. il faut comme j’ai tenté de le faire voir par exemple la modification de Goldman et Sachs et la manière dont la récente transformation de cette institution a permis un rassemblement des capitaux, Mais ce que perçoit excellement cette analyse est le fait qu’il s’agit y compris de remettre en cause la Révolution américaine, la révolution française, une véritable régression, une forme de fascisation qu’il reste à bien comprendre.
    Danielle Bleitrach


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