Cuba joue un rôle moteur dans la lutte contre le choléra en Haïti, par Randal C. Archibold

source : The New York Times 7 novembre 2011 repris par Progreso Weekly le 8 novembre 2011

traduit de l’anglais et Marc Harpon pour Changement de Société

Changement de Société publie en plusieurs fois un article sur l’Ecole Latino-Américaine de Médecine. En attendant la quatrième partie, voici un article publié il y a quelques mois dans le New York Times. Le New York Times se situe sur les lignes politiques du centre-bien pensant. C’est donc avec plaisir qu’on lira cet article relativement équilibré sur la solidarité médicale cubaine. On s’interrogera sur la précision de quelques données, comme celles concernant les difficultés rencontrées par les personnels humanitaires cubains et étasuniens pour coopérer dans la lutte contre le choléra en Haïti. Il semble plausible que la source de Randal Archibold soit ici l’Ambassade américaine à Port-au-Prince, dont on ne peut guère attendre de jugement objectif concernant Cuba.

MIREBALAIS, Haïti- Venue d’un village voisin, la famille arriva au petit hôpital avec des vomissements incessants et une diarrhée ; en première approximation, peut-être une banale intoxication par l’alimentation ou l’eau.

Mais les pertes liquides étaient énormes et ne s’arrêtaient pas, deux des trois frères étaient tout près de la mort, et, quelques heures plus tard, la famille entière serait morte. Pendant ce temps, un flot cauchemardesque de patients remplissait la petite salle d’attente, tandis que les médecins et les infirmières se précipitaient pour les réhydrater.

C’était le soir du 15 Octobre 2010. Le choléra, comme allaient bientôt le confirmer les médecins de la mission médicale cubaine qui traite la plupart des patients du coin, était arrivé en Haïti.

« Nous sommes retournés à nos livres pour vérifier si cela pouvait bien être le choléra et nous l’avons signalé immédiatement », a dit le Dr. Jorge Luis Quiñones, membre de la mission médicale cubaine, dans ce village, d’où est partie l’épidémie.

Plus d’un an après, le choléra a tué 6 600 personnes et atteint plus de 476 000 patients- presque 5% des dix millions d’habitants du pays- dans ce que les fonctionnaires des Nations Unies qualifient de taux de choléra le plus élevé au monde. Le mois dernier, Partners in Health, une organisation non gouvernementale, a annoncé qu’elle commencerait à tester un vaccin an janvier, en relation avec le Ministère de la Santé et une organisation médicale haïtienne.

Tandis que l’épidémie continue, la mission médicale cubaine qui a joué un rôle important dans la détection de la maladie poursuit son travail en Haïti, gagnant les hommages des doateurs et des diplomates parce qu’elle reste au cœur de l’action et entreprend des efforts plus larges pour reconstruire le système de santé en ruine de ce pays.

Paul Farmer, l’adjoint à l’envoyé spécial des Nations Unies en Haïti et fondateur de Partners in Health, qui a beaucoup travaillé sur la santé en Haïti, a dit que les cubains avaient utilement tiré la sonnette d’alarme concernant l’épidémie, aidant à mobiliser les professionnels de la santé et à diminuer le taux de mortalité.

Plus encore, alors que l’attention de la communauté internationale s’est largement détournée d’Haïti, le taux de mortalité a atteint son maximum en décembre dernier, « la moitié des ONG sont déjà parties, et les cubains sont encore là » a-t-il déclaré, utilisant une abréviation désignant les organisations non gouvernementales.

Les médecins cubains travaillent en Haïti depuis 1998, quand 100 d’entre eux sont arrivés après des ouragans, dans le cadre d’un programme cubain de missions médicales vieux de cinquante ans. Depuis lors, Cuba a travaillé avec Haïti et le Venezuela et, récemment, le Brésil, et d’autres pays pour construire et fournir du personnel et de l’équipement à des dizaines d’hôpitaux installés dans de petites communautés, de cliniques et d’autres centres de soins.

Les cubains ont envoyé des médecins à l’étranger depuis les années 1960, dans le cadre d’une « diplomatie médicale » qui amène les médecins dans les zones reculées de pays pauvres, où on en a grand besoin, principalement en Afrique, de même que dans des pays alliés comme le Venezuela, tout en faisant preuve de solidarité internationale, a dit Katrin Hansing, un professeur du Baruch College,qui écrit un livre sur l’aide cubaine à l’étranger.

« Cela leur donne beaucoup de capital politique dans le monde en développement, pour conserver cette image héroïque de pays résistant aux États-Unis qui, en dépit de l’embargo, reste au premier plan de l’aide aux pays moins développés », a-t-il dit.

Cela a également été une source importante de devises étrangères pour Cuba, avec des recettes liées à l’exportation de services médicaux, comprenant 37 000 médecins à l’étranger, estimée à plus de 2 milliards de dollars. Madame Hansing a déclaré qu’à l’heure actuelle Cuba demande généralement au pays hôte de payer suivant une échelle variable représentant une moyenne de 2500 dollars par mois et par docteur. Mais Haïti, a-t-il dit, est l’un des rares pays pour lesquels c’est gratuit.

Il n’y a pas de doute que la mission cubaine soit vitale ici. Elle représente l’un des plus gros contingents internationaux envoyés en réponse au tremblement de terre qui a jeté Haïti dans la crise. Et depuis le début de l’épidémie de choléra, la mission a traité plus de 76 000 cas de la maladie, avec seulement 272 décès- un taux de 0,36%, beaucoup plus bas que la moyenne de l’ensemble d’Haïti, dans laquelle 1,4% des malades meurent, d’après le Ministère de la Santé.

« Nous travaillons beaucoup à l’éducation de la population » a affirmé le Dr Lorenzo Somarriba, le chef de la mission médicale cubaine. « Nous envoyons des gens dans les foyers des victimes pour les éduquer sur la maladie et leur fournir des tablettes pour purifier l’eau. Cela est absolument vital » Ces tablettes de purification ont été capitales dans un pays ou l’eau traitée est rare.

En effet, ici à Mirebalais, l’équipe n’a pas vu un cas mortel de choléra depuis décembre, a-t-il dit.

C’est une réussite dont les cubains font une promotion forcenée, avec la publication par Fidel Castro de plusieurs « réflexions », commentaires personnels publiés dans les sites et les médias contrôlés par l’Etat, racontant les succès et les réussites du groupe.

Pour les médecins, au cœur de ce projet, les salaires sont bas comparés au niveau de vie américain, affirme Mme Hansing. Mais ils ne paient pas le loyer et le transport aérien, et ils peuvent voyager- un privilège que peu de cubains ont- et peuvent habituellement importer sans taxe des biens des pays qu’ils visitent.

Ils n’ont pas le droit de partir avec leurs familles, mais les autres facteurs incitatifs font du voyage « une sacrée bonne affaire », a-t-elle déclaré, ce qui a aidé à maintenir au plus bas les défections. Néanmoins, un programme conçu par les États-Unis pour attirer les professionnels médicaux cubains de l’étranger a persuadé plusieurs centaines d’entre eux de déserter.

Plusieurs médecins, pour la plupart jeunes diplômés, ont dit qu’ils avaient simplement saisi une occasion de pratiquer ce dont ils avaient seulement entendu parler dans les manuels et de prendre des responsabilités importantes pour lesquelles ils auraient attendu des années s’ils étaient restés chez eux.

« Nous connaissions le choléra par l’école, mais il était difficile de croire que c’était bien ça parce qu’Haïti n’était pas touchée avant » a dit le Dr Robert Pardo Guibert, qui dirige une clinique dans la localité voisine de Hinche. « Mais c’est incroyable parce que nous traitons tout ici, tous les jours il y a des maladies différentes »

Le Dr Quiñones a voyagé au Venezuela, au Pakistan, et bien que sa famille lui manque- il n’est pas censé retourner à Cuba avant le mois de Mai- la reconnaissance des haïtiens l’aide à tenir sur le plan émotionnel. « Les cas simples sont les plus gratifiants » déclare-til.

Les haïtiens en traitement ici, simplement reconnaissants d’avoir des médecins, ne semblent pas se préoccuper de la nationalité de ceux-ci.

« Ils fournissent un bon service » déclare Mercidieu Desire, 33 ans, qui était traité pour des diarrhées qui, d’après les conclusions des docteurs, n’étaient pas liées au choléra. « Je suis venu, ils m’ont soigné et je me sens mieux. »

¨Pourtant, le thème géopolitique du David contre Goliath qui pénètre dans tout ce qui concerne les affaires étrangères cubaines est présent dans cet effort aussi.

Après l’Ouragan Katrina, les cubains ont offert d’envoyer 1500 médecins aux États-Unis. Face au silence des États-Unis, M Castro s’est plaint publiquement de leur rejet et a créé la Brigade Médicale Henry Reeve, qui porte le nom du médecin américain qui s’est battu pour l’indépendance de Cuba, pour lutter contre les désastres naturels dans le monde entier.

En Haïti, les cubains ont demandé aux États-Unis d’aider à financer un hôpital majeur de 30 millions de dollars rassemblant des spécialistes en partie cubains dans le cadre de l’effort plus large engagé par Cuba e t d’autres pays pour reconstruire le système de santé haïtien. Mais après l’immense série de pour-parlers- avec des changements de dernière minute réclamés des deux côtés par les deux parties- aucun accord n’a émergé.

« La reconstruction d’Haïti est un large effort international, et nous avons été en contact avec beaucoup d’autres gouvernements, y compris Cuba, pour faire avancer le soutien au secteur de la santé en Haîti, mais nous ne sommes aprvenu à aucun accord avec les cubains » a dit dans une déclaration officielle Jon E. Piechowski, porte-parole de l’Ambassade américaine en Haïti.

Un commentaire

  1. Un nouveau film documentaire vient de sortir.

    Haïti, l’appel du lambi.

    Synopsis
    Haïti a payé un prix exorbitant pour avoir « osé » se libérer le premier de l’esclavage .
    Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 est venu écraser encore un pays déjà très éprouvé par son histoire. Un grand mouvement de solidarité internationale avait vu le jour. Les médecins cubains étaient sur place travaillant à l’amélioration du système de santé et ont été en première ligne dès le début pour secourir les blessés.
    Qu’en est-il aujourd’hui, quelles coopérations se développent sur le terrain avec quels résultats? Entre « humanitaire » solidarité et marché de la reconstruction quel avenir pour Haïti?

    YOUTUBE :: http://www.youtube.com/watch?v=OnJdcmt2Rw8
    VIMEO : http://vimeo.com/34948152


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