Etats-Unis : il est temps de faire le ménage dans nos programmes pour le changement de régime à Cuba, par Fulton Armstrong

source : The Miami Herald, 25 décembre 2011

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Fulton Armstrong a travaillé sur la question cubaine au sein du Conseil National de la Sécurité durant l’administration Clinton et plus tard comme Officier du Renseignement National sur l’Amérique Latine et conseiller de la Commission des Affaires Étrangères du Sénat américain. Son opinion n’est pas celle de Changement de Société, qui soutient la Révolution Cubaine, mais sa dénonciation de ce qu’il présente comme des dérives des programmes américains de déstabilisation de l’île, il rejoint, à son corps-défendant, la position de Cuba, qui dénonce depuis longtemps l’implication de l’USAID et du Département d’Etat des Etats-Unis dans l’organisation de la « dissidence ».

Alors que le sous-traitant de l’USAID Alan P. Gross passe sa seconde année dans une prison cubaine pour avoir mené des opérations secrètes de « promotion de la démocratie », le porte-parole de la Maison Blanche, a exigé sa libération immédiate et, jubilant, a déclaré : « les autorités cubaines ont échoué dans leur tentative d’utiliser Gross comme un de leurs pions ». Le message est simple : Gross est notre pion, pas le leur »

Les signaux du gouvernement durant l’affaire Gross ont été clairs. En direction de La Havane, ils signifiaient : « pas de négociattion ». A Gross, ils disaient « pas de bol ». Et aux américains, qui pensent que notre politique cubaine vieille de cinquante ans doit être revue, ils affirment « N’attendez pas l’impossible. »

Quand une action secrète de la CIA tourne mal et qu’une officier clandestin est arrêté, le gouvernement étasunien met sur pied une stratégie pour négocier sa libération. Quand un agent sous couverture travaillant pour l’USAID est arrêté, Washington se tourne vers la rhétorique, augmente les fonds du programme compromis et refuse de négocier.

Durant trois ans, j’ai été le principal enquêteur sur les opérations du Département d’Etat et de l’USAID à Cuba et ailleurs en Amérique Latine au sein de la Commission des Affaires Étrangères du Sénat. Les programmes cubains- conçus pour identifier, organiser, entraîner et mobiliser des cubains afin de demander le changement politique- ont un héritage particulièrement problématique, entaché même de détournements, de gestion frauduleuse, et de politisation systématique. Certaines réussites coûtant des millions de dollars au contribuable, telles que la création d’un réseau de librairies « indépendantes », ont été grossièrement exagérées ou fabriquées de toutes pièces

Un mandat fallacieux de la Commission est d’assurer que les fonds- 20 millions par ans, mais 45 millions en 2009- sont effectivement utilisés d’une façon conforme au droit étasunien. L’État et l’USAID nous ont combattu à chaque étape de notre travail, refusant de divulguer même des informations élémentaires concernant ces programmes, citant seulement un document sur de vagues « objectifs du programme ».

Ces programmes n’impliquaient pas notre Communauté du Renseignement, mais le secret qui les entoure, les échanges clandestins (y compris utilisant des technologies de cryptage avancées) et la dissimulation délibérée de la main des États-Unis, avaient tous les traits d’une opération de renseignements sous couverture. Nous n’avons jamais demandé les noms de leurs agents dans l’île, mais les dirigeants des programmes ont prétendu que « des gens vont mourir » si nous connaissions les noms même des membres d’un groupe associé basé aux USA.

Les programmes n’étaient pas un secret pour les cubains. Le gouvernement cubain les avait profondément infiltrés. Nous ne savions pas qui était Alan P. Gross- d’ailleurs le Département d’État a démenti avec véhémence qu’il ait été un de ses hommes après son arrestation, et même certains de nos diplomates à La Havane pensaient qu’il travaillait pour la CIA. Mais il était clair que les cubains l’avaient filé. La télévision cubaine avait montré des vidéos d’autres sous-traitants en action sur l’île.

Seul Gross peut dire ce qu’il savait du droit cubain quand il a exécuté son contrat de 585 000 dollars, qui comprenait 5 visites à Cuba. Il a dit qu’il avait été « dupé ». Nous confirmons que l’État et l’USAID n’avaient mis aucune politique en place pour informer les individus conduisant ces opérations secrètes qu’ils étaient hors la loi à Cuba, ni que le droit américain interdit aux agents étrangers non-enregistrés de voyager à travers le pays pour fournir de l »équipement, des antennes relais Wi-Fi à longue portée, des équipement de cryptographie et de téléphonie et d’autres formes d’aides en nature.

La politique de l’administration est que les destinataires cubains ignorent l’origine et le but de l’assistance- à moins qu’ils ne le demandent directement. Certains cubains peuvent deviner, bien sûr, mais les bienfaits du secret, en particulier au moment où de nouveaux programmes visant même des enfants de douze ans, sont significatifs dans un pays qui interdit expressément le fait de recevoir des fonds des Etats-Unis.

L’USAID est devenue un combattant secret pour discréditer les régimes anti-américains à travers le monde- sans le fardeau imposé aux Services de Renseignements, obligés de rendre des comptes. L’objectif du changement de régime poursuivi par le programme est explicite : plutôt que de le faire financer et contrôler par des autorités culturelles et éducatives, les administrations Bush et Obama ont insisté pour l’inscrire simplement dans la loi Helms-Burton, « loi Libertad », prescrivant un avenir à la Cuba d’après Castro.

Des mesures ont été plusieurs fois proposées pour augmenter l’efficacité et réorienter les fonds vers l’aide l’amélioration du niveau de vie des cubains, en profitant notamment des ajustements économiques amorcés par Raul Castro- pour aider les gens à s’aider eux-mêmes, au lieu de les organiser et de les mobiliser seulement pour des manifestations. La réaction ferme de l’USAID a été d’affirmer que les programmes ne sont pas faits pour aider les cubains à vivre mieux aujourd’hui mais plutôt pour les aider à demander un meilleur futur pour demain. Le changement de régime.

Comme les autres millions de dollars que nous avons dépensés pour renverser le gouvernement cubain, ces programmes ont échoué ne serait-ce qu’à être des provocations efficaces, et n’ont réussi qu’à faire arrêter Alan Gross et à faire harceler d’autres personnes qui ont accepté de l’aide d’autres agents dans l’île. Notre politique devrait reposer sur ce qui permet efficacement de faire avancer les intérêts étasuniens- le changement graduel, démocratique et pacifique- et non sur des provocations gratuites.

La rhétorique et les actions qui prolongent l’incarcération d’un américain apparemment dupé et transformé en pion dans l’entreprise vieille de cinquante ans de réaliser un changement de régime à Cuba sont contre-productives. Il est temps de faire un grand nettoyage des programmes pour le changement de régime à Cuba et de négocier la libération d’Alan Gross.

4 commentaires

  1. Ils devraient échanger les 5 cubains emprisonnés injustement aux États-Unis contre Alan Gross qui lui est emprisonné pour des motifs raisonnables.

  2. Il est temps que l’empire américain se dégringole comme un château de carte pour entrainer avec lui l’éboulement de ses laquais criminels partout dans le monde. Je pense que ça fera bien à l’humanité.

  3. Bon ça peut être un indice de virage mais quand? C’est vrai qu’Israël a bien fini par libérer 500 Palestiniens pour un soldat !Des raisons d’espérer !!!

  4. Ce jour arrivera, de nombreux pays s’affranchissent du dollar et des subsides américaines (Asie, Chine, Brésil, etc….). Ceux qui ont le plus a perdre sont les occidentaux. Nous en faisons aussi partie. Quand le réveil sonnera t-il?


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