Un rêve démultiplié, par Alina M. Lotti

source : Trabajadores, 19 décembre 2011, p. 9

Traduit de l’espagnol et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

En 1959, Cuba compte 4 376 529 habitants, dont 1 032 849 ne savent ni lire ni écrire, soit un taux d’analphabétisme absolu de 23,6%. Moins de deux ans plus tard, l’analphabétisme a disparu. Plus de 300 000 cubains se sont enrôlés comme bénévoles dans les Brigades d’Alphabétisation, qui, armées d’un manuel et d’une lanterne, pour éclairer la lecture des paysans, ont, village après village, « libéré » le pays de l’analphabétisme, comme on dit à Cuba. La Campagne d’Alphabétisation s’est achevée le 21 décembre 1961. A l’occasion de son cinquantième anniversaire, la presse cubaine publie plusieurs articles, dont celui-ci, qui retrace le parcours d’un ancien membre de Brigades, aujourd’hui impliqué dans l’exportation du programme cubain Yo si puedo, utilisé dans plus de 28 pays du monde pour lutter contre l’analphabétisme.

Il avait tout juste treize ans aquand il a dit à sa mère qu’il voulait rejoindre les brigades d’alphabétisation, mais « quand Margarita Vielsa disait non,c’était son dernier mot ». Sixto José Jimenez exhume de sa mémoire des faits importants de sa vie, que le temps passé n’a pas simplifié.

Encouragé par ses grandes sœurs, l’enfant blond, grassouillet et myope rêvait de suivre leur exemple. Mais après l’invasion mercenaire de Playa Giron, Margarita, « d’elle-même et sans que je n’aie rien dit, m’a dit : maintenant, tu peux y aller ».

D’où sa conviction que les mères cubaines ont été le symbole le plus important de cette Campagne, « puisqu’elles ont permis que des enfants, comme moi, participent à l’effort ». Au camp de Varadero, il s’est proposé d’aller enseigner à Camagüey et la tâche lui a été confiée.

Quand on mobilisait le bataillon, les brigades d’alphabétisation aussi suivaient le mouvement. C’est pourquoi il est vu jusqu’aux joncs des marécages de la côte Sud, zone très marécageuse, où vivent de nombreux insectes. Impressionné par cet environnement hostile, et auquel, en tant que citadin, il n’était pas habitué, il eut l’idée d’envoyer une carte à sa mère, qu’il a accompagnée d’un énorme moustique. « Une semaine ne s’était pas écoulée qu’elle était en route pour venir me chercher, mais je lui rappelai ses propres paroles « ne te blesse pas en route ».

La volonté et le désir de vivre cette expérience qui, indubitablement, l’a marqué pour tout sa vie, lui ont permis de vaincre la séparation d’avec sa famille, l’éloignement, et les autres difficultés, y comprus les menaces des forces contre-révolutionnaires et les assauts qu’elles menaient dans la zone.

En décembre 1961, à la fin de la campagne, Sixto est rentré heureux par le train qui transportait les membres des brigades d’alphabétisation de tout le pays, et il considère que ce fut , un honneur aussi grand que celui de porter l’uniforme, de chanter l’hymne, de porter la lanterne [un des symboles des brigades d’alphabétisation, le manuel de lecture.

« Quelle leçon en ai-je tirée ? J’ai appris plus que mes élèves, j’étais un enfant en partant et je suis revenu avec beaucoup de maturité. Avec la Campagne, j’ai compris que l’éducation est une œuvre d’amour infinie, comme le disait Marti ».

Une semence qui germe

A la fin de ses études secondaires, il est entré dans le monde de la métallurgie, une spécialité qu’il a fini d’apprendre dans l’ancienne Union Soviétique, en Ukraine. A son retour à Cuba, il rejoint l’enseignement technique- auquel il a consacré plus de trois décennies- et, par lasuite, il a passé sa licence de sciences de l’éducation, puis a poursuivi jusqu’au titre académique de docteur.

Ces dix dernières années- il est actuelement retraité mais conserve une activité- il s’est consacré à la sphère des échanges scientifiques et éducatifs, dans laquelle il a dirigé des mémoires de maîtrise et des thèses de doctorat dans différents pays de la région.

Néanmoins, c’est au Mexique, où il a travaillé de 2006 à 2009, qu’il effectue son travail principal dans ce domaine, comme représentant du Ministère de l’Education, avec pour mission essentielle de répondre aux demandes de collaboration internationale et d’introduire la méthode Yo Si Puedo pour améliorer l’éducation, en particulier dans les Etats où la situation est la plus grave : le Chiapas, Guerrero, l’Oaxaca, le Michoacan, Veracruz et Tabasco.

« La première fois que j’ai visité ce pays, c’était dans les années 1999-2000, explique Sixto. A l’époque, les alphabétiseurs travaillaient avec un manuel méthodologique et, par radio, ils se racontaient les cours. L’expérience d’Haïti était adaptée aux conditions de Quintana Roo, pour alphabétiser en langue Maya les habitants de la commune de Carrilo Puerto. »

« Dans ce pays, les grandes masses d’analphabètes vivent dans des communautés élongées, montagneuses, très dangereuses. Aujourd’hui, nous comptons plus de 700 000 alphabétisés et les commmunes de Chimalhuacan et Tecomatlan, ont déjà été déclarées libérées de l’analphabétisme, tandis que d’autres sont sur le point de l’être.

« Ce qu’on a réalisé avec Yo si puedo, et, ensuite avec Yo si Puedo seguir- dans plus de 28 pays du monde- l’a plusieurs fois donné à réfléchir sur notre campagne ; une tâche que nous avons menée à son terme pratiquement sans avoir d’expérience.

« Sans cette campagne, Sixto ne serait pas auojourd’hui Docteur en Sciences de l’éducation, mais peut-être, comme son père, ouvrier de l’industrie sucrière. LA Campagne d’Alphabétisation a été une autre des grandes idées de génie de Fidel, sans laquelle il n’était pas cocnevable d’affronter l’avenir. »

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