Les dépressions économiques aggravent les menaces contre la démocratie, par John Wojcik

L'Economiste Paul Krugman, Prix de la Banque de Suède ("Nobel" d'économie) en 2008.

source : People’s World, 12 décembre 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Dans sa chronique de cette semaine dans le New York Times, Paul Kgugman, le Prix Nobel d’économie qui a minutieusement expliqué les causes et effets économiques de ce qu’il qualifie désormais de véritable dépression, se concentre sur les effets politiques des dépressions économiques.

Il prévient qu’on aurait tort de se rassurer en pensant que la crise actuelle n’est « pas aussi dure » que la Grande Dépression des années 1930, signalant que le chômage en Amérique et en Europe est, comme il l’était dans les années 30, désastreusement élevé. Plus sinistrement, cependant, il prévient que la démocratie est de plus en plus menacée, en conséquence directe de la crise économique et de la façon dont les pouvoirs en place la gèrent.

Quelques exemples suffisent à prouver que la crise aux États-Unis a provoqué des attaques sans précédent contre la démocratie. Depuis les lois qui détruisent le droit à la négociation collective jusqu’aux efforts de limiter le nombre de citoyens dotés du droit de vote, il est clair que la droite vise à affaiblir les groupes qu’elle voit comme ses opposants. Une décision de la Cour Suprême autorisant les contributions financières illimitées des entreprises aux campagnes électorales a augmenté la capacité qu’a un petit groupe d’acheter purement et simplement nos représentants élus. Les attaques contre les immigrés sont plus qu’une simple réminiscence du recours raciste au bouc émissaire des temps difficiles d’autrefois.

Krugman se concentre toutefois sur l’Europe, parce que, dit-il, la situation politique de ce continent n’est pas aussi bien comprise [par les lecteurs étasuniens, ndt] que la nôtre.

Il relève que la crise de l’euro ne fait pas que des dégâts économiques et qu’elle est en train de tuer le « Rêve européen ».

Les gens avaient cru qu’une monnaie unique les unirait, mais ce qui en est sorti, ce sont des divisions aiguës et même une haine exploitée par la droite.

Certains exigent une austérité toujours plus poussée en Europe et il n’y a pratiquement aucune mesure incitative des gouvernements pour relancer la croissance. Beaucoup en Europe du Sud sont en colère à cause de ce qu’ils voient comme un abus de pouvoir économique de l’Allemagne.

En Autriche, un parti avec un dirigeant néonazi, le Parti de la Liberté, joue à armes égales dans les sondages avec les grands partis. En Finlande, le Parti des Vrais Finlandais, anti-immigrés, se renforce.

En Hongrie, un grand parti (Jobbik) a un programme ouvertement anti-roms et anti-sémite et même un bras armé. Le Fidesz au pouvoir est lui-même, un parti de droite favorable à des mesures d’austérité. Le Fidesz essaie d’imposer une nouvelle constitution conçue pour le maintenir éternellement au pouvoir.

Il a redessiné la carte des circonscriptions de façon à rendre impossible qu’un quelconque autre parti forme un gouvernement, s’est mis en position de nommer des juges et a déjà placé dans les tribunaux des militants loyaux. Il a transformé les médias publics en organes du Parti

Krugman avertit : « Pris ensemble, tout cela apparaît comme un rétablissement de l’ordre autoritaire, sous un très fin vernis de démocratie. Et c’est un échantillon de ce qui pourrait se passer à une échelle beaucoup plus grande si la dépression continue. »

Il y a au moins deux leçons à tirer ici.

La première est que, tandis que les choses empireront, les gens ne désireront pas automatiquement se soulever pour un monde meilleur. Ceux à gauche et ailleurs qui disent qu’ils ne s’inquiètent pas de temps à venir plus sombres parce que de tels temps radicaliseront les gens ont complètement tort. Tandis que les choses empirent, il est plus facile pour la classe dominante et la droite d’utiliser le mécontentement à leur propre avantage politique.

La seconde est que nous devons changer les politiques d’austérité, qui ont échoué dans notre pays, contre une politique de croissance économique, avec des créations d’emplois massives. Il sera impossible de faire cela, toutefois, si nous ne réélisons pas le président Obama en 2012 et si nous ne balayons pas un grand nombre de républicains travaillant en ce moment à Capitol Hill. Si vous pensez que l’échec est une possibilité acceptable en 2012, regardez ce qu’est la Hongrie aujourd’hui.

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