Les Déficits et l’armée, par Martin Hart-Landsberg

La Commission mixte Du Congrès sur la réduction du déficit (United States Congress Joint Select Committee on Deficit Reduction) ou "super-committee" (super-commission) a finalement échoué dans sa tâche d'accélérer la casse sociale aux Etats-Unis.

source : Reports from the Economic Front, 25 novembre 2011

traduit de l’anglais et annoté par Marc Harpon pour Changement de Société

La Commission sur le déficit a échoué à fournir un plan pour diminuer les dépenses de 1,2 billion durant les dix prochaines années. D’après les règles fondamentales de l’accord par lequel la commission a été créée, son échec est censé provoquer environ 1 billion de coupes « automatiques » qui commerceront à prendre effet en janvier 2013.

L’accord comprenait les stipulations suivantes, pour guider les coupes automatiques :

– Environ 50% de la réduction nécessaire doit venir du budget de la sécurité (opérations de sécurité nationale et dépenses militaires).

– Environ 32% doit venir de programmes régaliens autres que la défenses (la santé, l’éducation, la lutte contre la drogue, les pacs nationaux et d’autres agences et programmes)

– Environ 12% doit venir de Medicare [1] (diminutions des subventions de Medicare et de ses programmes)

Pour être clair, ces réductions doivent être incluses dans les lignes budgétaires prévues. En d’autres termes, les coupes du budget de la sécurité ne produiront pas un déclin effectif des dépenses sécuritaires, seulement un ralentissement des augmentations approuvées auparavant par le Congrès.

Comme on l’a expliqué précédemment [2], l’échec de la commission est une bonne chose. La commission imaginait activement des changements structurels d’un certain nombre de programmes sociaux clés. L’un de ces changements était une modification de la méthode de calcul des prestations de sécurité sociale visant à réduire ces dernières. Un autre changement résidait dans une hausse de l’âge à partir duquel on pouvait accéder à Medicare. Les coupes automatiques, si elles sont effectivement mises en œuvres, réduiront les dépenses sur des programmes importants, mais,au moins, elles ne comprennent pas les prémisses de leur démantèlement. En fait, la Sécurité Sociale et Medicare s’en tirent.

L’étape suivante de la bataille budgétaire est engagée. Des forces politiques manœuvrent pour changer la formule des coupes automatiques approuvées dans l’accord budgétaire. En fait, ces manœuvres ont commencé des semaines avant que la commission n’annonce formellement qu’elle n’était pas parvenue à un accord sur le plan de réduction des dépenses. D’après un article du New York Times daté du 5 novembre 2011 :

« Plusieurs membres du Congrès, en particulier les républicains des Commissions des Services Armés de la Chambre des Représentants et du Sénat, sont en train de préparer une loi qui diminuerait les coupes budgétaires visant les programmes militaires de près de 500 milliards de dollars ou échangerait ces coupes contre d’autres dans d’autres domaines du budget fédéral.

Nous avons besoin d’entrer dans cette bataille budgétaire avec notre propre plan. Ce plan doit inclure un blocage de toute coupe supplémentaire visant les programmes régaliens non-militaires et Medicare. Il vaut la peine de rappeler que l’accord par lequel la Commission a été établie comprenait déjà environ 1 billion de dollars de coupes concernant les programmes régaliens non-militaires.

C’est sur le budget de la sécurité que nous devons nous concentrer. Et nous devons être clairs sur le fait que notre but en demandant des coupes à ce budget, ainsi que l’augmentation des impôts des riches et des entreprises, est d’aider à générer les ressources financières pour un programme fédéral volontariste de restructuration économique et non pour la réduction des déficits.

Le tableau ci-dessous montre clairement à quel point il est important de cibler le budget de la sécurité. Il montre les tendances en matière de dépenses fédérales sur les programmes régaliens liés ou non à la défense, sur les années 2001 à 2010. Le grand gagnant est le Département de la Défense, qui a capté 64,4% de l’augmentation totale des dépenses régaliennes sur cette période. Il reste le grand gagnant, avec 36,9%, même si on déduit les coûts de la guerre.

Bien que prodigieux, le montant que reçoit la défense n’inclut pas l’augmentation dont ont bénéficié d’autres postes de dépenses clés liés à l’armée. Par exemple, de nombreux coûts liés à notre programme d’armement nucléaire sont compris dans le budget du Département de l’Énergie. De nombreuses activités militaires sont financées sur le budget de la NASA. Et il y a aussi la Sécurité Intérieure, le Département t des Anciens Combattants et les Programmes d’Assistance Internationale. Il ne serait pas farfelu de conclure que plus de 75% de l’augmentation des dépenses sur les programmes régaliens de 2001 à 2010 ont servi à soutenir le militarisme et la répression. Pas étonnant que nos programmes sociaux et nos infrastructures publiques aient manqué de financement.

Il est impossible de reconfigurer notre économie sans toucher aux objectifs militaristes de la politique intérieure et étrangère de notre gouvernement et aux budgets qui les sous-tendent.

[1] Système publique d’assurance-santé.

[2] Dans un article de Reports From The Economic Front que Changement de Société n’a pas traduit.

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